mardi 7 avril 2026

Routard du vide (nouvelle d’ambiance)

L'astroport-sol de Loiselle se trouvait au nord du continent austral de Vonda, tout près de l'équateur. Les tempêtes de neige qui couvraient Tonka City d'un manteau de flocons teintés de rose par les rayons de Maxime étaient plus rares ici. Mais la température moyenne annuelle restait tout de même assez basse, guère plus de 10°C. Un paysage de toundra entourait la troisième ville de la planète. Celle-ci n’avait eu l’honneur d’être dotée de son propre spatiodrome que parce qu’elle se trouvait à proximité des principaux centres industriels produisant les marchandises destinées à l’exportation.

La nuit était tombée depuis une heure, entraînant également une chute de quelques degrés de la température. Mais l’activité de l’astroport n’avait quant à elle pas diminuée. Elle était même plus intense. C’était en effet à ce moment que les transactions les moins officielles y étaient conclues, que des cargaisons s’y échangeait sans laisser de traces dans les bourses aux matières premières de l’infosphère locale, et que les capitaines les moins regardants (qui a dit contrebandiers ?) y embauchaient des équipiers ou embarquaient des passagers désireux de quitter la planète discrètement.

Cela convenait tout à fait à Cuperno d’Eol, et c’était la raison pour laquelle ce soir encore, il vadrouillait nuitamment sur le tarmac. Encore que vadrouiller ne soit pas le terme exact, car il implique une sorte d’insouciance que Cuperno ne pouvait se permettre.

Il était sur liste noire et il le savait. Sa dernière affaire avait mal tourné, ses associés l’avaient lâché et maintenant, il lui fallait s’éclipser discrètement. Les portes-flingues du syndicat local mettraient à coup sûr la main sur lui s’il se contentait de retourner à Tonka City, et le Continent Sauvage n’était définitivement pas une solution. Aussi Cuperno errait-il sur le terrain d’ultrabéton à la recherche d’un embarquement, louvoyant entre les cargos minéraliers ventrus et les transporteurs mixtes, jetant des coups d’oeils craintifs autour de lui quand il ne ruminait pas en regardant ses pieds, et omettant parfois de regarder où il allait.

C’est ainsi qu’il buta tête baissée dans un obstacle heureusement assez mou. En levant les yeux, il constata qu’il venait d’entrer en contact avec le ventre d’une montagne de muscles de 2m20 de haut. L’Être était un humanoïde ogresque vêtu d’un blouson de cuir et d’un bermuda de toile. Sa peau était une sorte de cuir vert foncé, son large visage aux traits massifs était surmonté d’un crâne chauve à l’exception d’une petite queue de cheval noire. Le Hulk des vieilles légendes. Sa voix profonde était à l’avenant, mais Cuperno fut légèrement rassuré en apercevant la lueur amusée dans ses yeux sombres :

« ‘Faut faire attention où tu marches, fils. Qu’est-ce que tu fabriques dans le coin des stoppeurs ? »

Le premier réflexe de Cuperno fut défensif. Petit bond en arrière, jambes légèrement fléchies, les mains vers l’avant, il était prêt à toute éventualité, surtout désagréable. Tous les sens en alerte, il ne lui fallut qu’une demi-seconde pour se faire une idée de l’engin qui venait de lui barrer la route. Pas rassuré par le gabarit de l’obstacle, Cuperno misa tout sur le sourire amical de l’ogre et décida de la jouer « décontracté ». Bien que purement de composition, c’était un rôle qu’il maitrisait à la perfection, en toute circonstance.

« Excusez-moi, je ne vous avais pas vu… C’est vous dire si je suis distrait ! »

Il arborait son sourire charmeur, mais viril, une valeur sûre.

Ce devait probablement être un de ces instants décisifs où l’on peut gagner beaucoup, et perdre encore davantage. Cuperno avait eu son lot de décisions difficiles et de prises de risques plus ou moins calculées, mais pas le choix, il fallait encore compter sur son flair pour quitter cette planète. Si son charme lui faisait rarement défaut, son intuition n’était malheureusement pas sa qualité la plus infaillible… Surtout ces derniers temps…

« On m’a donné rendez-vous par ici, mais je crois qu’on m’a oublié, ou que je me suis égaré… Vous connaissez Dieptr Burar ? »

Il venait d’inventer le nom, peu de chance que le formec vivant qu’il venait de « rencontrer » le connaisse. Quoique… Avec la malchance qui l’accablait ces derniers temps…

« Il avait du boulot pour moi. »

L’ogre était appâté, Cuperno espérait que son appétit était raisonnable… Sans se départir de l’expression amusée qui faisait briller ses yeux, la montagne humanoïde secoua sa tête massive de droite à gauche :

« Jamais entendu ce blaze-là, fiston. Si ton Dieptr Burar bricole des choses ou tient un biznesse, ce n’est pas par ici. Je connais tout ce et ceux qui touchent de près ou de loin au milieu des stoppeurs sur ce bout de caillou gelé, et il n’en fait pas partie. Tu m’as l’air trop malin pour t’être paumé : ton pote t’aura mal aiguillé, ou alors il t’a posé un lapin. Bon, maintenant, pour ce qui est du taf’… De nuit, sur un astroport, j’imagine que ce n’est pas une place de danseuse exotique que tu recherches ? Je me trompe, fils ? »

Il sortit un cigare de la taille d’une lampe torche de la poche de poitrine de son blouson, farfouilla pour en extraire un épais barreau de chaise qu’il tendit à Monsieur d’Eol :

« Tu fumes ? Je m’appelle Gorm Redian. Et toi ? »

La caisse sur laquelle il posa son colossal postérieur émit un long cri de plastex surmené, tandis qu’il en montrait une autre à Cuperno, l’invitant à s’asseoir. Ce dernier accepta le cigare avec un grand sourire. Il n’aimait pas tellement cela, mais il avait appris à apprécier toutes sortes de choses, même les plus étranges, surtout quand elles étaient offertes par un si charmant inconnu.

« Ne sous-estimez pas mes talents de danseuse… Vous seriez surpris ! »

Risquant une poignée de main :

« On m’appelle Gédéon, pour vous servir. Et grand merci pour le cigare. »

Il serait bien temps de décliner sa véritable identité quand il saurait exactement à qui il avait à faire. Il ne fallait pas rater une opportunité, l’atmosphère semblait plutôt détendue et l’ogre plutôt sympathique, mais Cuperno n’était vraiment pas en terrain conquis…

« Si mes talents de danseuse ne sont pas recherchés, je peux faire un excellent homme d’équipage. J’ai assuré le confort des passagers sur de nombreux vaisseaux et personne ne s’est jamais plaint de mes services. »

Disant cela, il lui revenait à l’esprit le visage pourpre et grimaçant d’un gradé de la guilde, mais il y avait prescription, et l’anecdote n’était certainement pas opportune. Conscient que la sanction cette fois pourrait être autrement plus lourde s’il faisait une fausse manœuvre, Cuperno n’eut même pas le temps de se déconcentrer et continua à bousculer sa chance pour voir jusqu’où cela pouvait le mener.

« Si vous connaissez quelqu’un que cela pourrait intéresser, je peux officier sur à peu près n’importe quel vaisseau… A cette heure, ce cigare est vraiment délicieux. Encore merci ! »

Un sourire se dessina sur le large visage de Gorm Redian. Il tira sur son cigare, souffla un cumulo-nimbus de fumée bleutée et répondit :

« Enchanté, Gédéon Pourvousservir. Agent de bord, c’est ça ? Bon, je vais être franc avec toi, fils, je ne connais pas de capitaine qui serait susceptible de t’embarquer. Mais si ce que tu cherches, c’est te barrer d’ici vite fait, j’ai peut-être un tuyau… »

Il souffla une nouvelle bouffée.

