jeudi 1 décembre 2016

Le statut de la Liberté

Église de la Liberté Cosmique
Divinité de l'Air et du Beau
Symboles : l'Arbre, la Liberté, l'Amphore, la Coupe, l'Ivresse, l'Envoûtement, le Jeu

Sans doute la moins spirituelle (au sens clérical) de toutes, cette Église n'est respectée que parce qu'elle est la plus ancienne connue. Elle prône des valeurs inattendues : l'humour, le jeu, la liberté,. Les Prêtres de la Liberté Cosmique tentent d'élever l'Être en lui faisant prendre conscience à la fois de son pouvoir psychique et de sa débilité physique face au Cosmos.
Ils cherchent à désarçonner toute tentative de se prendre au sérieux pour mieux défendre le respect de tous. Cette Église ne croit qu'à la valeur de l'individu qui, d'après elle, constitue à la fois le grain le plus misérable et la force la plus puissante du Grand Univers. Très peu nombreux, ses Prêtres vivent souvent dans l'indigence la plus grande, confiant à la providence et aux spectateurs amusés de leurs multiples tours de passe-passe, le soin de les nourrir.
Mais si on met une entrave à sa liberté ou qu'il assiste à une action liberticide, le Prêtre de la Liberté cosmique est capable de devenir un vrai fauve. Son aspect semble grandir et se charger d'une aura inquiétante. Et, s'il combat, toujours à mains nues, sa science des arts martiaux le rend victorieux même d'hommes armés.

Un énorme vaisseau long-courrier s'est frayé un chemin dans le champ d'astéroïdes qui entoure et protège le sanctuaire Bigap. Réussir pareilles manœuvres, avec un vaisseau de cette taille, dans une zone aussi hostile, est un prodige de navigation; révélateur des compétences surnaturelles embarquées à son bord.

Le "T'iras voir à Tius ? ... Tirawa-Atius, minus !" [1] s'engouffre désormais dans le silo à vaisseaux Lehouine creusé à même la lithosphère de Bigap. C'est un puits profond de dizaines de kilomètres, avec d'innombrables quais d'embarquement et de débarquement, des grappins magnétiques, des générateurs de champ, etc. Une véritable mégapole concave et ouverte sur l'espace. 

Les gardiennes du temple sont sur le pied de guerre car elles ont maintenant sous leur responsabilité la délégation des Els [2] et des Sages cosmiques venus statuer sur cette prophétesse de malheurs, épargnée par le Ver pourvoyeur d’Épice et qui vient de recevoir le don de prescience, selon les Pis qui se sont mesurées à elle. Sémélé, la petite Fom de la Station BnVn-SE, a-t-elle réellement accompli tous ces miracles ? Si oui, quel statut faut-il lui conférer au sein de l’Église de la Liberté Cosmique ? Et quelle fonction sacrée auprès de Shai-Hulud ?

Des cuves vitrées remplies de gaz orange, et assez grosses pour contenir une baleine, glissent jusqu'à la salle d'audience. Des délégations de prêtres avec leurs étendards représentant tantôt l'Arbre Yggdrasil [3], tantôt l'Amphore ou la Coupe, s'assemblent dans le vaste amphithéâtre mis à disposition par Chiron. En maître de cérémonie, le Passeur prend sobrement la parole devant l'assemblée d'illustres invités.

- "Nobles Seigneurs, votre présence dans le Sanctuaire nous honore. Soyez les bienvenus. Voici celle qui nous réunit aujourd'hui : BnVn-SEsa Sémélé "Sem" Cadmos da' Niv-Médian."

Sémélé s'avance, encadrée par deux des plus solides Pis de Bigap. Elle est vêtue d'une bure grise qui occulte tout son corps. Lentement, elle fait glisser sa capuche vers l'arrière et dévoile son visage buriné et des yeux totalement bleus, presque phosphorescents. 
Un El impatient s'approche d'elle. Il plaque son énorme visage contre la vitre de sa cuve agrav et use de ses facultés très particulières pour observer la Fom, minuscule comparée à son corps de cétacé. 
Sem est aveugle désormais mais elle ressent la pression qui accompagne cet examen. Les dignitaires analysent chacun de ses gestes, chaque mouvement de son visage, et, sans exercer une intrusive sonde mentale (ce qui serait contraire aux saintes décisions du Concile d'Amiltène [4]), tentent de capter ses pensées débordantes. Néanmoins, elle ne montre aucun signe d'inquiétude alors qu'elle devrait pourtant être impressionnée.

- "Êtes-vous insensible à votre sort ?", l'interroge le El. "Ne craignez-vous pas pour votre intégrité physique ?", ajoute-t-il.
- "Shai-Hulud m'a appelée à lui. Je suis désormais au service du Vieux Père Eternité. Je ne crains pas la mort."
- "Nous savons que vous avez vu l'avenir et prédit l'invasion de BnVn-SE. L'autocrate, maudit soit son nom, a conquis un vaste territoire et commis des sacrilèges."
- "Maudit soit-il", répète Sémélé.
- "Il a des soutiens mais nous avons notre propre réseau. Tôt ou tard, nous reprendrons ce qu'il nous a volé", conclut le El avant de disparaître dans les volutes de gaz orange.
- "Qu'il en soit ainsi !", l'accompagne Sémélé par la parole.

