dimanche 8 décembre 2019

Les X-Men de Hickman (épisodes 1-3)

Mégamachine et Suprémacisme

Un des aspects du succès des X-Men est à quel point cela a toujours été l'un des comic books les plus "politiques".

Les autres séries portent avant tout sur la responsabilité éthique individuelle, sur des sujets qui veulent (plus ou moins) bien faire, les X-Men portent  sur la question des choix de l'humanité face à son avenir et comme des métaphores transparentes sur le rapport de la démocratie américaine à ses minorités (les Américains Noirs dans les années 1960, même si tous les membres étaient blancs, et les Gays dans les années 1990 quand la Guerre culturelle des Conservateurs américains et la question du SIDA se concentra sur la question des "Styles de Vie" et des préférences sexuelles).

La série a commencé avec l'opposition entre le Rêve de Xavier (imité du Rêve du Révérend  Martin Luther King) et le suprémacisme mutant de Magneto (en écho au suprémacisme noir de Malcolm X et la Nation of Islam, qui avait fait parler d'eux dès des violences policières à New York en avril 1957 - Malcolm X quitta la Nation of Islam en 1964 et fut assassiné en 1965).

Pour simplifier à l'extrême, les deux épisodes les plus importants de la série (si on laisse de côté des épisodes au retentissement dramatique plus important mais moins politiques, comme la Saga du Phénix noir) sont :
  • (1) Uncanny X-Men n°14-16 (novembre 1965) la première apparition des Sentinelles
Le racisme anti-mutant conduit à la première hystérie avec la création de Robots pour exterminer les Mutants. C'est la Machine inhumaine qui est censée sauver les Humains face à son grand Autre qu'il craint et rejette. La Machine devient alors le symbole de l'aliénation et de l'inhumanité de toute la Machinerie du Génocide, avec ce Moule géant (Master Mold, X-Men n°15-16) qui forge les Sentinelles pour exterminer dans l'Oeuf dès le berceau tous les gènes des Mutants. La Matrice des Sentinelles est le Grand Moloch pour sacrifier les générations futures, le ventre de Mort de Phalaris, le grand Holocauste de métal (et bien plus tard la métaphore sera ensuite filée avec une Tour de Babel et la sentinelle nommée "Nemrod le Chasseur", Uncanny X-Men n°191). Ce Moloch est une imagerie de toute la Modernité depuis au moins le film Metropolis de Fritz Lang pour la puissance mortifère de nos progrès d'exploitation.

Lee & Kirby avaient matérialisé la Shoah comme "Mégamachine" (pour utiliser le terme de Lewis Mumford sur le développement urbain et technologique depuis les premières Cités du Croissant Fertile), et non plus simplement comme une personnification individuelle (Crâne Rouge). L'inconscient de Lee a appelé le créateur des Sentinelles  "Bolivar" comme si on voulait insister sur le Libérateur qui va annoncer tant de Dictateurs (et le film récent en fait un Nain pour ajouter un niveau de handicap physique où celui qui a été exclu par une norme "naturelle" veut créer un instrument artificielle de normalisation).

On avait déjà vu de nombreuses scènes de foule où les Humains voulaient lyncher des Mutants mais c'était la première fois que les X-Men ne luttaient pas seulement contre des Mauvais Mutants séparatistes mais contre la Mutantophobie de ceux avec qui ils sont censés se réconcilier.

Trask faisait référence à une sorte de crainte darwinienne : les Mutants menaçait de nous remplacer et de nous asservir et le remplacement par les Robots était la solution pour lutter contre l'Evolution. Le Progrès technologique comme barrage contre l'algorithme de l'Evolution naturelle. Samuel Butler avait créé en SF la crainte que le Robot ne remplace l'Homme mais je ne sais pas si on avait déjà imaginé avant les Sentinelles ce combat entre les deux fantasmes de la Machine et du Mutant, du Talos de Dédale et du Surhomme héracléen, du Cheval d'Ulysse contre le Héros achilléen.

La métaphore des Sentinelles dans ces premières apparitions est certes assez  simpliste car les Humains n'auront même pas à dépasser leur haine, immédiatement l'arme anti-mutante se révèle aussi anti-humaine. C'est donc assez facile : les Mutants doivent sauver les Humains de ce qui était censé les délivrer de la domination mutante, comme les Jeunes Hippies croient pouvoir sauver leurs Parents d'eux-mêmes (Lee & Kirby appartiennent à la génération d'avant mais ils ont su très bien représenter les fantasmes des Baby Boomers des années 1960-1970).

Et Arnold Drake ajoute ensuite l'idée que Bolivar Trask était animé par un rapport complexe à son fils qui était un Mutant. (le fait que les racistes puissent avoir eux-mêmes un enfant mutant déplacera la métaphore de minorités ethniques vers les minorités sexuelles puisqu'un des aspects des X-Men est toujours un changement à l'adolescence et une opposition générationnelle).

Toute la Saga de voyage dans le temps des Days of Future Pasts (à partir de X-Men n°141, 1981, tout à la fin de la période Claremont-Byrne, où on révèle les futurs dystopiques où les Sentinelles ont fini par l'emporter, exterminer tous les Mutants et pris le contrôle de l'Humanité sont assez directement sortis de cet épisode de Lee & Kirby qui spéculait déjà sur l'avenir prévisible des Mutants.

  • (2) Uncanny X-Men n°161 (septembre 1982), le grand révisionnisme de Chris Claremont sur Magneto

Le Magneto de Lee & Kirby n'était pas du tout représenté comme un leader sincère de la cause mutante. C'était un opportuniste cynique, un fasciste haineux qui voulait exploiter ses congénères mutants pour satisfaire sa Volonté de Puissance. Loin d'être un défenseur de minorités, c'était un suprématiste, le miroir inversé du racisme de la majorité, tout comme l'était la Nation of Islam (même si Malcolm X a commencé à critiquer certains points de la prétendue "Nation of Islam" à partir de 1964 avant d'être assassiné par des membres de cette organisation fanatique).

Cependant, il est vrai que dès le début, Charles Xavier présente sa relation avec Magneto avec une certaine symétrie, comme une sorte de rivalité entre deux dirigeants politiques et non pas seulement une guerre entre le Bien et la Confrérie des Mauvais Mutants. On savait que Magneto et Xavier se connaissaient depuis longtemps mais pas qu'ils avaient été amis et alliés.

Magneto n'était même pas représenté comme juif auparavant, même si on savait qu'il avait vécu en Europe centrale et qu'il avait sauvé des Roms mutants de pogroms (il était d'ailleurs intéressant que Lee & Kirby déplacent toujours la question juive vers les Roms, de même avec les origines de Dr Doom). Magneto était même plutôt au début une image de Hitler dans sa démagogie en faveur des Übermenschen Homo Superior.

Un long processus commença dès les années 1970 quand Magneto fut révélé comme le père de plusieurs héros comme Pietro & Wanda Maximoff ou Lorna Dane.

Chris Claremont alla plus loin dans "l''humanisation" de l'Ennemi en faisant de Magneto un survivant des Camps de la mort. Cela changeait beaucoup de choses dans la dynamique car il était maintenant une Victime de Hitler qui avait des raisons compréhensibles pour en vouloir à toute l'Humanité (ce que les films X-Men et notamment First Class vont adapter directement en faisant de Magneto un Chasseur de Nazis sincère). Pour la première fois, Magneto est montré dans le "Bon Camp" contre le racisme néo-nazi de HYDRA qui occupe tant Captain America et d'autres titres Marvel.

Magneto restait certes encore un Ennemi mais il était plutôt quelqu'un qui s'était fourvoyé et qui suscitait de l'empathie. Il y a une évolution assez générale de notre rapport au Héros (comme on peut le voir par exemple dans le rapport à la Guerre et notamment à la Seconde Guerre mondiale). On est passé du Héros (littérature épique) à la Victime (roman psychologique) et ensuite au Anti-Héros ambigu (mélodrame qui n'arrive même plus à croire à l'innocence des Victimes).