« Tu ne m’as pas encore demandé ce qu’on stoppe par ici, à part les passants distraits. Ici, c’est le carré des astro-stoppeurs, fiston. Ou les Routards du Vide, selon certains pressyborgs un peu poètes. A voir ta tête, tu n’en as jamais entendu parler… »

Il montra du doigt un petit groupe d’Êtres à une vingtaine de mètres, assis eux aussi sur des caisses en plastex autour d’un brasero à fusion froide. Derrière eux, Cuperno put apercevoir dans la pénombre plusieurs grandes sphères argentées flottant à quelques centimètres du tarmac sur leurs antigravs au repos.

« Le principe, c’est qu’on embarque dans une bulle de survie un peu spéciale. Le bazar n’est pas fait pour se poser sur un monde, mais pour grimper en orbite. L’idée, c’est de se positionner correctement dans l’espace cislunaire pour que ton transpondeur soit capté par un vaisseau en partance, et que son capitaine accepte de te prendre à son bord avant sa translation TL. »

« En principe, c’est illégal, mais pas suffisamment pour qu’il n’y ait pas une demie-douzaine de compagnies qui fabriquent le matos. Quant aux autorités planétaires, elles ferment les yeux, ou regardent ailleurs : ça leur permet de se débarrasser des éléments indésirables. L’avantage de la méthode, c’est qu’au regard du droit galactique, l’astro-stoppeur est considéré comme étant en péril, donc les navires qui captent sa balise se doivent de lui porter assistance. En général, ça marche… Mais c’est assez dangereux. »

Nouveau nuage de fumée.

« Voilà, ça c’est l’astro-stop. Qu’est-ce que t’en dis, fils ? »

Observant son cigare tout juste allumé, Cuperno haussa les sourcils :

« Je comprends mieux le cigare… Le dernier plaisir du condamné ! »

Il sourit largement à son interlocuteur, comme pour lui montrer qu’il n’était pas vraiment impressionné, ce qui était l’exact contraire de la vérité…

« Il faut être rudement pressé de partir pour utiliser votre combine… Et il vaut mieux tomber sur un capitaine compréhensif une fois récupéré. Vous avez quel taux de réussite ? Je veux dire de survivant qui ne sont pas ramenés illico presto à leur point de départ… »

La question était posée sur le ton du badinage, mais l’imagination de Cuperno s’activait pour envisager les difficultés de l’opération, les chances de réussite et où cela pouvait bien le mener. Toutes ces considérations étant à évaluer également dans le cas où il déciderait de chercher une autre solution. Il fallait qu’il se soit mis dans une sacré panade pour envisager la possibilité de tenter ce genre d’expérience… Cette fois, c’est sur, on ne l’y reprendrait pas ! Mais pour l’heure, il ne pouvait pas se payer le luxe d’ignorer la montagne de muscles qui lui faisait face.

Gorm Redian partit dans un grand éclat de rire sonore qui dut faire vibrer la coque du Tabron le plus proche, à une centaine de mètres de là.

« Tu sais que tu me plais bien, fils ? »

Monsieur d’Eol avait pût constater que la bouche de l’ogre contenait une quantité inhabituelle de dents très carrées et très blanches, mais cette dernière réplique ne signifiait pas forcément qu’il allait se faire manger en sauce.

« Je t’ai dit tout à l’heure que les autorités laissent faire parce que l’astro-stop est pour elles un bon moyen de se débarrasser des emmerdeurs. Mais les emmerdeurs étant ce qu’ils sont, un nombre étonnant d’entre nous survit. Il y a des tuyaux à connaître : moi, ça fait dix ans que je vis comme ça. »

« Se faire ramener au point de départ ? Nous n’avons pas d’émetteur hyperondes dans nos engins : avec les réseaux satellitaires de détection autour des mondes impériaux, nos signaux de position seraient vite quadrangulés et la Division Nova nous enverrait des navettes pour nous récupérer. Non, non, nos transpondeurs utilisent de bonnes vieilles ondes hertziennes, des faisceaux de communication laser et des salves de neutrinos. Par contre, nos senseurs sont tip top, histoire d’être vite prévenu dès qu’un navire approche. On a de quoi survivre à bord pendant deux mois, et assez de propulsif pour changer de position une dizaine de fois. »

« Et pour ce qui est des capitaines compréhensifs, si tu n’es pas manchot, en général ils te prennent comme équipier pour le voyage et tu payes ton billet en bossant à bord. »

Cuperno siffla entre ses dents.

« Dix ans que tu vis comme ça ? Ça, ça m’en bouche un coin… En y réfléchissant bien, si ça marche, ça doit être une sacré aventure. Tu risques ta peau pour embarquer sur un vaisseau inconnu, avec un équipage inconnu, vers une destination inconnue… Respect l’ami, vous êtes une belle bande d’allumés ! »

Hilare, Cuperno avait dit cela sur un ton amical et franchement admiratif.

« Pour couronner le tout, il doit falloir un paquet de crédits pour s’envoyer en l’air. C’est surement pas le même prix que les libres demoiselles de Loiselle ! »

Réflexion faite, le compte en banque de Cuperno allait peut-être décider à sa place du bien-fondé de cette escapade orbitale.

Gorm Redian tira une nouvelle fois sur son cigare et expulsa un nuage de fumée qui aurait fait l’admiration des conducteurs de locomotives à vapeur de Piezo IV.

« Figures-toi que si je t’en parle, fiston, c’est parce que c’est moins cher qu’un billet pour Tréfolia en confort type 3. Si tu es intéressé par ma combine et que tu as un peu de crédits, on va aller voir une de mes relations, et ce serait bien le diable si on n’arrive pas à te trouver une doudoune de première main. Alors, Gédéon Pourvousservir, ça te tente ? »

Et voilà, il fallait déjà qu’il se décide. D’expérience, dans ce genre de situation, Cuperno prenait toujours la mauvaise décision. Et inutile de se dire « je suis tenté de faire ça donc je vais faire le contraire », la décision finale sera de toute façon mauvaise, c’était son karma, sa destinée. Cela dit, son karma était sans doute bien aidé par le fait qu’il n’y avait probablement pas de bonne décision à prendre…

Toujours souriant :

« Je vois que les affaires ne trainent pas ici. Casser sa tirelire pour buller pendant deux mois, c’est pas comme s’offrir une nouvelle paire de pompes. C’était pas sur mon planning de la journée… En même temps, j’ai vraiment besoin d’aventure en ce moment. J’aimerais assez rencontrer ta relation. »

C’était fait, sauf accident sa décision était prise. Il essayait déjà de s’imaginer dans quelle poubelle interplanétaire il allait échouer… Si tout se passait bien… Ou s’il n’était pas tout simplement en train de se faire arnaquer…

L’ogre se leva et Cuperno aurait pu jurer avoir entendu la caisse de plastex sur laquelle il était assis émettre un soupir.

« Viens avec moi, fils. »

Gorm Redian entraîna Monsieur d’Eol en direction d’un immense hangar situé à plusieurs centaines de mètres de là. Le bâtiment avait véritablement des dimensions de cathédrale — pas celles qui abritaient les lieux de culte des très anciennes religions du Berceau, mais celles qui se dressaient sur les Routes interstellaires en occupant de vastes portions de Triche-Lumière. Il fallait véritablement se dévisser le cou et observer longuement le sommet de l’édifice pour distinguer la dentelle de poutres métalliques qui soutenaient le toit, et il s’étendait sur plusieurs kilomètres carrés.