C'est au tour d'un autre personnage d'intervenir : le Sage Diogène, représentant l’Église de la Liberté.

- "Dans les entrailles du Sanctuaire, Charon vous a conduit au seuil du territoire du Ver. Vous l'avez contemplé dans toute sa majesté et il vous a épargnée. Pourquoi selon vous ?"
- "Il m'a appelée. J'ai obéi. Si je vis encore, c'est pour le servir.", répond-elle pieusement.
- "Et quelle mission pensez-vous qu'il veuille vous confier ?" s'enquiert le Sage, intrigué.
- "Je suis Sémélé, mère de Dionysos, mère de l'Ivresse. Le sanctuaire qui abrite le Ver est l'Amphore; je serai la Coupe.", récite-t-elle avec passion.
Le Sage marque une longue pause puis déclare solennellement :
 - "Oui, qu'il en soit ainsi !"

L'audience s'acheva ainsi. Les cosmiques ne s'encombraient pas de longs palabres. Les informations multiples empruntaient bien d'autres vecteurs que la parole. Le statut de Sémélé fut décidé par les Libertaires et les Navigateurs cosmiques qui l'annoncèrent solennellement.

A compter de ce jour, Sémélé devint la Mère de l'Ivresse, celle qui fournit le psychotrope le plus puissant de la Galaxie connue. Les Navigateurs orthodoxes, les Els, vinrent s'approvisionner auprès d'elle. Il fut décrété que quand viendrait le temps de la récolte, elle séjournerait sous la surface, assistée par une myriade de drones agrav qu'elle dirigerait grâce à son lien exceptionnel avec le Ver.

Elle fut élevée au rang de Grande Prêtresse de la Liberté Cosmique; avec son Don de prescience et ses Visions désormais permanentes. Elle fut enfin admise parmi les Saint-Diks, la direction générale de la Guilde (plus précisément du Département Espace et Communication), avec le statut de "conseillère spéciale" : Oracle.


[1] La tradition de noms loufoques pour les "vaisseaux systèmes généraux" se perpétuera dans la Culture (la pan-humanité administrée par les Mentaux, des super-intelligences artificielles) 
[2] La contraction des pronoms "il" et "elle" a donné le mot "el". Certains y voient une écriture phonétique de "aile" et d'autres de singulier du mot hébreu "elohim". 
[3] Yggdrasil (ou Yggdrasill) était l'arbre cosmique; un gigantesque frêne toujours vert, qui représentait l'axe du monde autour duquel étaient disposés les neuf mondes.
[4] Les effroyables conflits qui secouèrent l'Empire Galactique après la mort de Leto II, connus sous le terme générique de "Kralizec", s'accompagnèrent d'une "chasse aux sorcières" extrêmement meurtrière. Une fois la guerre finie, les psinocides furent considérés à juste titre comme un crime contre l'Unimanité. Un Concile réunissant les représentants de toutes les sectes et religions fut organisé sur Amiltène en 21000 EH (ou 1000 EG, selon le calendrier utilisé). Il fut décrété que tous les Êtres avaient droit à une intimité mentale et que tout individu maîtrisant la télépathie serait accusé de viol psychique s'il s'introduisait dans les pensées d'autrui. Les Eglises qui signèrent ce pacte furent officiellement reconnues comme Eglises impériales, membres à part entière du Clergé. Les autres furent pourchassées comme de dangereuses sectes afin qu'on ne revivent plus jamais les âges sombres et les tueries.

1 commentaire:

Je a dit…

Exemple de lithosphère pour la planète Terre

La lithosphère (littéralement, la « sphère de pierre ») est l'enveloppe terrestre rigide de la surface de la Terre. Elle comprend la croûte terrestre et une partie du manteau supérieur.

Elle est divisée en un certain nombre de plaques tectoniques, également appelées plaques lithosphériques.
La lithosphère, relativement rigide sur des échelles de temps de l'ordre de 1 à 10 Ma, repose sur l'asthénosphère, solide mais ductile, plus facilement déformable car constituée de roches dans des conditions physico-mécaniques (pression, température et vitesse de déformation), amenant à une plus faible viscosité.

Porteuse des deux types de croûtes, la continentale et l'océanique, la lithosphère existe sous deux types correspondant : la lithosphère continentale, épaisse de 60 km jusqu'à parfois 200 km, âgée en termes de milliards d'années, et segmentée selon l'histoire des provinces continentales, et la lithosphère océanique, organisée continûment (sinon latéralement au niveau des failles transformantes) selon l'âge de la croûte océanique qu'elle porte, et donc en fonction de la distance à la dorsale, de moindre épaisseur, de quasiment 0 km au niveau de l'axe magmatique des dorsales, de l'ordre d'environ 10 km dès que sorti de la zone tecto-magmatique des dorsales jusqu'à un maximum de 60 à 80 km au niveau des zones de subduction pour un âge maximal de l'ordre de 100 à 120 Ma.