Au lieu d'une différence Bien-Mal, on avait maintenant une différence qui évoquait plus le Proche-Orient et l'Etat d'Israel (qui est au centre de cet épisode n°161 dans le flash-back). De manière inconsciente, les Humains devenaient les Palestiniens et les Mutants les Israéliens (voire les juifs de la Diaspora).

Xavier était l'Ordre international de l'ONU ou plutôt les juifs de gauche qui continuent  à
vouloir accorder une place aux Palestiniens et Magneto était la droite israélienne qui était prête à une politique de nettoyage ethnique des Territoires occupés depuis 1967 au nom des violences subies dans l'Histoire. Certes, Charles Xavier a un nom très chrétien mais l'épisode va fonder la base de toute sa famille israélienne (son fils, le Mutant Légion est le fils de Gabrielle Haller qui apparaît pour la première fois dans cet épisode).

Par la suite, la superposition des métaphores avait ajouté Genosha, le pays où les Mutants ne sont pas exterminés mais parqués et exploités et qui était ensuite devenu brièvement une Terre Promise des Rebelles mutants conduits par Magneto avant de se faire génocider tous à leur tour. Le parcours était là l'Afrique du Sud de l'Apartheid mélangé avec toutes les anxiétés sur le dépassement de ces injustices et l'avenir d'Israel (dont on ne sait jamais si elle finira par être victime d'un nouveau crime contre l'Humanité ou bien par perpétrer un nouveau crime contre l'Humanité). L'idée de Terre Promise est importante pour comprendre toutes les projections des USA sur le Proche-Orient en reflet de leur propre représentation d'eux-mêmes.

John Byrne, qui était parti depuis plus d'un an du titre, ne fut jamais d'accord avec le révisionnisme de Claremont et continua dans sa propre utilisation de Magneto de le faire revenir à son image de quasi-Hitler du début. Mais au fil du temps et malgré des contradictions entre les divers scénaristes, c'est ce révisionnisme de Claremont qui a eu le plus d'effet sur les X-Men. Progressivement, le rapport des X-Men à Magneto et même au Hellfire Club devint plutôt une sorte de rivalité entre des tendances politiques à l'intérieur d'un même "Parti". Magneto et Emma Frost dirigèrent l'Ecole de Xavier, Cyclops, qui était clairement l'Héritier présomptif de Xavier avant de littéralement "tuer le Père", passa de plus en plus clairement vers l'idée que la protection des Mutants devait l'emporter sur la protection des Humains (et où paradoxalement, c'était Wolverine et Storm qui préservaient une part de l'idéalisme du Rêve de Xavier dans une guerre civile entre X-Men au début des années 2010. symboliquement, Cyclops avait construit sa base Utopia à partir de l'Astéroïde M qui servait de repaire à Magneto et on ne pouvait pas plus clairement montrer que l'opposition s'était brouillée. Claremont était revenu dans une série Excalibur sur une collaboration politique entre Magneto et Xavier après l'extermination de la nation de Genosha.

Au fil des nombreux massacres de Mutants pendant des décennies, le Rêve de Xavier est donc de plus en plus terni et même Xavier partage au minimum avec Magneto l'idée qu'il aurait été trop angélique et qu'il n'aurait pas été assez pro-actif dans la préservation des Mutants.


Hickman, Krakoa & Moira

L'Utopie mutante
Jonathan Hickman est sans doute l'un des plus brillants scénaristes de Marvel en ce moment par sa capacité à intégrer à la fois une véritable réflexion de science-fiction et une synthèse de milliers d'histoires antérieures pour les faire évoluer de manière organique. Il y a des analogies avec son run sur les Quatre Fantastiques (2009-2012) où il avait semblé brasser tous les concepts originels en faisant réfléchir Reed Richards à l'optimisation de tous ses Plans.

Dans sa mini-série de 2019 House of X / Power of X, Hickman a de même radicalement changé le statu quo mais tout en semblant continuer assez clairement de très nombreuses pistes des titres antérieures. Peu d'auteurs réussissent cette gageure d'avoir à la fois une voix reconnaissable et de savoir se mêler dans les nombreux fils d'une feuilleton étalé sur plus de six décennies. C'est relativement accessible grâce à un effet de rupture mais Hickman contente aussi les plus fanatiques complétistes par son goût encyclopédique.

Parmi les changements importants, il y a d'abord l'idée d'une grande coalition de tous les Mutants. Xavier accepte un compromis politique avec toutes les factions à la fois, Magneto, le Hellfire Club et même Sinister ou Apocalypse, le premier Mutant immortel qui hante l'Humanité depuis l'Antiquité. La réconciliation avec tous les Terroristes mutants semble presque totale et il ne semble même plus y avoir beaucoup de résistances des X-Men contre ce grand compromis politique de leur fondateur. C'est sans doute le culminant du processus de révisionnisme de Claremont sur Magneto. Il n'y a plus de vilains, que différents mutants tous unis comme bouc-émissaires de l'Humanité. La seule exception interne pour l'instant a été le brutal Sabertooth, condamné pour meurtre commis après la coalition. Même des vilains comme Selene (qui vampirise les autres Mutants) sont acceptés comme des éléments de la vie mutante tant qu'on peut les surveiller.

Cyclops, le héros Oedipien par excellence qui scelle son regard pour inhiber les risques de destruction, a l'air complètement réconcilié avec son Père adoptif qui lui avait forgé ses lunettes (oui, historiquement, certaines histoires disent que c'était Sinister et non Xavier qui avait créé les oeillères de Scott mais Hickman commence symboliquement par un flash-back sur cet objet et la première histoire des X-Men et des New Mutants met à nouveau en scène le père génétique de Scott, Corsair.

(En passant, le plan de la demeure des Summers sur la Zone Bleue de la Lune semble suggérer que Scott, Jean et Logan vivent dans une relation libre ou je projette un ménage à trois là où il n'y en a pas ?)

Au lieu de réutiliser le pays fictif de Genosha (qui fut gouverné par Magneto et détruit), Hickman reprend l'Île vivante de Krakoa, qui occupe une place à part dans la mythologie X-Men comme ce fut le premier adversaire des Nouveaux X-Men en 1975 dans Giant-Size X-Men 1.

L'Île avait été révélée comme un Mutant symbiotique créé par les premiers tests nucléaires (Krakoa est toujours dans le Pacifique même s'il a un Portail vers une de ses "branches" dans l'Atlantique, peut-être pour être plus près de Genosha ou bien de l'Atlantis de Namor). House of X n°6 dit qu'elle mesure environ 800 km2 (soit à peu près la taille de Basse-Terre en Guadeloupe, l'île de Chios ou Bahreïn), mais c'était avant son extension récente.

Un retcon récent dans Deadly Genesis (2005) avait aussi ajouté que l'île abritait Vulcan, le frère de Cyclops et Havok. Krakoa avait erré dans l'espace et avait émis des spores qui devinrent d'autres îles mutantes avant de revenir sur Terre. Le Hellfire Club produisit même plusieurs Clones de ce territoire pour s'en servir comme d'une arme biologique. L'un de ces mutants fusionnant tout un écosystème de faune et de flore fut aussi le site de l'école des Mutants de Wolverine (l'école "Jean Grey", nommée ainsi pour neutraliser la référence au Père encombrant Xavier) et devint même membre de l'école dans la série Wolverine & the X-Men (deux volumes différents de 2011 à 2014, par Jason Aaron).

Krakoa est devenue plus qu'une Base pour les X-Men, c'est la nouvelle Terre Promise de tous les Mutants. Ce n'est pas seulement un refuge car Xavier veut en quelque sorte statuer que tout Mutant sur Terre en est de droit un citoyen, quelle que soit sa nationalité originelle et même si son Etat refuse ce changement de citoyenneté (comme semblent le faire les Grandes Puissances au début, et notamment les USA ou la Russie).

Le Séparatisme mutant va si loin que Hickman a même créé un Alphabet nouveau pour les Krakoans (un peu comme l'Alphabet qu'utilise la Légion des Superhéros 1000 ans dans le futur).