L’intérieur abritait un grand marché au travers duquel l’ogre se déplaçait avec aisance. Vu sa taille, chacune de ses enjambées équivalait à trois de celles de Cuperno, si bien que ce dernier devait trottiner derrière la montagne bipède qui le guidait. Ils parvinrent enfin dans un espace dégagé où reposaient une vingtaine de grandes bulles argentées. Une malachite se tenait au milieu. Sa salopette jaune vif formait un contraste saisissant avec sa peau d’un noir profond qui la rattachait sans doute possible à l’ethnie spatienne des Long-Traces.

« Voilà ma vendeuse de doudounes préférée. » dit Gorm Redian. « Ah oui au fait, dans notre argot, une doudoune, c’est une capsule d’astro-stop. C’est parce que dedans, on est bien au chaud… »

« Salut Din, ça boume ? Je t’amène un client potentiel, ma gazelle. Que je vous présente : Gédéon Pourvousservir, Din-Ki-Po. »

« Bonjour à vous Din-Ki-Po. »

Appréciant la vendeuse suivant les critères de sa race, et tentant quelques mots en malachite :

« Je comprends que Gorm aime venir ici… »

Continuant en univerlang :

« Gorm m’a bien vendu vos doudounes, et c’est visiblement un expert. Bien que je ne sois pas très fortuné, il m’a presque convaincu de rejoindre le club des stoppeurs. Qu’est-ce que vous avez à me proposer ? »

Tout en parlant, Cuperno essayait déjà de jauger la qualité du matériel visible, histoire de s’assurer qu’il n’était pas tombé dans une casse tentant de faire passer des épaves pour des engins de luxe. Gorm s’était penché pour glisser quelques mots à l’oreille de la vendeuse malachite tandis que Cuperno effectuait les travaux d’approche.

L’examen discret des capsules auquel se livra Monsieur d’Eol ne lui permit pas de détecter à première vue d’entourloupe. Toutes étaient de grands ovoïdes chromés d’hyperfilament énergisé, de cinq à sept mètres de grand axe sur trois à quatre de petit axe. Leurs enveloppes externes semblaient en bon état. Elles reposaient sur leurs flotteurs antigrav en veille, ce qui signifiait que leurs circuits d’alimentation énergétique fonctionnaient correctement.

L’ogre et la malachite terminèrent leur conciliabule, et Din-Ki-Po s’inclina légèrement :

« Enchantée de vous connaître, Gédéon. Et encore plus de peut-être pouvoir faire affaire avec vous. Gorm me disait à l’instant que vous seriez intéressé par un modèle d’occasion. Suivez-moi. »

Elle entraîna Cuperno en direction de l’une des amibes argentées flottant aux alentours, une des plus petites. On pouvait supposer que les plus grandes étaient destinées aux Êtres de forte corpulence tels que Gorm Redian.

« Voilà. Je suis certaine que cette doudoune vous conviendrait tout à fait. Elle est dotée d’un mini-ordinav hébergeant un infopilote de niveau 1 qui assure l’ensemble des opérations de navigation. Idéale pour un débutant. »

Elle manipula une télécommande et la capsule d’astrostop s’ouvrit comme une huitre. L’habitacle était assez vaste et la couche était vraisemblablement doublée de champs de force au sein desquels l’occupant reposait comme un foetus dans un utérus chromé.

« Approchez-vous… Voulez-vous grimper à bord ? »

Cuperno, invité à monter dans la capsule, ne pût s’empêcher de jeter un regard circulaire, comme pour vérifier que la configuration des lieux ne permettait pas à la « doudoune » de l’envoyer directement sur orbite. Un petit instant de paranoïa vite réprimé, sa disparition ne valait sans doute pas le prix de l’engin… Avant de monter, Cuperno fit consciencieusement le tour de la capsule pour une inspection dictée uniquement par un fond de méfiance, nourri tout autant par la situation que par un penchant naturel.

« Je pense effectivement que pour ce genre d’expérience il vaut mieux s’assurer du confort de l’engin. »

Ce n’était pas le cauchemar de claustrophobe que Monsieur d’Eol aurait pû craindre. Dès qu’il s’installa sur la couche ergonomique, un champ de suspension similaire à celui d’une couche antigrav s’activa, le soulevant de quelques centimètres. L’ordinav afficha l’interface de contrôle et de commande tout autour de lui, sous la forme d’icones immatériels projetés par la console TriD.

« D’occasion dites-vous ? Est-ce qu’il a déjà servi souvent ? Est-ce que son autonomie est réellement de deux mois ? Est-ce qu’on peut y emporter quelques affaires personnelles ? Un animal de compagnie ? Est-il prévu de revenir à son point de départ si les réserves devaient venir à manquer ? Y’a-t’il un mode de pilotage manuel ? »

Après avoir assailli la vendeuse de toutes sortes de questions dictées par son instinct de survie, Cuperno en ajouta une dernière, en guise de conclusion :

« Et combien ça coûte ? »

Tout en parlant, Cuperno observait attentivement les réactions de la vendeuse et de son rabatteur. Leur petit conciliabule l’avait un peu mis sur la défensive. Gorm avait l’air d’un honnête ogre, du moins dans son activité, mais tout cela était un peu précipité…

« C’est une première main. Elle est sortie une seule fois. Un débutant, comme vous. Il n’a pas supporté… » répondit évasiment Din-Ki-Po.

La large tête de Gorm Redian se matérialisa au-dessus de Cuperno toujours allongé dans la capsule.

« L’autonomie dépend de toi : si tu économises ton énergie, tu peux rester là-haut jusqu’à douze semaines. En plus, avec ton petit gabarit, tu peux peut-être gagner une semaine supplémentaire. Tu peux embarquer jusqu’à trente kilos de matériel sur un modèle comme celui-ci. Mais plus tu en prends, plus ça brûle ton combustible, et moins tu peux changer d’orbite. Amener un animal avec toi ? C’est toi qui vois, mais primo, tu as intérêt à le mettre sous calmants, ou mieux, à lui injecter du slow, et deuzio, il va te bouffer l’autonomie de ton système de survie. Quant à revenir au point de départ … S’il te reste du combustible pour réduire ton orbite, et de l’énergie pour freiner ta descente aux antigravs, c’est possible. Pas bien vu dans la communauté des astro-stoppeurs, mais possible… »

La voix de Din-Ki-Po ajouta :

« Vous pouvez laisser l’infopilote s’occuper de la navigation ou prendre la main sur l’ordinav. Il est à commande optique, vocale, ou par neuro-dérivation si vous avez un plot vertébral. »

Une pause.

« Ce modèle est à vendre pour 12.000 crédits. »

Douze mille crédits !!! Ce sacré Gorm avait raison… C’était plus que raisonnable, et si ce n’était l’aspect dangereusement hasardeux de l’aventure, sans aucun doute la meilleur opportunité de quitter rapidement les lieux qu’il puisse trouver.

Il restait à récupérer ses affaires, se constituer un petit paquetage pour tenir plusieurs semaines enfermé dans cette bulle, et conclure l’affaire avec Miss Doudoune. Et puis quelques semaines d’isolement, voilà bien se qu’il fallait à Cuperno pour réfléchir à son avenir…

Et Gédéon ? Ce n’était sans doute pas le genre d’animal qu’on souhaiterait emmener pour ce genre d’excursion. Le mettre sous slow… Voilà qui allait considérablement relever le prix du voyage… Mais avant tout, Cuperno devait montrer à Din-ki-po qu’un futur stoppeur pouvait également être un excellent marchand.

