vendredi 28 octobre 2016

Le Ver est dans la Pomme

Sémélé menait depuis des années une vie hédoniste, très confortable, quoique superficielle, en animant différentes émissions TriD pour les "téléadds" de tout le District galactique.  

Libertaire, elle changeait régulièrement de sexe et encore plus souvent de partenaires, comme d'autres changent de vêtement ou de couleur de cheveux. Sémélé jouissait parallèlement du maximum de sensations physiques et mentales en abusant d'une grande panoplie de drogues. Elle consommait plus particulièrement des psychotropes, les plus extrêmes et les plus chers. Cette célébrité de la TriD achetait ces produits auprès des marchands qui fourmillaient autour des astroports NT6 de BnVn-SE, ou bien, plus simplement, elle endocrinait elle-même les substances les plus courantes grâce à des glandes implantées chirurgicalement.

C'était sa vie, une vie enviée par de très nombreux guildiens, ... jusqu'à ce qu'elle soit ébranlée par une puissante vision. Une révélation. Sous l'effet d'une mystérieuse drogue, elle avait achevé sa dernière soirée orgiaque dans un état psychique totalement inhabituel. 

Depuis la Vision, son esprit était hanté par l'appel d'une entité céleste, cosmique.


Complètement ébranlée par cette expérience mystique, Sémélé cessa brutalement sa vie libertine, persuadée d'avoir eu une Révélation divine ! Obsédée par des images d'invasion puis de libération, Sémélé se mit à annoncer à sa hiérarchie de graves événements qui devaient survenir dans un futur imminent ... mais cette dernière résolument incrédule. Incrédule ... jusqu'à ce que les prophéties se réalisent.

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On sonne à la porte de sa luxueuse cabine. Sémélé se réveille en urgence au beau milieu d'un cycle nocturne. Sa hiérarchie l'avait prévenue : il fallait qu'elle se tienne prête et surtout, qu'elle soit absolument discrète sur son départ. Pourtant, elle est prise par surprise. Le Fom [1] qui se présente à sa porte, Ary Skritar, est un assistant de Det Tourneur, le président-directeur-général de la grande chaîne gigacom BnVn-N pour laquelle Sémélé travaille. Après avoir furtivement présenté son holo identificateur, il la somme de le suivre. Ce supérieur hiérarchique parle le moins possible. Malgré les questions angoissées de Sémélé, il ne sort de son mutisme que pour indiquer qu'il en a référé en "haut-lieu" et qu'il a reçu des "directives". Puis, visiblement angoissé, il s'enferme à nouveau dans le silence. Ensemble, ils empruntent des couloirs et des tubes ascensionnels dont Sémélé ignorait l'existence. La vedette de TriD est conduite jusqu'à un hangar secret, réservé aux dignitaires de la Station BnVn-SE. Une navette Varlet l'y attend ; avec une silhouette imposante en garde devant le ponton d'accès. Le garde de faction est bien une humaine mais elle mesure près de deux mètres de haut et possède une masse musculaire impressionnante. Sans parler de l'arme lourde qu'elle tient dans ses mains.


Le dignitaire Ary Skritar présente Sémélé à Zarya Nova, la géante aux cheveux roses. Précautionneuse, cette dernière utilise un scanner oculaire pour s'assurer de l'identité de celle qu'elle s'apprête à convoyer. Pendant les quelques secondes durant lesquelles le faisceau de lumière la balaie des pieds à la tête, Sémélé est tenue en joue par la femelle armée. Ces secondes lui paraissent interminables ...

Aussitôt la validation donnée par l'appareil, épuisé par cette atmosphère tendue, le dignitaire fom rebrousse chemin, trop heureux d'en avoir fini avec cette délicate opération d'évacuation.


La Pis [2] (c'est ainsi que l'on nomme les membres du corps militaire bien particulier auquel Zarya Nova appartient) pose une main énorme sur l'épaule de la frêle Sémélé et celle-ci se sent presque écrasée par cette puissance physique. Aussi, quand la Pis la pousse en hâte vers l'intérieur du vaisseau, c'est comme si Sémélé était soulevée, légère comme une plume emportée par un de ces ventilateurs géants qui assurent l'aération de la Station.

L'intérieur de la navette est d'une sobriété monacale mais Sémélé n'a pas le temps d'admirer quoi que ce soit de la décoration du navire. Sans perdre une seconde, elle est conduite par la Pis jusqu'à une capsule cryogénique.

Avant de s'y allonger, la géante lui ordonne de se déshabiller et de se débarrasser de ses effets personnels. De toute façon, contactée à la dernière minute, Sem n'avait rien pu emporter d'autre que ses vêtements de nuit. Paradoxalement, bien que n'étant absolument pas pudique, Sémélé se sent intimidée par le regard écrasant de cette Pis. Elle s'exécute néanmoins sans rechigner car il ne lui viendrait pas à l'idée de s'opposer à un ordre du mastodonte.

Nue et maintenant assise sur le rebord de la capsule cryogénique, elle reçoit une flasque translucide contenant un liquide couleur rose. La Pis lui ordonne de le boire totalement. Ce breuvage au goût exotique, épicé, lui fera passer le restant du voyage en sommeil artificiel, sans pouvoir suivre (grâce à la psychoperception [3]) le chemin hyper-spatial qu'empruntera le vaisseau spatial qui la transporte. Le secret absolu doit être maintenu auprès des non-initiés sur la localisation et même l'existence de leur destination.
Sémélé déglutit, avale la totalité de la fiole et s'allonge. Un clignement de paupières plus tard et son cerveau ne reçoit plus aucune sensation.
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Lorsque Sémélé retrouve progressivement ses esprits, et l'usage de ses sens, le vaisseau est déjà de retour dans l'Espace conventionnel. Le pilote qui s'adresse à elle se présente comme étant Baylut Steerman, le "Timonier du navire". Son visage est étrange, grotesque et même assez effrayant :
- un front boursouflé,
- du nez, il ne reste que quelques fentes respiratoires,
- et ses mâchoires semblent avoir fusionné pour former une sorte de museau de tamanoir ou de bouche de poisson-flute.
Sémélé a vaguement entendu parler de malformations de ce type, résultat d'une absorption régulière de drogues mutagènes depuis le plus jeune âge.

Contrairement à la majorité des "navyborgs" [4] de sa connaissance, le corps du pilote semble dénué de prothèses cybernétiques. La seule prothèse qu'il semble avoir incorporée à son corps lui sert à parler. Sa voix est mécanique, déformée entre deux respirations. Le Timonier informe brièvement Sémélé que le vaisseau est au cœur d'un dense champ d'astéroïdes et qu'il avance guidé à distance, automatiquement. Puis, énigmatique, il retourne dans sa cabine pressurisée et c'est la massive gardienne aux cheveux roses qui revient s'occuper d'elle. 