Cette Terre Sainte est aussi la Corne d'Abondance un peu trop omnipotente de la série. Elle fournit à la fois de nombreuses ressources (gemmes, médicaments, Portails de téléportation... ) et même l'Immortalité (grâce à Cérébro, qui a archivé tous les Mutants connus). Et Xavier a commencé un projet de résurrection en masse des tous les Mutants décédés. Et toute l'équipe est déjà morte et ressuscitée une fois depuis le début de la série, dont Jean Grey, sans que le Phénix y soit pour rien cette fois-ci.

On commence donc clairement dans un Retour au Paradis Perdu même si on peut déjà s'attendre aux Guerres civiles futures au Paradis et à de nouvelles Chutes ou Exils hors de ce Jardin des Nouveaux Adams.

L'île a Xavier en Roi-Prophète mais il a instauré un gouvernement nommé le "Calme Conseil" composé de 11 autres membres divisé en 4 "Saisons", où les X-Men historiques sont une minorité : Magneto, Apocalypse, Mr Sinister, Exodus, Mystique, Sebastien Shaw, Emma Frost, "Le Roi Rouge" (identité pour l'instant inconnue mais choisi par La Reine Blanche), Storm, Jean Grey et Nightcrawler, plus l'île de Krakoa elle-même, avec Douglock en interprète de ses volontés. C'est la dramatisation de ce Conseil gouvernemental qui illustre bien que le titre est plus politique que ne pouvait l'être les Quatre Fantastiques ou même les Vengeurs.

Krakoa est un être vivant. Il/elle se reproduit et elle peut être attirée par d'autres Îles vivantes (X-Men n°2). Iel se nourrit de Mutants, avec un régime relativement frugal (un télépathe par an), ce qui fait que la population importante de télépathes est suffisante pour le/a contenter sans qu'ils soient absorbés ou dévorés, du moins tant que ses éléments et notamment ses fleurs dans la Terre Sauvage ne sont pas trop endommagées (X-Men n°3). Il/elle est aussi en symbiose avec Black Tom Cassidy, le cousin de Banshee qui peut s'associer aux végétaux.



μοῖρα
 

L'autre thème majeur de la nouvelle série X-Men est la transformation de Moira McTaggart (orthographe correcte actuelle MacTaggert, j'ignore pourquoi) en une Mutante.

Originellement, Moira est une généticienne, collaboratrice (et amante) de Xavier et la mère d'un Mutant omnipotent nommé Proteus. Elle apparut longtemps comme la principale alliée humaine des Mutants et la spécialiste de leur génétique.

A présent, on apprend qu'elle a le pouvoir de se réincarner à travers le Multivers en gardant à chaque fois le souvenir de sa vie antérieure et qu'elle essaye en vain de changer le futur après chacun de ses décès en un des futurs possibles (un peu comme la Wonder Girl de John Byrne ou par coïncidence plus récente, la nouvelle Rose/Thorn de Brian Bendis dans Legion Millenium).

Moira était déjà morte, tuée par Mystique et Sabertooth mais on révèle que ce n'était qu'un Golem shiar qui avait été touché à cette époque (peut-être parce qu'il n'était pas certain que Cérébro ait en mémoire toutes les archives de Moira si Xavier ignorait qu'elle était une Mutante).

Moira signifie le Destin en grec (littéralement "la part" alloué à chacun) et elle vient annoncer la Destinée de toutes les continuités temporelles. Elle est la Bodhisattva des X-Men et elle a une Mauvaise Nouvelle : "Xavier doit se réveiller de son Rêve. Nous perdons toujours".

Les Mutants finissent toujours vaincus par la Machine, que ce soit les Sentinelles ou le virus techno-organique de la Technarchie (Warlock) et de la Phalange qui ont joué un rôle important dans les Nouveaux Mutants ou dans l'histoire du fils perdu de Scott et Jean, Nathan Summers alias Cable. On naît avec le Gène Mutant mais un Humain peut être infecté par le virus techno-organique (Warlock étant lui-même décrit comme une forme mutante de ce Virus). La branche "humaine" (cyborg) de la Phalange était composée de militants anti-mutants et la Guerre entre Technologie et Nature organique est donc superposée avec celle entre Homo Sapiens et Homo Superior. comme ces Reavers qui sont prêts à se changer complètement en armes robotisées dans leur croisade contre les Mutants (X-Force n°1-2).

Borges, a dit en plaisantant que toute histoire était soit l'Iliade soit l'Odyssée. Les Fantastic Four étaient une Odyssée d'exploration et de retour vers la Famille. La plupart des titres X-Men sont avant tout une Iliade, qui a quelque chose de fatale et qui se répète à travers toutes les myriades des futurs, entre l'Humanité et sa Post-Humanité, avec Moira en Cassandre.

Et c'est probablement un Siège de Krakoa et une chute de la Cité des Mutants qui s'annonce après le énième assassinat de Xavier dès le numéro 1 de X-Force. Le désavantage de cette Guerre interminable est que si la Coalition des Mutants peut être ambiguë, il est difficile de voir une complexité symétrique du côté des Humains du Projet Orchis qui ne rêvent que de génocides.

Mais malgré ce problème de la Guerre des Descendants d'Adam, la force de Hickman est d'avoir cultivé ici toute la thématique des X-Men vers une convergence de la SF transhumaniste actuelle : l'Humanité se condamne-t-elle en croyant atteindre l'Immortalité ou la transcendance dans la Singularité technologique ?

Pour l'instant, Hickman ne semble pas vouloir réutiliser le Phénix et c'est un moratoire bienvenu après tant d'années de retours cycliques. De manière plus intéressante, c'est la Sorcière Rouge qui est décrite comme la plus honnie de toutes les "Mutantes" à cause du sortilège qu'elle avait lancée (lors de l'événement appelé "Décimation" après House of M) qui avait transformé les Mutants en espèce en voie d'extinction en changeant l'immense majorité en Humains "normaux" (Marvel a changé plusieurs fois d'avis sur la question de savoir si la Sorcière était bien ou non la fille de Magneto pour d'obscures raisons de droits dérivés des films). La dé-mutantisation n'était pas un acte d'extermination mais le texte l'évoque comme une violence tout aussi extrême que celle des militants fanatiques.

Les premiers épisodes me semblent déjà s'annoncer comme un des meilleurs runs de toute la série depuis Chris Claremont. Hickman cite souvent Jason Aaron en référence immédiate (et Aaron arrivait aussi à ne pas se soumettre trop totalement à l'ombre écrasante de Claremont) mais c'est peut-être l'ambiguïté politique des scénarios de Kieron Gillen qui se rapprochait le plus de ce qu'il est en train de faire, comme l'équipe de Scott sous Gillen était passée du côté de la Cause de Magneto.

Et pour polémiquer un peu, Grant Morrison avait eu il y a 20 ans un impact énorme sur les fans de cette période mais finalement, que reste-t-il de ses concepts en dehors de l'amour entre Scott et Emma Frost ou des concepts comme Cassandra (la Jumelle Maléfique de Xavier, une de ses pires idées de vilain) ou l'incohérent Xorn ?

Le risque de la technique d'écriture de Hickman qui synthétise tant de fils narratifs est que cela pourrait sonner vraiment comme une Conclusion difficile à continuer...

Sourcehttps://anniceris.blogspot.com/2019/12/les-x-men-de-hickman-episodes-1-3.html

[Comics] Far Sector

Far Sector est le nouveau comic book écrit par la romancière de SF N.K. Jemisin. C'est (tout comme le titre principal de Green Lantern en ce moment avec les scénarios de Grant Morrison) un hommage au roman policier, qui joue sur ses conventions, mais avec une Green Lantern humaine, Sojourner Mullen, avec un Anneau très particulier (même si on n'en sait pas encore plus). L'Agent Mullen a été assignée dans le "Secteur Lointain", loin d'Oa et loin de tout, sur The City Enduring, une Cité construite dans un Essaim ou Archipel de Dyson autour de son étoile.