« La valeur des choses dépend autant de ce qu’elles coutent que de ce que l’acheteur peut y consacrer. J’ai peur que ce soit un peu cher pour quelqu’un dans ma situation. D’autant que si j’apprécie sincèrement cette rencontre imprévue, je ne pense pas que vous puissiez m’offrir une assurance à la hauteur du risque. Quel est le meilleur prix que vous puissiez faire à un aventurier peu fortuné mais qui sait se rappeler de ses heureuses rencontres… »

Ce n’était pas la pègre locale qui allait le priver d’une bonne petite tranche de négociation, quelle qu’en soit la durée…

Gorm Redian et Din-Ki-Po échangèrent un long regard, les traits de leurs visages se déformèrent imperceptiblement. De toute évidence, une forme de communication non verbale était à l’oeuvre entre les deux compères.

« Je vous entends, Monsieur Gédéon. Je peux descendre à 9999 crédits, mais pas en-dessous… »

9.999 crédits !!! Cette histoire devenait franchement trop belle pour être vraie…

Cuperno redoublait d’effort pour détecter une entourloupe, sur la capsule, ou dans l’attitude de ses interlocuteurs. Se pouvait-il qu’il ait été repéré et que toute cette histoire fût le moyen envisagé pour se débarrasser de lui ? Son égo lui disait que c’était possible, mais sa raison lui disait que c’était tout de même un peu capillo-tracté, surtout si on considérait le style de ses anciens associés… Pour le moment, quoiqu’il en soit, la meilleure solution semblait de jouer le jeu le plus longtemps possible.

« Ça me semble un bon prix, et je dois pouvoir payer cela. Quelle est la suite des opérations si je souhaite faire mon baptème d’astro-stoppeur ? »

Din-Ki-Po sortit une auricaisse portable d’une des multiples poches de sa salopette jaune :

« Soit vous mettez votre petit doigt ici, soit vous me fournissez une monécarte prépayée avec la somme, voire des espèces si vous le souhaitez, et vous repartez avec votre doudoune, Monsieur Gédéon… »

Gorm Redian continua :

« … Et pour ce qui est du baptême, fils, fais-moi confiance… Je te ramène au carré des stoppeurs ; mes potes et moi, on te montre comment ce petit bijou fonctionne ; et on va organiser une petite fiesta pour t’accueillir dans la communauté… T’as rien à faire, ce soir, de toutes façons, je me trompe ? »

« Pas grand chose, ami Gorm, mais deux ou trois petites choses tout de même… Il me faudrait une heure ou deux avant de pouvoir conclure cette affaire, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. »

Prenant rapidement congé, Cuperno s’éclipsa, en laissant bien comprendre qu’il allait rapidement revenir.

Plus concentré que lors de sa rencontre fortuite avec l’ogre, Cuperno se rendit vers le motel miteux où il avait laissé ses quelques affaires. Il faisait attention à ne pas « rencontrer » un obstacle éventuel, mais il veillait aussi à ne pas être suivi ou observé. Arrivé dans sa « planque », Cuperno réunit ses biens et s’en alla rendre la carte d’accès au propriétaire à l’aspect tout aussi douteux que son palace. Fouillant le fond de ses poches pour régler la chambre en espèces sonnantes et trébuchantes, Cuperno repartit avec une mallette allongée et un sac à dos. Un passant attentif aurait pu percevoir quelques grognements et sifflements étranges en provenance du vieux sac légèrement entrouvert.

Se dirigeant à nouveau vers la vendeuse de doudounes, mais par un chemin légèrement différent, Cuperno fit deux pauses supplémentaires. Une pour vider son compte en échange d’une monécarte d’une valeur de 9999 crédits, et d’une somme à peine plus importante en liquide. La deuxième pour dépenser la quasi totalité de cette somme en liquide pour acheter une dose de slow. Il lui restait tout juste de quoi parer à quelques imprévus, au cas où les fournitures livrées avec la capsule lui semblerait insuffisantes. Il put enfin retourner vers la vendeuse malachite, prêt à affronter son destin, et surtout à quitter les lieux le plus rapidement possible.

Din-Ki-Po s’inclina avec l’affabilité propre à ceux de son espèce en empochant la monécarte de Cuperno. Elle avisa le sac à dos du nouvel astro-stoppeur, qui semblait changer de forme en émettant des grognements, lui tendit une pochette de plastique remplie de petits injecteurs hypodermiques mono-dose :

« Des calmants à usage vétérinaire. Cadeau de Gorm, mais rangez ça avec vos affaires et ne lui en parlez pas. Il vous propose de le retrouver au coin des stoppeurs sur le tarmac. Il y a déjà amené votre doudoune. »

Le groupe d’Êtres que Cuperno avait aperçu un peu plus tôt dans la soirée l’accueillit à bras, tentacules, palpes et autres appendices ouverts. Plusieurs humains, un karmairk, une xipéhuz au nom imprononçable et quelques autres ET dont l’espèce était inconnue de Cuperno formaient un cercle autour d’un brasero à fusion. L’ogre lui fit une place à côté de lui, le présenta à tout le monde sous le nom de « Gédéon, un ami ».

Ils lui proposèrent de se familiariser avec les commandes de son engin.

Ainsi que Din-Ki-Po l’avait indiqué, sa capsule d’astro-stop était dotée d’un mini-ordinav aux capacités limitées, mais suffisantes pour faire tourner un infopilote de niveau 1. Le contrôle manuel pouvait se faire en mode optique, vocal ou en appariant son plot vertébral au système.

Le système environnemental lui assurait chaleur et air respirable pendant soixante jours. Un mini-alimenteur contenait assez de composés organiques pour fabriquer une ration de PPb par jour pendant la même durée. Le décollage et la mise en orbite étaient assurés par une unité antigrav. Des impulseurs à plasma alimentés par un réservoir d’hydrogène métallique permettaient de se déplacer dans l’espace cislunaire de la planète de départ. La quantité de combustible était suffisante pour environ dix déplacements transorbitaux. L’équipement était complété par un bloc de communication à longue distance combinant ondes radio, faisceaux laser et impulsions neutrinos, et par une unité de senseurs à longue portée.

Lorsqu’il lui sembla qu’il maîtrisait les fonctionnalités de sa doudoune, Cuperno pût rejoindre le reste des stoppeurs, et partager avec eux viandes et légumes grillés à l’ancienne dans un demi-bidon de métal recyclé en barbecue, ainsi que bières et autres boissons plus ou moins alcoolisées qui sortaient à profusion, comme par magie, de cantines réfrigérées. La fête célébrait à la fois son entrée dans la communauté des astro-stoppeurs, et son départ imminent de Vonda.

Avant de rejoindre l’amicale des astro-stoppeurs, Cuperno avait utilisé une des doses de calmant sur la forme changeante qui occupait près de la moitié du sac à dos. La « chose » était plutôt de bonne nature, mais avait la mauvaise habitude de se manifester au mauvais moment. Il pût donc tranquillement profiter de la petite fête, quoiqu’il ne pouvait pas tout à fait oublier le passé comme le futur proche. Ce groupe de joyeux dingues était une petite bouffée de fraîcheur dans une nuit qui s’annonçait bien longue. Et puis se faire quelques amis, même modestes, par les temps qui couraient, ce n’était pas du luxe.