La Pis escorte Sémélé jusqu'à une étroite baie panoramique. C'est une fente dans la coque, ouverte sur l'espace mais colmatée par un champ de force. Toutes deux pourront admirer ensemble les délicates manœuvres d'approche. Le contraste entre leurs deux silhouettes, en contre-jour, est frappant. Un colosse couvert d'une lourde armure, d'une part, et, deux têtes plus petite, une jeune fille androgyne totalement nue. Zarya doit se baisser et s'appuyer au rebord de la baie pour regarder à l'extérieur tandis que Sémélé n'atteint que le bas de l'ouverture.

En plein cœur du champ d'astéroïdes, la mort guette à chaque fraction de seconde. Le mouvement incessant des rocs de plus en plus fins (mais la plupart suffisamment gros et rapides pour fracasser la navette malgré son bouclier protecteur) nécessite de prodigieuses compétences de pilotage. Plusieurs fois, Sémélé voit la mort s'abattre sur eux mais le prodigieux Timonier anticipe et réagit de façon foudroyante, stupéfiante.

Le vaisseau arrive enfin au cœur du labyrinthe mouvant, dans une zone où les roches sont absentes à l'exception de leur destination. Au centre de la zone sphérique de quelques milliers de km de diamètre, elle découvre le plus gros astéroïde de cette ceinture. C'est carrément une petite lune de quelques centaines de kilomètres de diamètre.  Sa forme évoque grossièrement un fruit antique : une pomme. Aux deux pôles, Sémélé remarque deux excavations évasées. Au nord, une gigantesque antenne dépasse de la surface. Proche de l'équateur de cette lune, Sémélé remarque également une fosse crépitante d'énergie mais n'arrive pas à distinguer ce qu'elle contient vraiment. On dirait qu'une bouche géante a croqué la pomme.

Mais avant qu'elle ne puisse déterminer la nature du bouillonnement d'énergie qui en émerge, la navette oblique et prend la direction du pôle sud.
En apparence, il s'agit d'une cratère d'impact mais quand leur vaisseau s'en approche, le fond du cratère se dérobe et un immense orifice dans la lithosphère se dévoile. Son diamètre doit avoisiner la douzaine de kilomètres et sa profondeur s'exprimer en dizaines de kilomètres. Un long-courrier Vaisseau Système Général à propulsion Lehouine pourrait aisément s'y border. Le petit navire qui transporte ses trois minuscules passagers est un moucheron en comparaison.

Il s'arrime à un des innombrables quais, guidé automatiquement. Sémélé se sent à la fois angoissée par ce lieu insolite, elle qui n'avait jamais quitté la sécurisante Station BnVn-SE, et excitée d'approcher la source de ses visions mystiques. Plus qu'une délivrance pour son psychisme soumis à rude épreuve, ce voyage s'annonce comme un pèlerinage spirituel.

Zarya Nova donne à Sémélé de quoi se couvrir sobrement : une combinaison grise, munie de poches et de tuyaux dont elle ne comprend pas spontanément la fonction.
"C'est pour le recyclage de l'eau", l'informe la soldate Pis qui l'aide à ajuster les dispositifs intégrés à la tenue de survie.
Elles sortent ensuite du vaisseau et parcourent les couloirs creusés à même la roche. Mis à part la roche brute, Sémélé n'aperçoit que de simples dispositifs électroniques incrustés au niveau des portes ; ou des appareillages pour le maintien de vie (cette lune ne possédant pas d'atmosphère et ses cratères non plus). Les seuls êtres humains qu'elles croisent sont d'autres Pis, guerrières massives au service de la branche la plus orthodoxe de la Guilde Spatiale.

Arrivées au fond du cratère, Zarya annonce qu'elle n'ira pas plus loin. Sa mission est accomplie. Sémélé va pouvoir rencontrer Chiron le Passeur. Elle laisse Sémélé seule dans une vaste salle obscure. De longues minutes passent et puis un mur coulisse laissant apparaître un ascenseur agrav et son énigmatique pilote qui baigne dans un vaste cylindre de gaz orange sombre. Au début, les yeux de Sémélé ne distinguent qu'une sorte de sac, à l'enveloppée fripée. Ses yeux s'habituant à la faible clarté, elle commence à apercevoir les détails : des circonvolutions à la surface du "sac" et de maigres membres atrophiés. La masse molle tourne lentement sur elle-même pour lui faire face. Chiron est un être humain incroyablement âgé dont le cerveau est vraisemblablement sorti du crâne et a colonisé tout le dos en se développant le long de la colonne vertébrale. L'impression visuelle est saisissante !

 

Chiron s'adresse à Sémélé avec une voix d'outre-tombe.
- "Nos informateurs nous ont rapporté que tu souhaitais rencontrer Le Grand Père Éternité. Tes prophéties n'ont pas été écoutées par tes pairs de BnVn-SE. Ils se sont déshonorés et toi, tu t'es montrée digne d'accomplir ta destinée. Es-tu prête à en assumer les conséquences ?"
Déconcertée, Sémélé déglutit puis répond :
- "J'ai traversé l'immensité de vide spatial pour Le rencontrer. Il m'a appelée. C'est Lui qui m'a révélé mes Visions. Je veux Le contempler dans toute sa splendeur !"
- "Qu'il en soit ainsi.", achève Chiron.
Ils se retourne et dirige l'ascenseur (le descendeur plutôt) dans un réseau de couloirs tubulaires creusés dans l'écorce tellurique et ils s'enfoncent encore plus profondément, sous la lithosphère.

Le descendeur atteint un second sas et Chiron débarque sa passagère, au seuil du domaine de Dieu. Sous la lithosphère, l'activité magmatique a depuis longtemps disparu, quand bien même il y en aurait eu une. Mais la chaleur y est intense, et la sécheresse totale. A la grande surprise de Sémélé, de vastes grottes poussiéreuses abritent une atmosphère respirable. Sémélé s'avance seule, guidée par son instinct, entre les rochers gigantesques et les dunes brûlantes.

Soudain, Sémélé sent le sol trembler sous ses pieds. Le Grand Père du Désert, l'incarnation du dieu céleste Eternité s'approche. Le voilà ! Il est immense ! C'est un Ver des sables [5] à la gueule bardée d'éclairs de chaleur ! Dans son sillage, Il soulève des nuages de poussières et pulvérise les roches qui emplissent toute la grotte.


Effrayée par cette apparition titanesque mais encore plus subjuguée par tant de puissance et tant de majesté, Sémélé se précipite sur un piton rocheux, en hauteur. Elle veut L'admirer dans toute Sa splendeur divine ! Le Ver a détecté sa présence et s'approche de Sémélé ... Le vent projette du sable qui fouette le visage de Sémélé et arrache la cape dont elle se protégeait.