 La gigantesque Cité de 20 milliards d'habitants abrite trois espèces humanoïdes :

(1) Les Nah, humanoïdes mais légèrement reptiliens avec leur appendice caudale et leurs membranes empoisonnées. Leurs longs noms formés de descriptions poétiques font un peu penser à la langue métaphorique des Tamariens.

(2) Les @At, qui semblent être une espèce "numérisée" ou Uploadée et qui méprisent les êtres demeurés dans la matière biologique.

(3) Les ke-Topli, dont je crois comprendre qu'ils vivent avec des végétaux intelligents qui les parasitent de l'intérieur.

Les trois espèces ont jadis failli s'entre-détruire et ont même annihilé deux mondes dans leurs guerres. La Cité a donc été créée comme une arche pour mettre fin à leur conflit et les trois espèces ont été dotées d'une modification de leurs systèmes pour empêcher en théorie toute émotion et inhiber la violence. And then the Murders began... 

La Green Lantern terrienne exilée se retrouve donc dans une position à être la seule à avoir des émotions dans un monde où elle est à la fois la représentante des Forces de l'ordre, la gardienne de la Cité et une étrangère singulière. Ce thème de l'émotion sonne bien sûr un peu stratrekien mais il faut voir ce que NK Jemisin compte en faire. Comment Mullen sait-elle déjà que cette violence va resurgir ? Que cache-t-elle dès le début ?

Je croyais ce genre d'atmosphère de Film Noir un peu épuisée depuis Blade Runner mais la Mégalopole dessinée par Jamal Campbell pourrait réussir à devenir un personnage à part entière dans la BD, même si l'arrière-fond paraît moins présent que les personnages.

Pour l'instant, le statut de Green Lantern peut paraître relativement accessoire mais Jemisin a dit qu'elle va peu à peu plus nouer la Cité du Secteur Lointain avec le reste de la mythologie GL qu'elle a absorbée pour rédiger cette expérience de mystère spatial. Avec ce premier numéro, cela pourrait évoquer un peu Hardcore Station de Jim Starlin, qui était aussi une série d'enquête dans une station pleine d'ETs (mais où Starlin jouait surtout sur son obsession sur le théologico-politique). Il reste aussi à voir si l'Empire anonyme mystérieux qui a manipulé les trois espèces dans le passé va réapparaître.

Sourcehttps://anniceris.blogspot.com/2019/11/comics-far-sector.html

La Route de Dune (2005)

Ce livre réuni par Brian Herbert a le défaut de mélanger beaucoup de textes de Brian (& Kevin) à ceux de son père Frank Herbert mais il y a des documents fascinants.

1 Il y a par exemple quelques extraits (p. 227) sur les origines de Dune : journaliste de la Côte Ouest en 1957, Frank Herbert a tenté de vendre un reportage sur les Dunes du Pacifique et le combat écologique de certaines communautés de l'Orégon contre l'Ensablement et la Désertification (die Wüste wächst) autour de l'embouchure du fleuve Siuslaw (d'où les indigènes siuslaw éponymes ont été chassés). Il mentionne déjà dans son projet le Proche Orient et notamment les projets hydrauliques d'Israël (son premier roman de 1955, Dragon in the Sea, mentionnait aussi les combats futurs sur l'énergie et les hydrocarbures).

Son éditeur a jugé cela peu intéressant et Herbert est passé en quelques années de préparation du documentaire à la fiction (Dune mettra six ans à être achevé). Mais Herbert continuera à devoir exercer la profession de journaliste (et notamment journalisme sur l'éducation), d'enseignant (d'études "interdisciplinaires") et de consultant polyvalent jusqu'en 1972 (donc quand il a 52 ans) quand le succès grandissant de Dune lui permet enfin de devenir écrivain à plein temps.

2 Il y a une note drôle dans la correspondance de Herbert à l'été 1963 (p. 240) sur l'Ontologie du temps où il dialogue avec ses amis Jack Vance et Poul Anderson. Imaginez un dialogue intime et métaphysique entre trois des plus grands génies de la science fiction ! Je regrette que le livre résume la discussion en quelques lignes sans pouvoir la livrer de manière plus étendue.

  Poul Anderson défend la thèse physicaliste ou objective (compatible avec son propre cycle de la Patrouille Temporelle, même s'il y a des nuances à préciser) : l'écoulement subjectif du temps n'est qu'une illusion qui émerge à partir de la réalité physique des mouvements (ou en gros ce que McTaggart appelle "la série-B" d'une relation d'ordre intemporel, Eternisme ou Quadri-dimensionalisme).

  Jack Vance défend la thèse inverse qu'on appelle aujourd'hui en philosophie analytique le Présentisme (ce que McTaggart appelle "la série-A" d'indexicalité du Maintenant) et cela exclut à première vue tout récit de voyage dans le temps (Vance en a-t-il jamais écrit ? Peut-être dans ses nouvelles ?).

Herbert, quant à lui, défend une troisième thèse que je ne comprends pas, qui semble être l'idée que la notion de Vie dépasserait toute relation à l'écoulement du Temps (peut-être plus proche de l'Augustinisme ou du Néo-Platonisme sur l'éternité de l'Âme, que la position présentiste de Vance ?).

3 Enfin, j'apprends que l'éditeur légendaire de SF John W. Campbell, qui avait été enthousiaste pour Dune a ensuite refusé Le Messie de Dune !

John Campbell avait accepté les réticences de Paul face au pouvoir comme une trope dans le roman initiatique du Héros. Cela correspondait bien à ce que l'autre Campbell, le Jungien, Joseph, sans rapport avec le premier, avait appelé l'étape Refusal of the Call dans le Hero's Journey.

Mais dans le Messie, John Campbell comprit soudain qu'il avait été victime d'une erreur d'interprétation ou d'une projection, que la critique de l'Héroïsme et du Pouvoir était bien plus profonde chez Herbert qu'un simple "atermoiement" dilatoire. Dune est une manipulation très réussie car superficiellement, cela peut satisfaire nos habitudes du Voyage héroïque (Héros trahi, Héros vengé, Héro triomphant) mais Herbert détruit en fait toutes nos conventions du Bildungsroman : le Héros se méfie de sa propre destinée en Messie et échoue à l'éviter, son parcours semble être un triomphe ou une réconciliation avec sa destinée mais ce n'est pas le cas. C'est une résignation, c'est en partie un échec à détourner ce destin et même Leto II, dans la seconde trilogie inachevée, mettra des milliers d'années de Tyrannie avant de se libérer et de libérer l'Humanité de son "Despotisme éclairé". Herbert ne veut pas que le Héros se réconcilie avec le Pouvoir (comme le voudrait John Campbell - ou comme Joseph Campbell voudrait que le Héros se réconcilie avec "l'imago de son Père") mais au contraire mettre en garde contre le danger du Héros et de sa recherche du Pouvoir (et cette critique a l'avantage sur Tolkien de ne pas exalter pour autant l'idyllique ou romantique retour à la Nature). Cf. ce qu'il disait sur la corruption pathologique du Pouvoir. Toute sa SF est fascinée par les superhéros et les diverses formes d'Intelligences supérieures mais il a aussi l'avantage d'insérer la critique interne à cette hiérarchisation.

Herbert a eu des tentations jungiennes, paraît-il, et aurait même pratiqué l'analyse avec des Jungiens de Californie dans sa formation, mais dès Dune, il subvertit les conventions "archétypales" de (Joseph) Campbell que George Lucas suivra plus linéairement dans Star Wars.

4 Le génie de Frank Herbert est en partie un mystère. Comment cet écrivain (et enseignant "d'études interdisciplinaires") arrive-t-il à absorber tant de mondes et à synthétiser tant de savoirs exotiques et encyclopédiques ? Comment peut-il inventer la SF écologique, jouer sur des références vraiment SF, tout en faisant référence à des détails de la Gnose soufie (comme "Alam al-Mithal" où se rend Paul) qui n'étaient à cette époque connus que de quelques spécialistes d'Henri Corbin, comme le fait remarquer Christian Jambet ?