Cuperno se préparait mentalement à sauter dans sa capsule pour partir rapidement et sans trop réfléchir à ce qui l’attendait, prêt à passer le plus fièrement possible son brevet d’astro-stoppeur. Il y avait néanmoins une question qui le préoccupait :

« Et vous lui racontez quoi au capitaine du navire quand vous montez à bord ? Vous lui montrez votre badge d’astro-stoppeur, ou vous jouez les survivants miséreux ? »

Ce fut l’un des Exotiques du groupe, un insectoïde répondant au nom de Krkztk (ou quelque chose comme ça) qui lui répondit de sa voix tout en chuitements et cliquetis :

« Ton badge, c’est ta doudoune, Gédéon. Selon le moment où tu es ramassé et l’état de tes réserves et de ton système de survie, parfois tu n’as même pas besoin de jouer les miséreux… »

Gorm abattit l’un des battoirs qui lui servaient de main sur l’épaule de Cuperno, en un geste fraternel :

« Ne joues pas, sois toi-même lorsque tu seras ramassé, et tout se passera bien, fils ! »

Pas tout à fait rassuré par les conseils de ses nouveaux condisciples, Cuperno décida de ne plus se poser de questions. Il était trop tard.

Profitant de son dernier repas partagé avant longtemps, Cuperno n’était pas le dernier à rendre hommage à la gastronomie des astro-stoppeurs. Ce n’est qu’une fois repus qu’il commença à préparer sérieusement sa doudoune. Dernière vérification de la capsule, rangement de tout le matériel qu’il pouvait embarquer. Il avait l’impression de passer en revue l’intégralité de sa fortune, tout se qui restait de sa vie. C’était au propre comme au figuré un nouveau départ, et ce n’était malheureusement pas le premier.

Alors que la fête touchait à sa fin, les préparatifs terminés, Cuperno posa son sac à dos à côté de lui dans la capsule, et c’est confortablement installé qu’il dit au revoir à ses nouveaux amis, qui pour être les plus récents, n’en étaient pas moins les meilleurs. C’est donc empli d’une profonde morosité que Cuperno entama la procédure de départ. Il allait avoir l’occasion de ressasser l’enchainement malheureux des événements qui l’avaient conduit jusqu’ici. Pour se sortir de cette analyse obsessionnelle, il ne lui restait qu’à rêver du futur vaisseau qui, il l’espérait, allait le recueillir.

L’opacité de l’enveloppe d’hyperfilament de la capsule pouvait être réglée à volonté, de la même manière que la coque d’un vaisseau Varlet. Cuperno put donc voir les grands gestes amicaux que faisaient les astro-stoppeurs pour lui dire adieu comme s’il avait reposé au creux d’une bulle de savon. Gorm Redian lui adressa un ultime clin d’oeil, puis la petite troupe s’écarta.

Le bourdonnement des répulseurs antigrav monta dans les ultrasons, et l’amibe d’argent commença à s’élever silencieusement dans l’aube violette de Vonda, grimpant de plus en plus vite vers le ciel sombre où s’accrochaient encore quelques étoiles parmi les plus brillantes de la voûte céleste.

L’infopilote projetait les lumignons des commandes de vol devant les yeux de Cuperno. L’engin fit un brusque écart pour éviter la trajectoire d’un énorme cargo de Classe III en approche finale, puis continua tranquillement son ascension. En moins de trente minutes, la capsule avait atteint la limite de l’exosphère planétaire. C’est ce moment que choisit l’ordinav pour mettre à feu les impulseurs à plasma. En regardant vers « l’arrière », Monsieur d’Eol vit la traînée pourpre de flammes de fusion s’allonger sur plusieurs kilomètres tandis que sa doudoune était injectée sur une orbite de transfert cislunaire.

Six heures plus tard, la capsule se stabilisait au point d’équigravité entre Vonda et Iaphett, l’un de ses trois satellites naturels. Le panorama était grandiose : d’un côté, la face grise et grêlée de cratères de la petite lune désolée ; de l’autre, le globe de Vonda, où dominaient le bleu des océans, le blanc immaculé des spirales nuageuses et l’ivoire rosé des inlandsis éclairés par Maxime, boule de gaz brillant d’un éclat écarlate en arrière plan.

Ne restait plus qu’à activer les senseurs et à se mettre à l’écoute sur toutes les fréquences de communication.

Et à attendre…

… Et attendre encore.

… Et encore.

Suspendu entre deux mondes, Cuperno commença à contempler son environnement dans l’espoir plus ou moins confus d’y trouver une réponse. Mais la première chose qu’il identifia clairement vint du plus profond de lui-même : le vide. Les derniers événements, tellement denses et imprévus, avaient absorbés toute son énergie et toutes ses pensées. Il resta de longues heures à promener son regard autour de la capsule, renonçant à tout objectif pour laisser son esprit divaguer dans l’espace, incapable de discerner ou de mémoriser quoique ce soit. Cuperno ne fit aucun effort pour se sortir de cette torpeur, qu’il aurait bien aimé voir durer jusqu’à ce qu’on vienne l’en tirer.

Mais la faim, et les mouvements de son compagnon finirent par le ramener à la réalité. Après le vide intérieur, c’est le vide extérieur qui se manifesta violemment à sa conscience. Il avait traversé l’espace environnant une planète habitée de nombreuses fois. Mais s’y établir, dans une capsule, pour un nombre de jours indéfini, ce n’était plus du tout la même chose. Il voulait contempler la beauté de Vonda et de ses lunes, réfléchir à son passé et à son avenir, profiter de ce moment rare. Mais le présent, angoissant et désespérant, ne laissait aucune place au reste.

Machinalement, il nourrit un peu Gédéon, vérifia que l’anesthésiant faisait toujours effet, se demandant s’il serait contraint d’utiliser la dose de slow qu’il venait d’acheter, et essaya de trouver l’apaisement dans un sommeil aussi difficile que nécessaire. Décidément, le début de cette nouvelle aventure s’annonçait encore plus pénible qu’il ne l’avait imaginé.

Il passa les premiers jours dans une sorte de brouillard psychique noir et désagréable. Ce n’était pas là, ni maintenant, qu’il trouverait la solution à son problème existentiel.

Et pourtant il avait tout le temps pour ça… Parce que tout ce qu’il pouvait faire, c’était…

… Attendre.

… Et attendre encore.

… Et encore.

… Et ce n’était que le début, d’accord, d’accord… (refrain connu)

Monsieur Cuperno en était à sa millième contemplation morose du ciel. Il embrassait d’abord la surface gelée de Vonda, qui luisait d’un étrange éclat dans la nuit : ni bleu ni orange. Il jetait un coup d’oeil au terminateur, surveillant la progression de l’aube, puis recomptait les constellations.

Il se dit d’abord que sa vue lui jouait un tour. Un amas d’étoiles bleues avait disparu. Mais il réalisa très vite que cette tâche sombre qui prenait de plus en plus de place était… Un navire ! Eheheheheh ! Il s’approchait de lui, sans le moindre doute. Il crut même bien le voir manoeuvrer dans sa direction…

OUI ! On l’appelait.

Et là : douche froide ! La silhouette qui se matérialisa avait une sale tronche. Et sa voix…

« Bonjour, humain. Le capitaine Sssalalmakk vous offre l’hospitalité. »

Devant lui se dressait maintenant une muraille, sur laquelle apparut un rai de lumière d’une couleur peu engageante. Cette ouverture s’agrandit, laissant apparaitre un hangar, où de petites silhouettes encapuchonnées l’attendaient déjà.

100 mètres. 75. 50.

C’est alors que tout disparut : le Classe V kiffish, Vonda, le firmament poudré d’étoiles… noyés dans une lueur aveuglante. La couleur bleutée des points de Vérité « sortants ».