Le Ver n'est plus qu'à quelques dizaines de mètres désormais. Il s'est immobilisé et semble examiner l'intruse dans son domaine souterrain. Sémélé est fascinée et n'ose plus bouger. Le Ver pourrait l'écraser comme un moustique, ou la broyer avec ses puissantes mâchoires. Mais Sémélé reste là, prête à donner sa vie à ce Dieu qui l'a appelée d'outre-espace (du moins en est-elle convaincue).


Le Ver de Sables s'approche davantage. Sémélé peut presque le toucher. Elle est hypnotisée, en état de grâce. Si vulnérable ... Elle tend le bras et effleure le colosse.


La caresse de Sémélé provoque une réaction inattendue. Le Ver exhale tout les gaz que ses poumons minéraux contenaient. Une immense quantité de gaz orange hautement concentré en Épice pénètre chaque orifice, chaque pore de Sémélé. Ses yeux n'ont pas eu le temps de se fermer et elle est littéralement aveuglée. Mais la substance qui envahit son organisme, malgré le distille protecteur (la combinaison de survie adaptée au désert profond) a un effet retentissant sur son psychisme. L'effet ressenti lorsqu'elle avait goûté à la drogue étrange sur la Station BnVn-SE est décuplé. Le passé, le présent et le futur fusionnent. Elle acquiert le pouvoir de prescience sans plus jamais avoir recours à l'absorption de cette sécrétion du Ver des Sables. Sémélé est foudroyée, aveugle pour le restant de ses jours, mais désormais capable de communiquer physiquement avec le Ver, et surtout, de lire l'avenir.  

La transformation de sa servante accomplie, le Ver plonge dans le sol avec un fracas invraisemblable. L'atmosphère résonne longuement de ces crissements de sable et de rochers.

Telle un fantôme, Sémélé arpente le désert pendant plusieurs heures et se présente à nouveau devant Chiron. Le Passeur la remonte à la surface.
Quand les femmes-soldats la découvrent, son distille en lambeaux. Ses yeux ont pris une teinte bleue, uniforme. Elle est revenue d'entre les morts. Elle a vu le Dieu-Ver qui lui a donné le Don de prescience. Les Pis la couvrent d'un linceul en signe de respect absolu. Désormais, elle sera considérée comme l'épouse du Ver, celle qui dispensera l'Epice dionysiaque, fruit de leur rencontre.


Notes de renvoi

[1] Physiquement, les Fom sont des transgenres. Ce sont des êtres humains génétiquement modifiés qui affectionnent tout particulièrement les changements de sexe/genre : tantôt féminin, tantôt masculin, tantôt hermaphrodite (les deux sexes en même temps), tantôt neutre (aucun des deux).Ils abondent dans le Département Pressyborg de la Guilde Spatiale.

[2] Le terme "Pis" est un diminutif du latin "piscis" qui signifie "poisson". C'est un hommage aux "Truitesses" qui protégeaient jadis l'Empereur-Dieu Leto II et, ensuite, qui eurent la mission d'enseigner la survie à l'humanité d'après la Dispersion. Le nom "Pis" est aussi phonétiquement associé à "peace", le mot anglais signifiant "paix" ... idéal pour des gardiennes de la paix. Autre homophonie : le terme générique "les Pis" est phonétiquement l'équivalent de "l’Épice". Cette caste de jeunes combattantes féminines a néanmoins ses détracteurs qui les appellent vulgairement les ... "pisseuses" ! 

[3] Psychoperception :
Tout Etre vivant et intelligent possède la psychoperception par laquelle il peut se représenter le Triche-Lumière. Différente des sens traditionnels et des talents Psi, la psychoperception se traduit tout d'abord comme l'extension d'un sens privilégié par l'Etre (en général la vue pour les Humains).

Les "visuels" (cas le plus fréquent) décrivent le Triche-Lumière en termes colorés sans se faire comprendre des "auditifs" qui eux "entendent" des vibrations musicales mélodieuses ou non. Plus rares, les "olfactifs" et les "gustatifs" se dirigent par le flair ou le goût. Rarissimes sont les "sensoriels" qui perçoivent le Triche-Lumière comme un terrain tangible où les guident douceur et rugosité comme les Panzanopèdes, par exemple.



[4] Navyborg est la contraction de "navigateur" et "cyborg". La Guilde Spatiale est couramment appelée "Guilde Navyborg" par ses usagers car la plupart de ses membres (visibles) utilisent beaucoup de prothèses cybernétiques pour fusionner avec les vaisseaux qu'ils dirigent. C'est une réforme technologique mais surtout culturelle qui contraste avec les pratiques anciennes, du temps des dynasties Corrino puis Atréïdes.

La mission de la Guilde Spatiale demeure néanmoins immuable : assurer la liaison entre les myriades de mondes de l'Empire Galactique, et, au-delà, avec les régions les plus éloignées de la Voie Lactée. La Guilde s'occupe ainsi du transport des passagers et des marchandises mais aussi des informations. Et elle demeure neutre dans les rivalités politiques qui peuvent déchirer les "planétaires".

[5] Le secret des Orthodoxes, leur Dieu-vivant, est aussi leur unique produteur et fournisseur de l’Épice sacré. C'est l'un des (peut-être le) derniers spécimens des Vers des Sables d'Arrakis (une espèce supposément disparue).
L’origine des vers des sables est incertaine, des rumeurs prétendent qu'ils ne sont pas originaires d’Arrakis. Ils y sont en tout cas parfaitement adaptés. Leur cycle est lié à celui de l'épice. Les truites des sables sont les précurseurs, et sujet d'amusement des jeunes Fremen. Les vers dans leurs premier stade larvaire, fournissent l'eau de vie lorsqu'ils sont noyés au cours des orgies Tau. Dans le stade final, l'intérieur de leur corps est une énorme fournaise.
Le premier stade de la vie d'un ver, la truite des sables, est un animal qui recherche les poches d'eau sous le sable, les absorbe et enkyste, ce qui lui permet de croitre jusqu'à un stade pré-vermiforme où ses dimensions augmentent.
Ce stade évolue pour atteindre celui de ver, pour qui l'eau est un poison mortel (ou étourdissant à faible doses). Il produit par sécrétion l’épice, dont il est l'unique source dans tout l'univers connu, épice très difficile à synthétiser.
Le cycle des vers est parfait : les truites des sables absorbent l'eau qui est dangereuse pour les vers, puis se transforment en vers qui créent l'épice, source de gaz carbonique, et rejettent de l'oxygène. À la mort d'un ver, son corps se décompose et donne naissance à des truites des sables.

mercredi 26 octobre 2016

Télé-Vision

"Bienvenue suuuuuuuuuur ... BnVn-SE !!!"