Jack Vance avait un talent pour l'anthropologie et Poul Anderson savait certes aussi approfondir ses recherches au-delà de sa propre formation de physicien. L'encyclopédisme d'Asimov donnait parfois moins l'impression d'une maîtrise élégante que chez Herbert, je trouve.

Sourcehttps://anniceris.blogspot.com/2019/11/la-route-de-dune-2005.html

mardi 3 décembre 2019

[Inspiration potentielle] Zorro, 100 ans d'un héros qui a inspiré les autres

Zorro a soufflé ses cent bougies le 9 août 2019, et il est bon de revenir sur celui qui est le précurseur de tous les super-héros.
 
Zorro, 100 ans d’un héros qui a inspiré les autresAvant de devenir une star du petit écran, c'est sur le papier qu'il a vécu ses premières aventures. L'écrivain américain Johnston McCulley a créé le personnage dans un feuilleton intitulé Le Fléau de Capistrano, pour la gazette illustrée américaine All-Story Weekly. Né le 2 février 1883 à Ottawa, dans l'Illinois, ce brillant étudiant en histoire fut d'abord reporter de faits divers pour le tabloïd The Police Gazette, puis officier en charge des relations publiques de l'armée américaine pendant la Première Guerre mondiale. Lecteur compulsif, il va devenir à son tour un auteur incroyablement prolifique. Sa bibliographie donne le tournis : près d'un millier d'œuvres - nouvelles, romans, scénarios - sous divers pseudonymes (dont un féminin). Polars, aventures historiques, westerns, sa palette est large. Jusqu'au jour où il a l'idée de mettre en scène dans la Californie du Sud des années 1800, sous occupation espagnole, un jeune noble nommé don Diego Vega (rebaptisé plus tard don Diego de la Vega). "Sans donner de date précise, contrairement à la série, McCulley prit toutefois la précaution d'évoquer des lieux connus, comme les villages de Reina de Los Angeles et de San Juan de Capistrano, et les villes de Monterey et de Santa Barbara", indique Michelle Roussel, co-auteure, avec Didier Liardet et Olivier Besombes, d'un ouvrage de référence, Zorro, l'emblème de la révolte (éditions Yris, 2015). Issu d'une riche famille terrienne, don Diego Vega devient le pourfendeur de l'oppression et de l'injustice en opérant secrètement sous le nom de Zorro, "renard" en espagnol. Il révèle à la fin de l'histoire, qu'il est Zorro au gouverneur de Californie et à la population.
 
Zorro, 100 ans d’un héros qui a inspiré les autresL'auteur s'inspire de trois personnages :  
 
-Monrouge, (personnage de justicier anglais sous la Révolution française créé par la baronne Emma Orczy en 1903) où l'aristocrate anglais Sir Percy Blakeney revêt également un costume de justicier et il prête surtout assistance à d'autres aristocrates durant la Révolution française; 
 
- Joaquin Murietta (1829–1853) qui lors de la ruée vers l'or en Californie vengeait les mineurs latinos des exactions perpétrés par les Anglo-américains (sa vie avait fait l'objet d'un roman de John Rollin Ridge en 1854); 
 
- et William Lamport (1611-1659), un contrebandier irlandais qui marquait ses victimes d'un Z influencé par l'esprit de justice de son grand-père Patrick, il est escrimeur un hors pair. Aux côtés de pirates, il pille des navires anglais, avant de jeter l'ancre en Espagne, afin d'y gagner les faveurs de la Couronne et de se faire appeler Guillen Lombardo. Envoyé au Mexique, probablement comme espion, il découvre l'insupportable condition des Indiens et des esclaves noirs exploités par les Conquistadores et s'acharnera à les libérer, agissant dans l'ombre. Accusé de sorcellerie et de conspiration par l'Inquisition, mais aussi d'adultère pour avoir séduit la femme d'un vice-roi, Guillen Lombardo croupira de longues années en prison avant d'être condamné au bûcher. En 1872, le général mexicain Riva Palacio, écrivain et franc-maçon, emprisonné à deux reprises pour ses idées libérales, lui a consacré l'un de ses romans historiques, "Mémoires d'un imposteur. Don Guillén de Lampart, roi du Mexique"
 
Quant au surnom de Zorro, McCulley l'a certainement emprunté à Martin Garatuza, autre roman historique de Riva Palacio, en 1868, qui met en scène un noble défiant l'autorité, cachant son identité sous un masque. Et surnommé El Zorro... Mais il serait réducteur de ne voir qu'opportunisme dans la reprise de ces trois personnages par McCulley, à savoir don Guillen, son ami don Diego et Martin Garatuza. Il s'est nourri de ses lectures et de sa culture pour créer un personnage correspondant à ses convictions. Certes moins complexe, plus contemporain, surtout en butte à la corruption des puissants.
 
Zorro, 100 ans d’un héros qui a inspiré les autresMais Zorro, dont le nom signifie «renard», n'a pas attendu longtemps pour s'incarner à l'écran : en 1920 déjà sortait une adaptation cinématographique de ses péripéties, sous le nom de Le Signe de Zorro, dans laquelle Douglas Fairbanks, le Tom Cruise de l'époque, joue le rôle de Zorro. Zorro était si populaire que le public a demandé plus d'histoires sur Zorro après avoir vu Douglas Fairbanks adapter l'écran muet de la création de McCulley. Les nouvelles rencontrent un immense succès après les parties de l'histoire The Adventures of Zorro publié en 1922 et sont rééditées en 1924, en grand format cette fois, sous le titre The Mark of Zorro qui reprend aussi la nouvelle The Curse of Capistrano, où l'on voit don Diego, qui se fait passer pour un jeune homme timide et craintif combattre le sergent Gonzales et le capitaine Ramón. Quant à la jolie Lolita, elle n'est pas insensible au charme du rebelle. Et dans "The Adventures of Zorro", le méchant capitaine Ramón est ressuscité dans "La malédiction de Capistrano" pour qu'il puisse se venger avec une bande de pirates et kidnapper Lolita Pulido. Pour la sauver, Zorro doit encore reprendre le masque. En termes d'aventure pure, " The Adventures of Zorro" est encore plus excitant - plus rapide et plus varié dans son action - que l'original plus romantique. Un choix insupportable est proposé à la señorita Lolita : épouser l'odieux Ramón ou regarder son bien-aimé Diego être torturé à mort. Cela permet de réaliser un nouveau film avec Douglas Fairbanks en 1925, Don Q, Son of Zorro. Puis Johnstone McCulley revisite Zorro dans The Zorro Rides Again dans le magazine Argosy en 1931, et ayant révélé son identité dans Le Fléau de Capistrano, on comprend facilement l'aide de la population à son encontre dans ce roman. En 1941, dans The Sign of Zorro, Lolita est morte d'une courte fièvre après son mariage avec Diego, qui est ensuite resté autour de son hacienda jusqu'à ce que la belle Panchita Canchola implore son aide et le pousse à revêtir à nouveau son masque. À la fin de ce roman, la belle señorita semble devenir la deuxième Señora Vega, mais ses yeux étincelants ont dû perdre leur éclat parce que nous ne l'entendons plus jamais. Dans le magazine West en 1944, il introduit le serviteur muet Bernardo, le Franciscain Frère Felipe et son père Dom Alejandro, le respecté propriétaire du ranch de Reina de Los Angeles, qui sont les seuls à savoir l'identité secrète de Zorro, et en juillet, dans Zorro Draws His Blade, il introduit aussi le sergent Manuel Garcia, qui devient un antagoniste récurrent.
 