Monsieur Cuperno, aveugle, ne vit pas le Tracevide jaillir du Triche-Lumière, escamoter une paroi de sa cale, avancer en crabe et avaler sa doudoune. La gravité revint. Il sentit le choc de son engin qui tapait un sol dur, et sut qu’il n’était pas sourd en entendant un « boing » caractéristique.

Puis ce fut le Triche-Lumière.

Sonné, il se vit entouré d’un kaléidoscope de plumes multicolores. Des millions, des milliards, des dizaines de milliards de plumes qui l’entouraient, virevoltantes, lumineuses, accompagnées d’un bruit de cascade tantôt aigu, tantôt grave et profond. Cela sentait les épices rares qui venaient en quantités infimes des mondes extérieurs, et sa langue était pleine du goût légèrement acidulé des bonbons rares venus eux aussi d’un ailleurs lointain.

Et c’est là, mi-allongé, mi-flottant dans ce délira charmant, qu’il apprit qu’il était mort. Une petite fenêtre en forme de coeur s’ouvrit dans le tournoiement de plumes. Le joli visage d’un ange à la chevelure de feu apparut, souriant, le regardant, l’évaluant.

Un bonheur.

Puis la créature céleste prit la parole, lui disant « Vous venez avec nous ? On va en boîte … »

Textes originaux de Jibs, Sémirande et Hemmedéji (sur le forum Encyclopédie Galactique)
Corrections et remise en forme de Stéphane ‘Capitaine Cosmos’ Devouard

Vacances spatiales (nouvelle d’ambiance)

Vacances spatiales (nouvelle d’ambiance)

Vacances sur l'Esperanza -- posté le 22-23 Brahé 1510 TU

(Extrait du blog de Venus Primi, pressyborg)

« C’est toujours l’actu qui décide quand on part et là y’en a une brûlante pour toi, Coco ! Et quand tu m’en reparleras, je veux un papier au parfum de vérité, Coco. Je te l’ai dit cent fois, si tu veux parler d’un truc, expérimente-le d’abord. Toujours les trois règles ! Primo, le terrain, secundo le terrain et tertio le terrain ! »

Le patron, toujours à m’appeler Coco. En fait, il appelle tout le monde Coco. J’étais ravie de partir pour huit jours sur le nouveau léviathan de la Transgalactique. J’aime le terrain, me frotter à l’actu. Ce que j’aime moins c’est qu’on me dise « Coco, ton vaisseau t’attend. Tu as trente minutes pour rejoindre l’astroport ».

J’ai tout juste le temps de rentrer à mon conapt, jeter trois affaires dans mon sac, sortir en trombe et foncer vers l’astroport d’Iris en flirtant avec la mort dans la circulation aérienne des heures de pointes, à fond la caisse dans mon vieil hélimob. Ce vieux filou de rédac-chef avait déjà tout bien synchronisé. Il avait envoyé Trevor m’attendre au terminal d’embarquement, avec les billets, l’ordre de mission, le créditube et le dossier de presse de la Transgalactique sur l’Esperanza. « T’arrives seulement maintenant ? » me demande bêtement Trevor. Trevor a toujours été un con. Mais il a au moins une qualité (et c’est bien la seule à mon avis), c’est un con qui est toujours là au moment où on besoin de lui.

Je me casse avec un « C’est ça, merci, au revoir » pour me présenter à l’embarcadère. Me faufilant en courant entre les touristes, les personnes d’affaires et les formecs porteurs, j’arrive tout juste avant que ne se ferme le sas de coupée du vaisseau. C’est toute l’histoire de ma vie : toujours sur le fil du rasoir LOL.

Le Bronzage Intégral est un petit Candel édénien filant à 20 EAL à l’heure, à bord duquel on n’est pas étouffé par le confort. Assise entre un gros marchand qui devrait faire plus attention à son corps et un jeune couple avec son bébé braillard, le voyage commence bien. Et il va durer 15 heures… Oups, non, 15 heures et 30 minutes. La voix du pilote nous annonce que l’embarquement ayant été retardé, notre départ est reculé d’une demie-heure en raison du trafic dans l’espace cislunaire de Hyacinthe. Je m’enfonce dans mon siège et je jette des regards d’un côté et de l’autre, espérant que les autres passagers ne réaliseront pas que j’étais la dernière à monter à bord et donc que je ne suis pas étrangère à ce délai. Les agents de bord nous apportent des rafraîchissements pour nous faire patienter. Toujours ce même sourire artificiel quand on s’ennuie à mourir en bourlinguant sur un rafiot insignifiant pendant de nombreuses années. « Votre mission, ouvrir cette cannette », c’est du concentré d’adrénaline, pour sûr.

Par contre moi, de l’adrénaline, j’en ai à revendre. Il me faut dix minutes pour retrouver mon calme. Je dois prendre sur moi pour ne pas donner un coup du coude au gros qui mange son sandwich comme un porçon, ni pour hurler plus fort que le bébé pour le terroriser et le faire taire. Si au moins j’avais suivi les cours de conscience psi à l’académie… et surtout si je n’avais pas oublié ma foutue boîte de stimmos à la maison !!!

Pour passer le temps pendant les préparatifs pré-décollage qui doivent occuper le pilote et le mécanicien dans leur cabine transparente au sommet de la dérive de proue, j’observe l’activité sur le tarmac. Non loin de notre vaisseau, un petit Tabron de type Luciole repose sur ses champs suspenseurs au repos. Vu ses lignes pataudes, cela a dû être un vieux caboteur intrasystème, une antique barge à fusion modifiée il y a des centaines d’années via l’installation de propulseurs Varlet et le remplacement de sa coque de trifibranne par une enveloppe en hyperfilament énergisé. Leur pilote a activé la transparence partielle de coque et je peux constater que c’est un panzanopède. Deux Êtres sont en train d’effectuer des opérations de maintenance sur l’intrados de l’appareil, maintenus tête en bas par leurs semelles inductrices. Le plus trapu est un ballik vêtu d’un salopette malachite trop grande pour lui, et l’autre est un humain. Le premier se met à donner de grands coups sur une plaque de blindage avec son outil, et l’autre se précipite et commence à l’engueuler. J’ai juste le temps d’apercevoir le nom du vaisseau — 3A1 Arsinoé — avant que notre navire ne commence à s’élever à la verticale dans le bourdonnement sourd de ses motivateurs antigrav.

La sphère TriD interactive se matérialise devant moi. Je pointe un doigt sur la commande d’immersion et me voilà isolée sous un cône d’intimité, environnée de la projection holographique des imageurs extérieurs accompagnée de données de vol simplifiées. Ca m’évitera au moins d’entendre les vagissements de ce foutu gamin et les gargouillis de ce foutu marchand en train de boire son soda. Lorsque le Bronzage Intégral atteint l’altitude de mille mètres, une nouvelle vibration aux harmoniques subtiles remplace celle des antigravs : les moteurs Varlet viennent de démarrer et la vitesse ascensionnelle du Candel progresse maintenant géométriquement.

Je regarde vers le bas et je vois la surface du tarmac s’enfuir sous moi, puis l’astroport devenir une tâche grise dans le damier bariolé d’Iris, puis la mégapole devenir une flaque de couleur terne sur la courbure de Hyacinthe II. Le ciel vire à un indigo profond où les étoiles s’allument une à une. Le Candel franchit l’exosphère planétaire et accélère encore pour sortir de l’espace cislunaire et gagner le point de translation qui lui a été assigné.