C'est en déclamant ces termes que la présentatrice vedette, BnVn-SEsa Sémélé "Sem" Cadmos da' Niv-Médian, entame son émission quotidienne de TriD. Extrêmement populaire au sein de la Station spatiale BnVn-SE, elle se déplace partout accompagnée de ses caméras-bulles et d'une bonne douzaine d'assistantes et assistants.

"Chers téléadds, aujourd'hui, c'est ... undi ! La mode est au ... roooooooose !" ajoute-t-elle en arborant une coiffure excessivement colorée, hirsute et fluorescente; et des vêtements moulants qui révèlent (ou plutôt exhibent !) sa silhouette androgyne, sans oublier les chaussures excentriques qui tiennent plus des échasses que des souliers. 

Aussitôt qu'elle apparaît sur les holoprojecteurs des conaps [1], la demande en teintures roses augmente en flèche. Chacun-e veut arborer le même couvre-chef capillaire, enfiler la même tenue qui pourtant ne va qu'à elle, et les chaussures qui requièrent visiblement une formation d'équilibriste sous peine d'être jeté-e à terre sous les rires des badauds. Dans les rues, on entend des téléadds, connectés grâce à leur ordinateur de poche, crier pour qu'un casque-coiffeur-mécanoïde (ou plus simplement "coifmec") antigrav vienne au plus vite effacer leur coiffure de la veille devenue ab-so-lu-ment ringarde dès l'apparition de Sémélé. Les kiosques habillomatic sont également pris d'assaut pour s'offrir la dernière tenue à la mode du jour. Les auripuces déversent frénétiquement leurs crédits impériaux dans les caisses électroniques. La Loge des Teknos et la Hanse des Marchands se frottent les mains.

L'émission se déroule ensuite sur un rythme effréné. Des concours frénétiques mettent en scène des passants et des acteurs qui s'engagent dans des acrobaties tout aussi dangereuses que ridicules pour avoir la gloire éphémère d'une apparition à la TriD. 
Tantôt, il faut plonger dans les compresseurs de déchets avant leur évacuation dans l'espace. Tantôt, il faut franchir des puits élévateurs ou descendeurs au risque d'être écrasé ou démembré par les volumineux caissons qui y sont placés. Les déclinaisons de l'environnement urbain sont infinies. Chaque jeu est une occasion de rire du malheur de son prochain tout en admirant les corps dénudés et en sueur ... avant leur éventuelle mutilation. 
Heureusement que certains sponsors de l'émission ne sont autres que les plus célèbres corporations de bio-ingénierie qui peuvent réparer les dégâts en un claquement de doigts. Des cuves à bacta et des prothèses cybernétiques sont prêtes pour accueillir et/ou réparer les infortunés perdants de ces concours "intervilles", interniveaux plus exactement.

"Chers téléadds, aujourd'hui, c'est ... deudi ! La mode est au ... poil!

Sémélé est équipée de glandes génétiquement modifiées qui lui ont été fournies par ses sponsors de haute technologie. Il lui a suffit de le désirer pour endocriner les substances nécessaires à la pousse rapide des poils. Au réveil, la voici devenue une femme à barbe, avec une chevelure de deux mètres de long et un pelage corporel intégral, angora.

"A poil(s) tout le monde !" s'amuse-t-elle en présentant une collection de fioles multicolores qui sont supposées contenir la potion magique permettant de se couvrir instantanément d'une magnifique toison.


Aussitôt dit, trois de ses rondouillards assistants, qu'elle s'amuse follement à surnommer les "Trois Petits Cochons", s'empressent de distribuer les petites bouteilles aux téléadds qui se pressent autour de Sémélé et de ses caméras-bulles. Ils posent tous leurs vêtements et ingèrent à la hâte les liquides nauséabonds qui leur sont fournis. Les effets sont comiques ! 

Certains candidats se transforment en moins d'une minute en boules de poils. D'autres voient leurs jambes se couvrir d'une épaisse toison tandis que le haut du corps reste complètement glabre; ou l'inverse. Sur certains malchanceux, des touffes multicolores poussent de manière anarchique; jusqu'à obstruer des orifices auditifs ou respiratoires. 
En fin de compte, rares sont ceux qui obtiennent l'effet désiré. Alors, avec soulagement, ils vantent les mérites du breuvage qui leur a été offert, en dévoilant l'étiquette publicitaire, accompagnés par le sourire éclatant de Sémélé. Il va sans dire que les injections d'hormones et la consommation de ces produits vont bon train parmi les téléadds durant toute la journée !

Les journées et les divertissements s'enchaînent.

"Chers téléadds, aujourd'hui, c'est ... troidi ! La mode est à la peau ... lisse !

Arrivée sur le plateau de TriD avec un uniforme de policier, Sémélé se déshabille complètement et, contre-pied total à la mode de la veille, dévoile un corps totalement épilé. Plus un cheveu, plus un poil, ni sur le visage, ni sur le corps. Elle se pavane nue et huilée au milieu de la foule électrisée, toujours accompagnée de ses courtisans efféminés.

"Chers téléadds, aujourd'hui, c'est ... quadi ! La mode est ... à la légèreté !

Sémélé apparaît dans une tenue dépouillée, une simple toge blanche translucide avec une ceinture agrav sous les seins, style empire. Elle flotte à quelques centimètres du sol enveloppée d'une aura lumineuse qui change de couleur pour ponctuer ses exclamations et ses émotions.
D'humeur aimable, son champ-aura prend une teinte jaune-vert. Sémélé s'adresse aux joueurs (volontairement choisis pour leur obésité) en leur expliquant calmement la règle : s’arnacher dans un dispositif agrav et s'élancer dans le parcours semé d'obstacles.
Au fur et à mesure du déroulement de la partie, amusée par les cabrioles des participants, Sémélé constate que son champ-aura vire au rose lorsque les candidats s'élancent prudemment.
Mais la concurrence poussant les téméraires à prendre des risques de plus en plus grands, ils commettent des erreurs fatales et se retrouvent propulsés dans tous les sens comme une boule de flipper électronique. Décharges électriques et cris stridents accompagnent ces ridicules rebonds pour la plus grande rigolade des téléadds et le plaisir des spectateurs, y compris Sémélé dont le champ-aura vire carrément au rouge cramoisi.


"Chers téléadds, aujourd'hui, c'est ... cindi ! La mode est ... à la haute-couture !