Zorro, 100 ans d’un héros qui a inspiré les autresDepuis, pas moins de 55 films mettent en scène le héros masqué Zorro dont le premier film couleur de Republic Pictures en 1936, The Bold Caballero et un sérial de 1937 en 12 chapitres, Zorro Rides Again (1937), puis Tyrone Power l'incarne en 1940 dans l'une des versions du personnage les plus appréciées, et d'autres dans des films européens entre 1952 et 1973, avec Walter Chiari (1952), avec Tony Russel (1965), avec Howard Ross (1965), avec George Ardisson (1968), avec Dean Reed (1968), avec Alberto Dell'Acqua dans une comédie avec Franco Franchi & Ciccio Ingrassia, Il figlio di Zorro (1973), Alain Delon l'interprète aussi en 1975 pour "faire plaisir à son fils", Georges Hamilton (Dracula) suit dans le parodique La Grande Zorro en 1981 et, plus récemment, l'espagnol Antonio Banderas en 1998 dans l'adaptation de Martin Cambpell en 1998 qui redonne un souffle nouveau à Zorro au cinéma, puis 2005, alliée de sa sémillante coéquipière Catherine Zeta-Jones; mais aussi des séries télévisées dont la plus fameuse est produite par Walt Disney en 1957, un an avant la mort de Johnston McCulley (en 1958), son générique est devenu célèbre, et c'est Guy Williams - 1m 90 et un vrai talent d'escrimeur - qui joue le justicier hispanique de cette série, colorisée en 1992, il y exécute sans doublure tous les duels alors que la pointe des épées n'était pas mouchetée, sans oublier la série des années 1980, Zorro and Son, la série de 88 épisodes, Les Nouvelles Aventures de Zorro, coproduite par Ellipses (France), Rai (Italie) et New World (États-Unis) entre 1990 et 1993, tandis qu'en Colombie et aux Philippines, ont été récemment tournées des séries télé de Zorro, comptant respectivement 112 épisodes (2007, vendue dans 97 pays) et 98 (2009); et des dessins animés parmi les plus connu celui de Mondo Television (Italie), La Légende de Zorro en 1992 sous le format de l'animation japonaise et sa dernière adaptation audiovisuelle remontant à 2015 avec Les Chroniques de Zorro, un dessin animé en images de synthèse diffusé sur France 3; ainsi que d'autres romans, notamment "Zorro : The Novel" de 2005, où la romancière chilienne Isabel Allende imagine l'arrière-plan du personnage de Zorro et le décrit comme "un mélange de Robin Hood, Peter Pan et Che Guevara".
 
Zorro, 100 ans d’un héros qui a inspiré les autresLa BD notamment un comics britannique publié en 1952 par L. Miller & Son dans une version moderne utilisant des avions, celles de Dell de 1938 à 1955, et de 1956 à 1959, les aventures de Zorro que dessina Jean Pape de 1967 à 1980 à partir de la série TV, de Marvel en 12 volumes en 1990 avec son sideckick féminin Lady Rawhide, puis avec Zorro vs Dracula en 1993, le comic strip entre 1999 et 2001, le comic book Django/Zorro, publié en 2014 par DC et Dynamite Entertainment, dont l'intrigue se déroule quelques années après les événements de Django Unchained, et menacé par un mandat d'arrêt, le cow-boy vengeur parcourt l'ouest des États-Unis, met sa femme, Broomhilda en sécurité à Chicago, et sur sa route, il croise le chemin de Don Diego de la Vega, alias Zorro, et décide de devenir son garde du corps, alors que les deux hommes se donnent alors pour mission de sauver des peuples autochtones de l'esclavage, puis une série de comic book entre 2018 et 2019 pour le 100 ans du personnage, où il affronte des démons, des vampires et d'autres menaces paranormales ; la chanson comme celle du Français Henri Salvador, 1964; ou les jeux vidéo notamment Zorro and Son sur Commodere 64 et Apple II, Zorro : A Cinematic Adventures, sur Capstone DOS Video en 1995, The Mask of Zorro sur Game Boy Color en 1999, Shadow of Zorro sur Playstation en 2000, Zorro sur Nintendo Wii en 2009 et Nintendo DS en 2010, et une apparition sur le jeu Persona 5 en 2017 sur Playstation 4, ont aussi copieusement exploité l'image de Zorro. Le créateur de Batman, Bob Kane, a dit avoir très influencé par le film muet "Le signe de Zorro", avec Fairbanks, pour inventer son super-héros à la cape noire, et même par le destrier Tornado pour imaginer sa Batmobile, et Zorro fut aussi une inspiration pour El Aguila chez Marvel Comic.
 
Zorro, 100 ans d’un héros qui a inspiré les autresLes aventures de Don Diego de la Vega, fils d'un notable, qui se fait justicier la nuit, dissimulant sa véritable identité derrière un loup noir, ont su toucher des millions de lecteurs et de spectateurs jusqu'à aujourd'hui, 100 ans après la naissance de Zorro. Et l'aventure continue. Un projet, avec l'acteur mexicain Gael Garcia Bernal, est en préparation à Hollywood. En 2016, Bold Venture Press a republié les histoires de Zorro, puis des histoires originales en 2018 comme Zorro and Little Devil, et souhaite publier en 2019 les Tales Old's Zorro California de Johnston McCulley. Enfin, Quentin Tarantino, réalisateur de Pulp Fiction et Kill Bill travaille sur une adaptation de sa bande dessinée mettant en scène Django et Zorro.
 
Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m'ont beaucoup aidé :  
Roy Thomas, Alter Ego #158, TwoMorrows Publishing, 2019,  
 
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Weird Tales, le pulp de légende

Weird Tales, le pulp de légendeLorsque le magazine de pulp Weird Tales, créé par J.C. Henneberger et J.M. Lassinger pour donner une voix aux écrivains pour sortir leur rêves sombres et imaginations sauvages, est apparu sur les kiosques à journaux en 1923, il s'est avéré être un moment charnière dans l'évolution de la fiction spéculative. «The Unique Magazine» comme il était surnommé, «Weird Tales» a été le premier véritable lieu d'écriture des auteurs dans les genres naissants du fantastique, de l'horreur et de la science-fiction. Des pionniers de fiction étranges tels que H.P. Lovecraft, Robert E. Howard, Clark Ashton Smith, Robert Bloch, Catherine L. Moore et bien d'autres ont perfectionné leur art dans les pages de Weird Tales dans les années 1920 et 1930 et leur travail a eu une influence considérable sur les générations futures d'auteurs de genre.
 
Weird Tales a fait ses débuts en mars 1923, offrant un lieu de fiction, de poésie et de non-fiction sur des sujets allant des histoires de fantômes aux invasions extraterrestres ou occultes. J.C. Hennenberger et J.M. Lansinger, les fondateurs de Rural Publications, ont fait irruption dans les pulps avec Weird Tales et Real Detective. Edwin Baird a été le premier éditeur des deux magazines. Hennenberger a envisagé Weird Tales comme un débouché pour des histoires qui ne correspondaient pas aux conventions des pulps existants. Dans sa première année, Henneberger a employé Harry Houdini en tant qu'écrivain, ce qui a donné lieu à la rubrique «Ask Houdini» et à la publication d'histoires (écrites par des fantômes de H.P. Lovecraft) sur des événements supposés dans la vie de Houdini. Ces aventures ont en outre établi une fascination pour l'Égypte, la magie et le surnaturel. Les contes orientaux de Frank Owen et la série de détective psychique "Jules de Grandin" de Seabury Quinn ont contribué à la popularité du magazine. Après 13 numéros, Weird Tales est tombé dans des difficultés financières. Hennenberger se sépara avec Lansinger prenant le contrôle de Real Detective, plus réussi, et Hennenberger consacra son temps et son argent à Weird Tales. En novembre 1924 paraît le premier numéro de Weird Tales publié par la nouvelle publication de Hennenberger, Popular Fiction Publishing, et édité par Farnsworth Wright. Avec ce numéro, Weird Tales est entré dans son ère la plus importante.
 