Pas de jet de gaz ionisé ou de panache de flammes de fusion à la poupe du navire : un vaisseau à propulsion Varlet en vol spatial n’est pas très spectaculaire et le seul échappement énergétique qui le caractérise est la pâle lueur grenat émise par ses surfaces de gauchissement. Sauf lorsqu’il crée un point de Vérité. J’ai déjà vu ce spectacle des dizaines de fois, mais je n’arrive pas à m’en lasser. Une corolle pourpre éclot devant nous, se déploie en faisant miroiter une portion d’espace de plus en plus grande. Les vagues d’énergie, d’un rouge-orange profond, s’enroulent à la manière d’un diaphragme sur le pourtour du vortex, tandis qu’un disque de noirceur absolue se dilate en son centre telle la pupille d’une divinité. Le vaisseau franchit l’interface, puis le point de Vérité se rétracte derrière lui avant de disparaître dans un ultime flash de lumière octarine.

Dès que le navire passe dans en vol hyperluminique, comme je suis maintenant plus calme, je me plonge sur les dossiers remis par Trevor. Ca me permet également d’oublier les autres et de me retrouver seule dans le Triche-Lumière avec toutes ces sensations que j’ai toujours aimé. La coque du navire semble se dissoudre dans le néant tandis que la Psychoperception prend le pas sur ma vue, mon ouïe, puis mon odorat et finalement mon toucher. Des rideaux de draperies mordorées s’ouvrent sur le spectacle féérique des rubans soyeux des Routes entre les étoiles s’entrecroisant dans un néant laiteux aux effluves cristallines.

Le Vaisseau Lehouine de Classe Galactique Navire de Sa Majesté Esperanza. Les chiffres sur l’holoplaquette donnent le tournis : trente millions de tonnes, trente deux kilomètres de long, plus de deux millions cinq cents mille passagers, une capacité de transport maximale de 3000 Varlets et jusqu’à trois millions de tonnes de marchandises. Plusieurs villes, un massif montagneux, des forêts, deux mers, des îles paradisiaques, une mer de lave crachée par un volcan TriD. Pfiou !!

J’ai déjà navigué sur des Lehouines, sur des petits (façon de parler) de Classe Economique de moins de cinq millions de tonnes, comme sur des Classe Systèmes, plus massifs.

L’architecture interne de certains de ces monstres pouvait comporter des EcoSys sur plateformes tout autour de la quille centrale contenant les terminaux de transport. On voyait les Varlets franchir le champ de force principal et nous frôler silencieusement avant d’aller débarquer leur passagers et leurs cargaisons. D’autres étaient tout en cloisons énergétiques, les seules ouvertures donnant sur le vide spatial.

Mais là, on parle carrément d’un vaisseau-monde, comme Divine Endurance en route vers la galaxie d’Andromède, mais en plus petit.

Deux bonnes nouvelles se dévoilent en lisant le dossier. La première est que les commerciaux de la Transgalactique ne nous tiendront pas la chandelle tout le long du séjour : il n’y aurau qu’une seule conférence buffet pour tous les pressyborgs du secteur invités à bord de l’Esperanza, peu après notre arrivée.

La deuxième, c’est une chouette note du patron : « Coco, on prend en charge tous tes frais, mais surtout n’en profite pas pour acheter un vaisseau ». Sympa. Je devine maintenant pourquoi il m’a envoyé au lieu de Trevor. D’abord parce que Trevor est un vrai con. Ensuite, sûrement parce que le patron me récompense pour le scoop sur le trafic d’alyotis impliquant certains aristos de la Baronnie, les deux cents minutes d’autodoc nécessaires pour récupérer des caresses appuyées des deux gorilles envoyés en représailles, et la frayeur de risquer me voir quitter mon enveloppe physique plus d’une fois au cours de cette enquête.

La liste des activités proposées sur l’Esperanza est phénoménale. Avec huit jours de disponible, le planning va être serré. Pour commencer, je prévois déjà de tester d’autres résidences que le conapt dans Celestia que m’a réservé le journal. Un appartement dans la cité lacustre près des plages, et pour finir le séjour, un cottage dans la forêt, histoire de m’isoler un peu et de préparer mes notes et mes enregistrements.

Je me programme ensuite quelques activités. Commencer par m’acheter de quoi me faire une garde-robe, parce que là, je suis partie sans rien. Planifier ensuite une demi-journée de montagne, visiter la petite Venisse, plonger dans les eaux bleues d’un atoll, faire de l’équitation à la campagne, aller voir Copa-Columba et Festival (zut, je suis toujours interdite de casino !), la Mer de lave… et puis rencontrer des responsables des différentes guildes pour les interviewer sur le navire et leur métier. Eh oui, faut bosser aussi, LOL.

Toujours isolée dans les fantasmagories psychédéliques du Triche Lumière et dans mon travail, je commence à Percevoir des remous à une vingtaine d’équivalent années lumière. Puis je vois une énorme déformation de la trame du Triche-Lumière au centre de rides concentriques provoquées par une immense traînée noire au goût de charbon. A coup sûr le Lehouine, énorme vu la longueur de sa Veuve. En même temps, j’entends un carillon qui me fait revenir à la réalité du Candel. Le gros marchand encore, ainsi que le bébé… si mignon dans les bras de sa mère quand il dort. C’est un message du pilote. Nous sommes bien à une heure de l’Esperanza. Je ne m’étais pas trompée. C’est fou comme on peut perdre la notion du temps quand on se laisse dériver dans ce que les doctes teknos appellent la Surdimension Kinestésique.

Plus notre navire se rapproche, mieux je Perçois l’Esperanza et tout ce qui l’environne. Par l’Être Suprême, on dirait une reine bazeille entourée de centaines de bourdons. En élargissant ma perception, je découvre ce à quoi je n’avais pas encore fait attention. Des centaines de Varlets s’éloignent ou s’approchent du Lehouine suivant autant de vecteurs différents dans ce qui n’est qu’en apparence la plus parfaite confusion. D’autres lui tournent autour, probablement dans l’attente d’une autorisation d’appontage. Nous approchons face au gigantesque léviathan de l’espace, puis nous nous mettons nous même à tourner sur un circuit d’attente.

Pendant ce temps, les agents de bord réveillent tout le monde et donnent les consignes de passage aux douanes. « L’introduction de produits stupéfiants non ludiques et de produits ludiques de classe 6 ou plus, ainsi que des armes et des protections individuelles de combat étant interdite à bord des vaisseaux Lehouine, vous pourrez déposer en consigne aux douanes tous vos objets contrevenant à ce règlement. Veuillez également préparer votre carte d’embarquement… ».

En voyant la tête paniquée du soldat situé deux fauteuils devant moi et demandant des explications aux agents de bord, j’imagine que ce « pseudo-commando de la mort » n’est jamais monté sur un Lehouine, peut-être même n’est-il jamais allé dans l’espace, au moins sans tout son attirail LOL.

Le Candel fait enfin son approche finale en se dirigeant vers le champ de force opaque du dernier tiers du Lehouine, puis le traverse… Par l’Empereur !!! Eclairé par une pâle lumière blanche et par des millions de feux de signalisation, le hangar nous apparaît comme faisant pratiquement toute la hauteur du vaisseau, six mille quatre cents mètres. Pendant que nous nous dirigeons au ralenti vers l’un des débarcadères passagers, je vois du coté de mon hublot la zone de frêt, une multitude de Varlets cargos, et tournant autour d’eux commes des nuées de moucherons, une armée de formecs g-zéro manutentionnant des milliers de tonnes de marchandises, leurs gyrophares projetant sur les coques une lumière orangée stroboscopique.