Sémélé apparaît dans une robe extrêmement complexe et ouvragée. Une vraie princesse de conte de fées dans une robe de bal !
Le contraste est saisissant avec le groupe de candidats et de candidats, et d'hermaphrodites, qui est composé de physiques extrêmement variés vêtus de tenues simples quoique fort colorées. Une fois les présentations sommaires effectuées, ils se dénudent plus ou moins habilement sous l’œil avide des caméras-bulles. Ils vont devoir se vêtir le plus rapidement possible, et le mieux possible, en puisant dans des bacs de vêtements et d'accessoires qui sont mis à leur disposition. Puis, ils devront défiler et justifier leurs choix sous les critiques acerbes des membres du jury.
Dès le départ du jeu, de violentes bousculades secouent les candidats. Ils deviennent frénétiques lorsqu'une pièce est convoitée par au moins deux d'entre eux. Tirage de cheveux, coups, griffures, tout y passe.
Finalement, peu parviennent à se vêtir dans les délais et les résultats sont ... navrants pour certains, désopilants pour les autres. Humiliations garanties pour les joueurs et rires assurés pour les téléadds.
Sémélé désigne néanmoins un vainqueur, une jeune Fom [2] qui sourit bêtement malgré un œil au beurre noir et une ou deux dents en moins.
La pentade [3] se termine en beauté. Sémélé et son équipe vont pouvoir s'adonner à des plaisirs plus intimes.  

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Après cette nouvelle émission de divertissement, toute l'équipe de Sémélé se rend dans une de ces salles érotico-ludiques, privées, où la musique et les drogues (absorbées ou endocrinées) déclenchent des transes extatiques. Avec sa beauté plastique, sa robe très voyante et sa célébrité, toutes les portes s'ouvrent et les sourires admiratifs et/ou complices accompagnent son passage.

La vaste salle est sphérique, munie de nombreuses fosses remplies de coussins moelleux et de rais de lumière artificielle cylindriques qui montent jusqu'au plafond, à plus de dix mètres de hauteur. De nombreux clients sont déjà en action, à s'ébattre impudiquement, à rire sous l'effet de breuvages innombrables, ou à discuter tranquillement en fumant toutes sortes de substances dans des narguilés. 

Les "Trois petits cochons" sont les premiers membres du groupe accompagnant Sémélé à se dévêtir pour se jeter dans un des cylindres lumineux où leurs corps rondouillards se mettent à flotter aux yeux de tous. Sur simple commande vocale, ils actionnent un dispositif Tasp qui stimule directement les zones du plaisir dans leurs cerveaux. Leur gourmandise sensorielle est aussitôt récompensée. Leurs corps frémissent sous l'effet de la stimulation cérébrale, puis, l'intensité augmentant, sont pris de convulsions tandis que diverses sécrétions corporelles forment des satellites naturels autour de leurs corps en apesanteur.

Sémélé et le reste de la troupe s'approchent d'une des plus grandes fosses où quelques corps sveltes sont déjà alanguis. On dirait des adolescentes à peine pubères mais à mieux y regarder, ce sont des hermaphrodites munies de pénis qui feraient pâlir de jalousie Priape lui-même. Tous les courtisans de Sémélé rejoignent ces futanari avec enthousiasme. Les relations bucco-génitales et les coïts sauvages se succèdent pour le plus grand plaisir des participant-e-s.

Quant à Sémélé, fatiguée par sa pentade de travail, elle préfère s'en tenir au rôle de spectatrice; pour une fois.
Pourtant, au cours de cette énième orgie avec ses congénères Foms, son repli voyeuriste est interrompu par un personnage inhabituel en ces lieux de perversion. C'est une vieille femme, une étrangère, aux vêtements sombres, amples et rapiécés. Elle se présente à Sémélé en prétendant être une marchande libr'aff de la Hanse. Elle quelque chose à lui vendre ...

Hautaine, Sémélé ne lui accorde qu'un bref regard, dédaigneux. Elle a choisi une carrière journalistique de "pressyborg" mais en préférant rester confinée dans la vaste Station intersystème BnVn-SE (qu'elle considère comme la capitale culturelle du Secteur galactique) afin de ne surtout pas se mêler aux "rampants" planétaires. 
Elle conclut donc le dialogue, du moins le pense-t-elle, par un cinglant : 
- "C'est un club privé, ici, réservé aux membres de la Guilde. Les habitants des planètes n'y sont pas les bienvenus. Passez votre chemin ou j'appelle un videur !"

La mystérieuse vieille femme continue néanmoins son discours. Elle possède une drogue naturelle, affirme-elle, exotique, très rare. Seuls les plus riches Guildiens peuvent s'offrir son précieux stupéfiant. Joignant le geste à la parole, elle sort une petite fiole des replis de sa robe. Elle présente l'objet finement ouvragé du bout de ses doigts noueux, et le maintient devant le visage de la belle Sémélé :
- "10.000 crédits pour cette petite dose et vous ferez l'expérience de sensations inédites.
ajoute l'agaçante et repoussante marchande.
- "Quoi !?" réagit Sémélé, piquée dans son orgueil de parvenue , "... mais c'est le salaire d'un guildien grade 6 pour au moins 5 ou 6 pentades de travail ! Tu délires laideron !".


Cette réponse acerbe est un aveu. Sémélé est intriguée. Quelle drogue étrange peut se vendre à un tel prix ?
Cela fait déjà quelque temps qu'elle s'amuse moins à divertir la plèbe. Elle est certes célèbre auprès des téléadds, elle mène une vie très confortable, mais il n'empêche qu'elle reste au niveau des individus qu'elle méprise tout en se sachant probablement méprisée elle-même par les hiérarques de son organisation galactique. 

Alors, pour une fois, elle va céder à la curiosité .
Elle plaque sa main contre celle de la libr'aff, afin de conclure la transaction (leurs auripuces respectives étant en contact, la somme passe automatiquement d'un compte à l'autre) puis la vieille disparaît aussitôt l'affaire conclue. 

Sémélé observe minutieusement le flacon. C'est un cylindre de verre, avec des renforts métalliques qu'un artisan a gravés de motifs tribaux, anciens, qu'elle ne reconnaît pas tout de suite bien que persuadée d'en avoir vu de pareils dans des ouvrages d'Histoire. Il y a un peu de liquide gris-bleuté au fond et une brume orangée dans le reste du tube.
Elle dévisse le couvercle et voit que l'embout s'adapte dans un inhalateur standard. Elle place le dispositif dans ses narines et l'actionne ...

Aussitôt le contenu, Sémélé fut prise de vertige. Elle tombe brutalement sur le sol et l'environnement matériel disparaît autour d'elle. Les yeux grands ouverts, elle assiste à l'effacement non seulement de la salle de jeux érotiques mais aussi de toutes les cloisons de l'habitat spatial. La Station entière a bientôt disparu et elle se voit flotter au beau milieu de l'espace, dans le vide interstellaire. 