Weird Tales, le pulp de légendeEntre 1925 et 1937, on put voir d'importants écrivains du fantastique et de l'horreur dans le magazine se faire un nom, comme Robert E. Howard (1906-1936, créateur de Conan le barbare, Sonia la rousse, Kull, Solomon Kane, et Bran Mak More), promoteur de la «sword and sorcery», des récits avec des héros épée à la main placés dans un univers où se mêlent guerre et magie, Seabury Quinn (1889-1969, le plus prolifique des auteurs du magazine) et le légendaire H.P. Lovecraft (1890-1937), écrivain de Providence, à Rhode Island, dont les récits atmosphériques et moroses d'une race de dieux sauvages formeront ce qu'on appelle aujourd'hui le «mythe de Cthulhu», Clark Ashton Smith (1893-1961), ou des écrivains de science-fiction tels que Edmond Hamilton, qui a eu une influence dans le développement du "Space opera". Sa série "Interstellar Patrol" a été publiée dans Weird Tales de 1928 à 1930. Le magazine publiait aussi des contes étranges d'Edgar Allan Poe, de Mary et Percy Shelley, de Nathanael Hawthorne, de Bram Stoker, de Charles Dickens, d'Oscar Wilde, d'HG Wells, de John Keats, de William Blake, de Samuel Taylor Coleridge et de Paul Verlaine ont permis un mélange éclectique avec les écrivains précédents. Un autre argument de vente du magazine sont les illustrations de couverture de Margaret Brundage méritent une part du mérite de la popularité de Weird Tales.
 
Weird Tales, le pulp de légendeLa deuxième vague est arrivée à la fin des années 1930 au moment où la rédaction a été reprise par Dorothy McIlwriath, rédactrice du magazine, qui a séjourné chez Weird Tales jusqu'à la faillite de la maison d'édition en septembre 1954. À la fin de 1938, Hennenberger a vendu le magazine à William J. Delaney, éditeur de Short Stories. Delaney a ensuite déplacé le magazine à New York et imposé de nouvelles contraintes fiscales. Il a commencé à publier le magazine par l'intermédiaire de l'empreinte Weird Tales, Inc., une filiale de Short Stories, Inc.; ce qui poussa à changer de rédacteur en chef puisqu'en 1940, la maladie de Wright s'aggrava. Sa politique éditoriale était axée sur la fiction surnaturelle, notamment la détection occulte comme la série Judge Pursuivant de Manly Wade Wellman publié entre 1938 et 1941. Elle devait mener la lourde tâche de relancer le magazine suite à la mort des auteurs phares du magazine : Robert E. Howard d'un suicide en 1936, d'H. P. Lovecraft en 1937 d'un cancer de l'intestin,  auxquels on peut ajouter la retraite d'Ashton Smith en 1936 et de Wright en 1940 des suites de la maladie de Parkinson. Entre 1938 et 1940, Weird Tales subit une série de changements de formats, passant de 144 pages à 160 dans le but de courtiser de nouveaux abonnés, puis de tomber à 128 pages et de baisser le prix de la couverture de vingt cinq à quinze cents. En janvier 1940, le magazine passait d'un programme mensuel à un programme bimensuel. Elle permit donc à des auteurs de se faire un nom comme Henry Kutner et son épouse C.L Moore. (1911-1987), qui deviendront des écrivains de 1er plan, et Jack Williamson (1908-2006), qui se spécialisa dans la science-fiction. Robert Bloch (1917-1994, qui allait plus tard écrire Psycho en 1959), Manly Wade Wellman (1903-1986), Fritz Leiber (1910-1992), et Ray Bradbury (1920-2012) seront actifs dans les années 1940 et 1950.  Mais Weird Tales n'arriva pas à faire face à la concurrence dans la fantasy, il continua pourtant à lutter financièrement, cependant, et près de la fin de la série originale de 279 numéros, le nombre de pages a commencé à baisser à mesure que les prix de couverture augmentaient. Criblé de dettes dès sa première année d'existence, le magazine est parvenu à survivre jusqu'en septembre 1954.
 
Weird Tales, le pulp de légendeAprès 1954, il y eut plusieurs tentatives pour le faire revivre : des réimpressions d'anthologies dans les années 1960 et 1980, notamment en 1973-74 sous la direction de Sam Moskowitz, et encore en 1984-5 sous Gordan MD Garb. À partir de 1988, Weird Tales fut republié plus ou moins régulièrement de façon  trimestrielle, par Darrell Schweitzer en collaboration avec George H. Scithers et John Betancourt. En 2007, Ann VanderMeer est devenu rédacteur en chef, au cours de laquelle Weird Tales a été nominé pour trois prix Hugo, en remportant un. En 2011, Nth Dimension Media a acheté le magazine. Marvin Kaye a pris la relève en tant que rédacteur début 2012.
 
Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m'ont beaucoup aidé :  
Jacques Sadoul, Les meilleurs récits de Weird Tales, Tome I : 1925-1932, J'ai Lu, 1975, 
Weird Tales, St. James Encyclopedia of Popular Culture, The Gale Group Inc. 2000,  
Weird Tales, Bowling, Beatniks, and Bell-Bottoms : Pop Culture of 20th-Century America,  
The Gale Group, Inc., 2002 ,  
Justin Everett et Jeffrey H. Shanks, L'héritage unique des contes bizarres : l'évolution de la fantaisie et de l'horreur modernes, Rowman & Littlefield, 2015,  
 
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L'œuvre de Tolkien : la Terre du Milieu et son influence sur l'heroïc fantasy (partie 2)

L'influence de l'écrivain se fait d'abord sentir dans le domaine littéraire, où ses créations ont réactivé un genre qui date du XIXe siècle, la fantasy. A partir des années 1970 et surtout 1980, une heroïc fantasy très imprégnée de "tolkiénisme" se développe, sur fond de décors légendaires, d'elfes et de dragons, de magie et de lutte contre les puissances du mal. Son monde, "comme celui des contes de fées des frères Grimm au siècle précédent, est entré dans le mobilier mental du monde occidental", écrit l'Anglais Thomas Alan Shippey dans un essai non traduit consacré à l'écrivain.
 
L’œuvre de Tolkien : la Terre du Milieu et son influence sur l’heroïc fantasy (partie 2)Mais les décennies 1960 et 1970 lui réservent aussi un autre sort : dans les campus universitaires américains, notamment celui de Berkeley, Le Seigneur des Anneaux devient un classique de la contre-culture hippie et se propage dans le monde entier. Les Beatles ambitionneront même de racheter les droits cinématographiques et de jouer dans une adaptation en 1969 confiée à Stanley Kubrick, où John Lennon serait Gollum. Á l'époque de la guerre du Vietnam, on voit même fleurir des slogans comme "Gandalf président", du nom du vieux magicien qui apparaît dans le roman, ou encore "Frodon est vivant". Signe que la légende a la vie dure, des autocollants satiriques furent d'ailleurs encore imprimés durant la seconde guerre d'Irak : "Frodon a échoué, Bush a l'anneau." Aux États-Unis d'abord, puis dans tous les pays d'Europe et même en Asie, le genre deviendra une énorme industrie, bientôt déclinée en bandes dessinées, jeux de rôle, puis jeux vidéos, films, et même musique, avec le rock progressif. Á partir des années 2000, des "fan fictions" voient le jour sur Internet, chaque contributeur peuplant à sa guise le monde créé par Tolkien. Le Seigneur des anneaux se mue en une sorte d'entité autonome, vivant sa propre vie. Il inspire par exemple George Lucas, l'auteur de la série Star Wars, dont le premier film sort en 1977. Ou le groupe rock Led Zeppelin, qui a incorporé des références au roman dans plusieurs chansons, parmi lesquelles The Battle of Evermore en 1971.
 
L’œuvre de Tolkien : la Terre du Milieu et son influence sur l’heroïc fantasy (partie 2)Mais rien de tout cela n'émeut vraiment la famille, tant que les films de Peter Jackson n'ont pas vu le jour. Il faut dire que dans les années 1970, le réalisateur John Boorman est contacté par United Artists pour adapter tout Le Seigneur des Anneaux en un seul film, mais les changements de scénario sont trop radicaux (des relations sexuelles entre Frodon et Galadriel, Gimli se faisant torturer pour obtenir le mot de passe permettant d'entrer dans la Moria, Arwen transformée en un «guide spirituel adolescent» et laissant entièrement sa place à Éowyn dans le cœur d'Aragorn, avec, là encore, de forts sous-entendus sexuels), puis en 1977 la première adaptation de Tolkien sous forme de long-métrage est une version animée du Hobbit, créée pour la chaîne de télévision américaine NBC par le studio Rankin/Bass, qui modifie ou oublie certaines parties du livre, et les elfes deviennent des gnomes verts, et vient le film très réussi de Ralph Bakshi en 1978, qui est un succès commercial mais la deuxième partie ne verra jamais le jour, du fait que les producteurs n'ont pas prévenu le public d'une suite. Puis, Le studio Rankin/Bass se charge de compléter ce que Bakshi a commencé, et réalise, toujours en animation, The Return of the King, qui reprend là où le film de 1978 s'était arrêté, mais il est moins bon que le précédent. En 1985, une nouvelle adaptation moins connue du Hobbit, qui est aussi la première à être tournée en prises de vues réelles, voit le jour en URSS pour la télévision. Ce film est un navet involontairement hilarant. Et en 1993, c'est au tour de la Finlande de s'attaquer, sans grand succès, au Hobbit et au Seigneur des Anneaux avec une minisérie de neuf épisodes de 30 minutes, intitulée Hobitit («Les Hobbits» en français), puis en 1994, après le fiasco du Hobbit soviétique de 1985, la Russie se lance dans une nouvelle adaptation du roman de Tolkien, cette fois en version animée. Il en ressort un prologue de six minutes d'un film qui se serait appelé The Treasure under the Mountain; mais le reste du film ne verra jamais le jour, étant donné que les Russes ne possédaient pas les droits d'adaptation.
 
L’œuvre de Tolkien : la Terre du Milieu et son influence sur l’heroïc fantasy (partie 2)C'est la sortie du premier volet de la trilogie réalisée par Peter Jackson produite par MGM et New Line, en 2001, qui modifie la nature des choses. Les réactions ont été mitigées parmi les téléspectateurs qui connaissaient les livres, mais aussi par ceux qui ont remarqué qu'il s'inspire du film d'animation de Ralph Bakshi dont il copie certaines scènes allégrement. Pour autant, le succès critique et commercial est indéniable, et le dernier film obtiendra même 11 oscars en 2004. Certains, en particulier des adolescents, se sont opposés aux modifications de l'intrigue, tandis que d'autres ont estimé que les films étaient aussi fidèles que possible, et beaucoup les ont félicités pour avoir suscité un nouvel intérêt pour les livres. En trois ans, de 2001 à 2003, il s'est vendu 25 millions d'exemplaires du Seigneur des anneaux - 15 millions en anglais et 10 millions dans les autres langues. Et au Royaume-Uni les ventes ont augmenté de 1000 % après la sortie du premier film de la trilogie, La Communauté de l'anneau, confirme David Brawn, l'éditeur de Tolkien chez HarperCollins, qui détient les droits pour le monde anglo-saxon, à l'exception des États-Unis. Enfin, en 2007 : MGM et New Line annoncent, à l'étonnement général, qu'ils considèrent la possibilité de produire deux films tirés du Hobbit avec Peter Jackson au poste de producteur exécutif. En 2008, Warner Bros rachète New Line. Le cinéaste mexicain Guillermo Del Toro, qui était en contact avec Peter Jackson depuis des années, est engagé pour réaliser Le Hobbit, et la pré-production du film commence au mois d'août. Guillermo Del Toro accepte le poste uniquement sous la condition que Peter Jackson soit également de la partie. Puis en 2010, face aux déboires financiers de la MGM qui retardent sans cesse la production, Guillermo Del Toro préfère abandonner le projet. Peu après, on apprend que Peter Jackson est finalement en négociation avec le studio pour devenir le réalisateur des deux opus du Hobbit.
 
L’œuvre de Tolkien : la Terre du Milieu et son influence sur l’heroïc fantasy (partie 2)Cette hypothèse est officiellement confirmée fin 2010, et Jackson annonce qu'il tournera les films en 3D, mais se ravise ensuite. À la même époque, MGM et New Line donnent enfin le feu vert à la production du projet, dont le tournage devra débuter quelques mois plus tard. Le tournage des films, qui se déroule en Nouvelle-Zélande, débute le 21 mars 2011 après de nombreux contretemps. Puis en 2012, en juillet, à seulement quelques mois de la sortie du premier volet du Hobbit, Peter Jackson annonce que la saga ne comportera finalement pas deux mais trois films, et précise qu'il piochera abondamment dans les appendices du Retour du Roi pour étoffer son scénario. Un Voyage Inattendu sort le 12 décembre sur les écrans et remporte immédiatement un succès considérable. Puis en 2013, la sortie du troisième et dernier volet du Hobbit est repoussée de l'été à l'hiver 2014, en raison de la sortie de X-Men : Days of Future Past en juillet de la même année, risquant de concurrencer le film. Le tournage additionnel du Hobbit débute en mai pour une durée de 10 semaines... Et c'est ainsi que, après des années de tractations, procès, retards et complications diverses, les fans de la trilogie de Peter Jackson ont enfin eu le plaisir de retourner en Terre du Milieu et de retrouver leurs personnages favoris dans une nouvelle saga qui s'annonce aussi épique que la première. Mais la trilogie le Hobbit même si elle est bonne, aurait pu être plus courte et durer sur 2 parties seulement comme le souhaitaient les fans du roman et ressemblerait moins à la trilogie précédente du Seigneur des anneaux.
 
L’œuvre de Tolkien : la Terre du Milieu et son influence sur l’heroïc fantasy (partie 2)Ces succès expliquent que la nouvelle version du livre «Les Enfants de Hurin», parue en 2007, un roman sur la Guerre entre les elfes et le premier Seigneur des Ténèbres Morgoth, Beren et Lúthien qui décrit l'histoire d'un amour impossible entre l'humain Beren et la princesse elfe Lúthien, parue en 2017, ont par exemple trouvé preneurs, mais aussi l'adaptation par Peter Jackson de cet œuvre et du Sillmarion en 2015 par Warner Bors, tandis que La Chute de Gondolin, l'un des premiers écrits de l'auteur du Seigneur des anneaux, est disponible en librairie depuis 2018 dans une nouvelle édition définitive sous la direction de Christopher Tolkien, troisième fils et exécuteur testamentaire de l'écrivain, est une pépite écrite en 1917 par le père de la fantasy alors qu'il était en convalescence, au lendemain de la bataille de la Somme. L'affrontement le plus sanglant de la Première Guerre mondiale lui inspira ce récit guerrier Le texte se déroulant lors du Premier Âge, bien des siècles (près de 7000 ans) avant les événements du Hobbit et du Seigneur des anneaux, et racontant le siège d'une ville elfique, Gondolin, qui est attaquée par les forces du mal, celles du seigneur sombre Morgoth (et maître de Sauron), qui est présenté par la maison d'édition HarperCollins comme un ouvrage fondateur de la Terre du Milieu.
 
Le filon est loin de se tarir comme le trésor de Smaug, après les films de Peter Jackson, Le Seigneur des anneaux aura bientôt droit à une adaptation télé produite par Amazon Prime Video. Cette adaptation télé du Seigneur des anneaux devrait explorer de nouvelles histoires, qui précèdent La Communauté de l'anneau. Selon le site américain Variety en 2018, le contrat ne devrait toutefois pas couvrir le roman The Silmarillon, publié de manière posthume par le fils de Tolkien.
 
Enfin, je vous conseille ces lectures sans lesquelles je n'aurais pas pu faire ces deux articles : 
Lord of the Rings and J. R. R. Tolkien, Encyclopedia of Children and Childhood in History and Society, The Gale Group Inc., 2004, 
Leo Carruthers, Tolkien et la Religion, Comme une lampe invisible, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2016, 
et Lucie CHENU, «TOLKIEN JOHN RONALD REUEL - (1892-1973)», Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 8 février 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/john-ronald-reuel-tolkien/.
 
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