Hébété-e par cette situation, cette hallucination, Sémélé ne parvient pas à réagir. Elle commence à avoir peur, très peur, et puis soudainement, elle a une vision, une révélation mystique. La trame même de l'espace-temps se déchire. Elle voit une armée d'humains et de sortes de tigres humanoïdes s'emparer de la Station et asservir toute sa population. Son rythme cardiaque s'accélère. La peur cède la place à la panique jusqu'à ce qu'apparaisse une énorme et majestueuse créature. Elle sent que tout son corps et son esprit se calment devant cette apparition. La silhouette est diffuse, de même que ses psychoperceptions soumises à rude épreuve. Au départ, il lui semble que c'est une forme anthropoïde, noire et constellée d'étoiles mais elle change progressivement et devient vermiforme, bardée d'éclairs. Juste avant que son délire ne s'arrête, Sémélé prononce des mots improbables, dans une langue qu'elle n'avait jamais utilisée : "Vieux-Père Eternité ... Grand-Père du Désert ... Shai-Hulud !".
Ces mots s'inscrivent à tout jamais dans son esprit et elle perd connaissance.

Quand Sémélé se réveille, elle est transformée. Pas physiquement comme à chacune de ses opérations de cosméchirurgie, ou de ses récurrents changements de sexe, mais plutôt intérieurement, psychiquement, moralement. Elle quitte les lieux sans prendre congé de ses assistant-e-s trop absorbés par leurs folles partouzes.

Sémélé est persuadée  que la créature de sa vision existe et qu'elle va sauver son peuple (la population entière de BNVN-SE et peut-être plus encore) dans un futur indéterminé. 
Dans les jours et les semaines qui suivent, le géant sidéral, humaniforme ou vermiforme, réapparait plusieurs fois dans son esprit. Cela devient obsessionnel. Ses proches ne la reconnaissent plus, elle qui était si légère, si superficielle, si divertissante ...

Sémélé n'a plus que faire de ces êtres qui négligent leur transcendance. Un lien psychique s'est établi entre la toute-puissante créature de sa Vision et elle. Un lien qui a aboli les frontières de l'espace. Sémélé en réfère à ses supérieurs de la Guilde Spatiale, en les informant notamment des graves menaces qui pèsent sur la Station. Mais ils n'en tiennent absolument pas compte, méprisant cette adepte des psychotropes qui se prend pour un-e prophète ... jusqu'à ce que BNVN-SE soit envahie quelques mois plus tard. 

Contraints par les événements, finalement convaincus par les capacités divinatoires de Sémélé, ses supérieurs vont exaucer son vœu. Elle voulait ardemment contempler le mystérieux Géant-Ver dans toute la lumière de sa divinité, alors qu'il ne s'unissait à elle que dans l'obscurité du vide spatial; elle va le rencontrer, à ses risques et périls ...

[1] conap = appartements de cohabitation
[2] Fom = terme générique désignant les transgenres de la Guilde, qu'ils soient actuellement de sexe féminin, masculin, hermaphrodites ou neutres. 
[3] pentade : cycle de 5 jours remplaçant l'antique semaine (dont le nombre de jours variait d'une civilisation à l'autre, entre 3 et 10 généralement)  

mardi 4 octobre 2016

La mort comme un simple inconvénient financier

A partir d'un certain niveau technologique, et d'un pouvoir d'achat ou d'un statut social permettant d'accéder à cette technologie, la mort peut être aisément évitée.

La première enveloppe corporelle est artificiellement prolongée grâce à des drogues naturelles (stroon de Norstralie, épice gériatrique d'Arrakis ...) ou de synthèse (pérédène, ....) mais ensuite, de futures incarnations peuvent être clonées pour recevoir l'esprit désincarné.

L'esprit est numérisé et confié à/transféré via une machine informatique. De multiples sauvegardes sont régulièrement effectuées pour avoir la version la plus actualisée possible de la psyché de l'individu; ou, en cas d'urgence, envoyées directement à travers l'hyper-espace.

La mise au point de cette technologie, d'origine militaire, fut d'abord offerte aux pilotes de chasse sidérale qui sacrifiaient leurs vies aux commandes de coûteux vaisseaux de guerre. Puis elle fut récupérée par les hauts-gradés de l'Armée et de la noblesse impériale.

 
 
 
 
 
Elle marque le début de ce que les habitants du Quadrant de Trantor (ouvert fortuitement à la colonisation grâce au Trou de ver EVE) nomment "l'Âge de l'Empyrée". Ce terme fait référence à la Divine Comédie de Dante : "L'Empyrée est la résidence de Dieu au-delà du royaume de l'existence physique et au-delà des Neuf Sphères du Ciel".

Cet "Âge" commence en l'année 23341 du calendrier d'EVE, 341 années standard après la Bataille de Yavin. Dans le calendrier standard, EH (pour Ere Holocène ou Ere Humaine), l'Âge de l'Empyrée commence en 18954 EH. Il annonce des changements politiques majeurs.

Dans les décennies qui suivront, deux autres événements contribueront à donner l'impression à l'Humanité qu'elle règne, grâce à sa technologie, sur tout ce qui existe :

* 19000 EH : les Nautes atteignent le centre de la Galaxie (pourtant extrêmement hostile avec son gigantesque trou noir)

* 19050 EH : les Teknos achèvent la construction de leur Planète-Centrale, baptisée "Prima", et l'offrent au nouveau cinquième Empereur Galactique : Tortran "le Bâtisseur".

lundi 3 octobre 2016

Pomme empoisonnée

D'apparence anodine, couvert de sable et de cratères d'impact, avec quelques rares vestiges extérieurs ou intérieurs d'une occupation ancienne, voici le "saint des saints" des adeptes de l'Orthodoxie guildienne. On raconte que leurs ancêtres mythologiques s'y sont installés il y a des millénaires, chassant des lieux les premiers habitants qui n'étaient que de vulgaires mineurs ou pirates. Les adversaires politiques des Orthodoxes prétendent que les résistants ont été tout simplement exterminés, génocidés ...

C'est un astéroïde de quelques centaines de kilomètres de diamètre, à l'allure vaguement sphérique. Son évocation soulève l'enthousiasme et un geste : le pouce levé. Voici "Bigap", la "Grosse Pomme".


Le plus gros des vaisseaux Lehouine (d'une centaine de km de long et de quelques dizaines de diamètre) peut entrer dans l'une des ouvertures polaires. Des champs de force accompagnent et guident les engins spatiaux dans le dédale d'astéroïdes qui constitue aussi une défense naturelle contre les indésirables, les impurs.

 

A l'autre extrémité, on aperçoit l'arme que les Orthodoxes n'hésiteraient pas à utiliser pour anéantir quiconque essaierait de leur reprendre cette planète miniature : un "cassemonde" spécial alimenté par l'énergie d'un trou noir (une technologie que seuls certains membres de la Guilde Spatial maîtrisent).


Ce monde en apparence rustique est truffé de capteurs qui collectent des informations venant de toute la Galaxie. C'est peut-être l'antenne gigacom la plus performante de tout l'espace humain. Il est peuplé d'une légion de protectrices de la paix qui endossent avec fierté le nom de "Pis". Elles sont aussi les gardiennes du Secret et accueillent les Els qui descendent des Cieux pour leur délivrer le Nectar sacré.

Miel et Nectar

C'est grâce à la psychoperception que les couches les plus impalpables de l'hyper-espace purent être appréhendées par les Humains, navigateurs de l'espace et pilotes/timoniers des énormes vaisseaux longs-courriers.

Ces capacités psychiques, à la limite des pouvoirs "magiques", "psioniques", ont pu être augmentées par l'usage de très coûteuses drogues psychotropes. La plus puissante d'entre elles, l'Epice d'Arrakis, comportait néanmoins un effet secondaire : des mutations internes, puis une métamorphose complète :
- hypertrophie du cerveau
- jusqu'à l'évolution du corps vers un aspect intermédiaire entre l'humain et le poisson

Quand les techniques (à nouveau autorisées) rattrapèrent ces capacités surhumaines, une minorité réactionnaire de Nautes refusa les avancés technologiques. Ils s'opposèrent rigoureusement :
- aux ordinateurs semi-conscients maudits de conception ixienne,
- tout autant qu'à la drogue de prescience produite par les généticiens hérétiques du Bene Tleilax.

Respectés par leurs pairs, malgré leur sévérité, ces Nautes se nomment eux-mêmes les Orthodoxes.
Ils ne quittent que très rarement le haut-espace, certains passant même toute leur existence dans le "Triche-Lumière" loin de la matérialité honnie de l'Espace conventionnel.

Au sein de cette communauté naute, on identifie plusieurs castes. Celle des serviteurs est constituée de transgenres "Fom" (au corps modifié à leur convenance, par cosméchirurgie ou ingénierie génétique). Ils se mêlent aux reste de l'humanité dans les stations orbitales et s'occupent beaucoup des relais gigacoms pour les télécommunications. Ils collaborent de ce fait avec les pressyborgs itinérants, sans prendre eux-mêmes le risque de s'aventurer sur les planètes jugées trop dangereuses, trop sauvages. La deuxième caste est celle des protectrices "Piscis" ou plus simplement "Pis" : des femelles massives, imposantes, des combattantes redoutables qui "luttent pour la paix". Enfin, au sommet de la pyramide, on trouve les dirigeants, les "kubernans" des Orthodoxes : les "Els". C'est eux s'adonnent à la consommation du Nectar mutagène, celui qui offre la prescience indispensable à la navigation hyper-spatiale sans ordinateur conscient.

Stades préliminaires et intermédiaires de mutation des Orthodoxes


 
 

Quelques exemples de mutation finale avec un corps auréolé de lumière et une apparence grotesque : une sorte de poisson des grandes profondeurs qui possèderait un vague visage humain.


 


Il arrive exceptionnellement que les plus puissants éléments de l'Orthodoxie, les Els, participent à des réunions avec le commun des mortels. Il leur faut alors utiliser un caisson de survie spécial, équipé d'appareillages antigravité et contenant le gaz indispensable à leur survie. Mais quitter le haut-espace pour se mêler aux "rampants" est toujours une souffrance psychologique pour ces créatures mutantes.

 

La seule exception est un pèlerinage que les plus religieux d'entre eux effectuent depuis des siècles. Dans un lieu sacré, dans le saint des saints, les Els cachent un trésor inestimable. Au cœur d'un astéroïde dont les coordonnées sont secrètement gardées, ils pleurent leur toute-puissance perdue. Là-bas, ils s'abreuvent "Nectar" ; laissant aux mécréants le vulgaire "Miel" artificiel, l’Épice de synthèse.

Mysticisme et politique des Nautes


La vaste organisation des Nautes (quel que fut son nom au cours de l'Histoire) est très ancienne et religieusement hiérarchisée ; au sens étymologique du terme (du grec hieros, sacré et de arkhê, pouvoir, commandement.)

L'Histoire de la Guilde est baignée de mysticisme

Chaque progrès technologique (mise au point d'un nouveau type de propulsion) s'est accompagné d'une contrepartie mythologique; par exemple la légende du clone femelle Rosalia Goutte-de-Pluie ... que certains théologiens présentent comme étant un homme : Gosala. 
  • 17500 EH : Jonas Varlet, d'Edénis, met au point le moteur hyper-luminique qui portera son nom.
  • 1758? EH : Vol légendaire de Rosalia Goutte-de-Pluie (sainte patronne de Nautes) : elle dirige un vaisseau équipé du moteur varlet dans le Triche-Lumière grâce à sa psychoperception.
  • 17582 EH : Gosala (alias Goutte-de-Pluie-Rosalia) fonde la caste des Pilotes.
  • 17583 EH : Gosala guide l'humanité à travers un trou noir qu'il/elle appelle Noeud et qu'il/elle  active par ses prières.
  • 18061-18075 EH : Koddah "la Voyageuse" (la 3ème impératrice galactique, qui abdiquera pour restituer les pleins pouvoirs à la République) encourage l'unification de tout le personnel navigant. 
L'obtention puis la conservation du monopole sur les voyages aux longs-cours est dépendante du pouvoir politique. En conséquence, à un moment de l'Histoire, la tentation a été grande de s'emparer de ce pouvoir politique. Mais ce fut une cuisante erreur pour les Nautes et, depuis, ils s'en tiennent (ou se résignent) à la plus totale neutralité.
  • 19084 EH : l'Empereur Olaff II (6ème empereur galactique) décrète : "La propulsion Varlet à la Loge Tekno et la propulsion Lehouine à la Guilde". Par ce décret, il confie aux Nautes le monopole des très gros porteurs ou longs-courriers. Mus par un système de propulsion qui allie les technologies Holtzman (champ de force) et Lehouine (énergie des trous noirs), ces vaisseaux géants sont obligatoirement guidés par des êtres conscients, transcendants, qu'ils soient artificiels ou biologiques.
  • Aux environs de 19200 EH, suite à la révolte des Animaloïdes (animaux ayant subi le Saut évolutif) contre les Andres (rejetons androïdes des Teknos), de sévères restrictions (Les 13 Commandements),  ramènent l'ordre dans l'Espace Humain. Désormais, c'est la Guilde qui gouverne l'expansion de l'Humanité. Ce réseau galactique est une immense organisation dirigée par le Médiat Suprême et ses Saints-Diks * (de Dicé, ou Diké, en grec ancien Δίκη / Dikê, divinité de la mythologie grecque, personnifiant la Justice humaine). La planète Xylos est choisie comme nouveau monde-capitale. Hélas, la Guilde gère plus les liaisons entre les mondes que l'administration des mondes elle-même. On parle bientôt de "L'Âge des 10.000 Empereurs", chaque monde gérant à sa guise ses affaires intérieures. Jusqu'à ce qu'un homme fort rétablisse de la cohérence dans l'Empire.
  • 19300 EH Darius/Ladislaus est initié Pilote et apprend les voies menant aux Mystères. Mais il disparaît peu de temps après et s'exile pendant treize années sur la planète Krrit.
  • 19320 EH (An 0 de la Fondation d'une nouvelle dynastie impériale) Darius/Ladislaus le Grand se rebelle contre les Pilotes et unit les nobles sous son trône. Il fonde l'Empire des 10000 mondes.
  • 19321 EH Darius dissout la caste des Pilotes et la Guilde.
Après avoir été démantelés par un Grand Empereur, faisant profil bas, et profitant de la crise qui secoue les Maisons nobles et oppose une nouvelle fois Humains et Machines pensantes, les Nautes et leurs dirigeants sacrés, les "Prophètes au corps de lumière", se tournent vers un autre Grand Empereur pour obtenir le pardon et retrouver leur monopole.
  • 19798 EH (478 ap. F) Un groupe de nobles rassemble les Arcanes et se rebelle contre le pouvoir impérial.
  • 19799 EH (479 ap. F ou 201 Avant la Guilde Spatiale) C'est le début de la Guerre de Cent Ans (93 en fait) durant laquelle on perd toute trace des Arcanes.
  • 19892 EH (108 Avant la Guilde Spatiale) Fin du Jihad Butlérien (l'autre appellation de la Guerre de Cent Ans), croisade des Seigneurs contre les Robots, des psis contre les intellections artificielles "responsables de la décadence" selon les mystiques. Destruction des Robots et des Ordinateurs conscients (n'en réchappent que les plus puissants ...).
  • 19912 EH (88 AG) Bataille de Corrin. La Maison Butler devient la nouvelle famille impériale sous le nom de Corrino. Son monde-capitale sera d'abord Salusa Secundus puis Kaitain.
  • 19935-19993 EH : Jules Corrino alias Saudir I, surnommé "Soukou Toumé" ou encore "Akbar" (le Grand), est le 39ème empereur galactique. C'est vers lui que le Corpus Luminis Praenuntiatis (en latin : "Corps de Lumière Prédit") mène les négociations pour fonder la puissante Guilde Spatiale;
  • 20000 EH ou 0 EG (début de l'Ere de la Guilde). La Guilde Spatiale et ses Navigateurs mutants remplacent les navordinateurs pensants, excommuniés par le Jihad Butlérien.
Sous l'égide des dynasties Corrino puis Atréïdes, la Guilde prospère, oscillant entre arrogance et soumission, mais toujours dépendante de l'Epice d'Arrakis. Les guildiens de base vénèrent leurs Navigateurs "au corps auréolé de lumière". Ils les admirent comme des prophètes, voire même des incarnations de divinités célestes. Puis, progressivement, des substances ou technologies alternatives libèrent (ou réduisent au rang de "commun des mortels", selon le point de vue) les Navigateurs qui ne sont plus tributaires de l’Épice de prescience d'Arrakis.

A l'époque de la dynastie Raïmo (fondée par Kamar Raïmo en 21404 EH ou 1404 EG), la Guilde Spatiale (nom officiel) ou Guilde Navyborg (nom populaire) utilise :
- soit des systèmes de navigation automatisés semi-conscients, conçus sur Ix, siège de la Maison Vernius, avec des pilotes-timoniers équipés de plots vertébraux et de prothèses cybernétiques permettant des réflexes surhumains,
- soit des navigateurs de haut-rang consommateurs de la drogue de prescience synthétisée par les spécialistes de génétique du Bene Tleilax.


(*) Le terme Saint-Dik a évolué avec le temps et s'est popularisé dans l'expression "Syndic Navyborg".

samedi 1 octobre 2016

Au gré des vents

Pendant près de 5000 ans, les Humains se sont éparpillés dans l'espace. D'abord, à la conquête des planètes de leur système solaire puis ensuite des exoplanètes. Ils s'envolèrent telles des graines de pissenlit portées par les vents stellaires ... au sens propre puisqu'ils utilisèrent des voiliers photoniques à une certaine époque.


Ces graines tentèrent de coloniser de nombreuses planètes; rencontrant des échecs (mortels) ou des succès florissants.

De monde en monde, les Humains durent relever de multiples et insolites défis d'acclimatation. Le plus souvent, ils modifièrent leur corps grâce à la géno-ingénierie. Parfois l'adaptation se fit naturellement ; le génome humain étant particulièrement instable (parce que l'humanité avait été exposée jeune à la radioactivité militaire). Et, plus rarement, quand les moyens financiers et technologiques le permirent, c'est la planète toute entière qui fut terraformée.

Des centaines voire des milliers de races humaines différentes apparurent. Une race pour chaque planète ou même pour chaque niche écologique. Pour les planètes à forte gravité, des Humains avec le corps trapu et une ossature dense. D'autres pour des mondes à forte luminosité avec une silhouette élancée et la peau sombre. D'autres adaptés au froid, munis de corps massifs avec la peau très claire. Certains adaptés à la vie semi-aquatique; etc. Sans oublier ceux qui s'étaient adaptés à la vie en apesanteur, dans des habitacles exigus, pour les vaisseaux parcourant de longues distances.



Puis, quand la communication entre les mondes devint quasi-instantanée grâce à la découverte des hyperondes (en 17017 EH *), et à leur application technologique, l'ansible, les humanités qui s'étaient différenciées au cours des millénaires, commencèrent à se fédérer, par affinités, par mimétisme.

La partie de l’humanité qui s'était consacrée à la très haute technologie, et qui avait pratiquement fusionné avec les machines via de nombreuses prothèses cybernétiques (IA/Robots ou "Andres"/Cyborgs/Humains), fonda la Loge Tekno.

Quelques siècles plus tard, une branche de cette humanité technique, spécialisée dans le voyage interstellaire, adopta le nom générique de Nautes. Ils étaient devenus une sous-espèce parfois très éloignée morphologiquement des Humains de base; oscillant entre deux tendances, technophile ou biophile. Certains groupes ou classes sociales étaient des cyborgs (comme leurs congénères Teknos) et furent appelés "Navyborg". Les autres, qui ressemblaient de moins en moins à des Humains, du fait de leurs métamorphoses génétiques ou chimiques, se mirent à côtoyer les Humains le plus rarement possible.

Cette évolution physique était néanmoins utile, voulue et de plus en plus précisément contrôlée :
- pour s'adapter au Haut-espace (les immensités entre les systèmes stellaires)
- et, plus périlleux encore, à la "Surdimension kinesthétique psychoperceptible" (cette dimension étrange qu'empruntent les vaisseaux lors des vols/plongeons hyperspatiaux).


(*) EH pour Ere Holocène ou Ère Humaine