Ce ballet de formes, de mouvements et de lumière est fascinant. Je ne me suis même pas rendue compte de l’appontage et de la mise en place des ancres magnétiques. Un nouveau carillon se fait entendre, le message nous souhaite la bienvenue puis nous indique où se diriger dans la zone franche vers les portillons de contrôle de sortie. Mon petit sac récupéré, je sors du vaisseau. Le bruit arrive d’un coup : les milliers de gens qui parlent, qui rient, qui toussent, s’ajoutent à la cacophonie ambiante des alarmes aigues de manutention, des bourdonnements graves d’alerte de proximité, des ancres magnétiques qui s’accrochent aux Varlets avec un claquement sec, des moteurs qui montent ou perdent en puissance, les annonces informatives et publicitaires.

Trouver les portillons de sortie, c’est facile, il n’y a qu’à suivre la masse de la foule, impossible de se tromper. On avance rapidement, en passant sous un portique de détection multi-senseurs. Les douaniers à la mine sévère portent tous un uniforme blanc impeccable, un arachnopistol sur une hanche, un paralyseur à l’autre. Ils sont accompagnés de logimecs d’investigation. Il vaut vraiment mieux déclarer ses armes, ses protections, ses prothèses et ses drogues avant de passer le portail au risque de subir un contrôle plus poussé à part. Si tu es cool, ils te passent gentiment un container pour tout mettre dedans. Tu reçois un reçu sur ton comset et tu vois tes biens mis en boîte s’envoler à toute vitesse dans les bras d’un logimec porteur en forme de soucoupe vers la zone de frêt sécurisée.

Je passe sans problème, puis dans le hall du terminal, entourée de passagers en transit et de minilogimecs-guide, submergée par les messages audios omniprésents, je branche en réseau mon comset sur l’infocosme du vaisseau et je vais m’asseoir sur un banc pour être à mon aise. Je navigue sur l’holovisu de mon terminal personnel pour envoyer mes demandes de rendez-vous et réserver mes résidences : la réponse est automatique et quasi immédiate. Avant de partir pour la gare taxibulle, je trouve en face de moi, en train de me dévisager, une jeune et grande femme à la peau caramel. Sur son crâne rasé une longue mèche noire aux pointes argentées caresse des sourcils finement épilés. Elle porte une veste longue aux manches relevées avec l’insigne de la spécialité Passerelle et le grade de Capitaine. Accompagnée par un Panzanopède, elle semble me reconnaître, je lui trouve un air très vaguement familier, mais d’où ???

« Venus Primi ? C’est moi, Banett. Lawrence… enfin Laure maintenant ». Ma première surprise passée, nous nous embrassons, moi un peu gênée quand même. Mais quelle incroyable surprise, si je m’y attendais LOL !… Il… Il ? Euh non, Elle est là pour accompagner un Panzanopède, le Capitaine KiQ4Ros, commandant du « Cube à Huit Faces » (vous savez, les multidimensions… !) un Transistel affecté à la mission d’oiseau-pilote de l’Esperanza. Le Capitaine KiQ4Ros nous quitte juste après les présentations en nous faisant savoir par une image télépathique qu’il va être en retard : dans ma tête je le vois flotter en fonçant vers son vaisseau qui part sans lui, ses pseudopodes paniqués s’agitant dans tous les sens puis en s’approchant du vide, freiner sauvagement des quatre fers, partir en dérapage incontrôlé, tomber dans le vide d’une manière ridicule et comique, sa dernière pensée en bulle-image étant « De là haut, je vois ma maisoooooooonnnnn…. ». On est pliées de rire toutes les deux. Laure m’apprend que c’est ce qui fait sa renommée dans tout l’équipage de l’Esperanza, son sens unique de l’humour en image.

Comme elle est pressée, elle me dit qu’elle me racontera tout, me donne rendez-vous chez elle pour sa fête privée dans trois jours et s’éclipse. Je reste là, comme un symbiote flagide shooté au somac, quelques secondes à réfléchir. Laure, enfin l’homme Lawrence à l’époque, et moi étions dans la même classe préparatoire à la Guilde Navyborg et nous couchions ensemble. Puis nous nous sommes séparés après la remise des diplômes de Maître. Je l’ai revu plus tard lorsque je participais à un reportage sur la reprise de la ceinture d’astéroïdes du système de Bélial pendant la deuxième Guerre Arcturienne contre les Graffs. Il était déjà Lieutenant, le plus jeune chef d’escadrille sur le front et le pilote au plus grand palmarès. Moi, je n’étais encore qu’Enseigne et stagiaire dans l’équipe pressyborg. Puis j’ai appris plus tard qu’il avait été abattu au dessus de Belial III et récupéré. Maintenant il, non elle, est Commandant en troisième de l’Esperanza et elle porte le patronyme Rosa. J’en apprendrais sûrement plus dans trois jours.

Le séjour commence déjà étrangement. En partant vers la gare de taxibulles, je perçois des éclats de voix et de l’agitation au niveau du portail. Je vois mon soldat, le « pseudo-commando de la mort », en train de se faire menotter alors qu’un adminicule arrive à toute vitesse. Cet idiot semble s’appeler Sergent Al Cabrero. Il aurait mieux fait de passer des vacances sur Prénuptia.

Après une courte attente, je monte dans un taxibulle, une bulle deux places pilotée par navimec, un amour de courtoisie. Dès que je lui ai donné l’adresse de mon conapt, le voilà qui part comme une Allumette dans les tunnels de circulation du vaisseau, fermés mais éclairés par des luminobandes qui défilent à une vitesse terrifiante.

Nous voilà arrivé à la gare la plus proche de mon nouveau chez moi. Quelques centaines de mètres à marcher dans une ambiance folle. Je traverse une immense galerie noire de monde, la plupart des gens portent des tenues d’été. Il y a des personnes seules, des couples, des familles avec enfants, des humains et des exotiques. Un brouhaha joyeux, des parfums sucrés ou acidulés qui ouvrent l’appétit, des magasins de présentation luxueuse déversant des musiques mélodiques ou des annonces de promotions, sous les arcades soutenues par des colonnes de plastimarbre blanc veiné de vert de cuivre… Ca me rappelle que je n’ai presque rien à me mettre et qu’il faut que je fasse les magasins (merci patron LOL). Mais avant je dois aller à cette foutue conférence buffet. J’irais crado, c’est tout LOL. Et puis les magasins ici sont ouverts 24 heures sur 24. Alors, où est le problème ?

Je passe devant une terrasse en plein air où circule un peu de monde pour admirer le point de vue. Allons voir. Je commence par plisser les yeux à cause du soleil… Soleil ? (NB comset : acheter des lunettes de soleil). C’est surprenant même après avoir lu l’holoplaquette. Puis je sens sur mon visage une brise… une brise marine rafraîchissante au parfum légèrement iodé !!! Mais où je suis, là ? Sur une planète ou un vaisseau ? On peut lire tout ce qu’on veut sur tout, tant qu’on ne l’a pas expérimenté, on ne peux pas vraiment savoir !

Je me rapproche de la balustrade. Quelle vue vertigineuse ! La terrasse se trouve à plus de mille mètres de hauteur, au-dessus d’un océan turquoise frangé d’écume et ocelé d’atolls verdoyants aux plages de sable blanc, sur lequel voguent de nombreux petits navires blancs. Et je peux presque toucher les nuages. En me concentrant un peu, j’arrive à Percevoir au-delà du champ de force le Triche-Lumière et ses mélanges de sensations, les courants et les Varlets qui entourent le Lehouine.

Je quitte la terrasse pour enfin rejoindre mon conapt. Un conapt grand comme quatre fois le mien sur Hyacinthe, au moins quatre cents mètres carré, un quatre pièces luxueux, équipé d’un mobilier beau et fonctionnel, une autocuisine, des murs triD (mode programmes ou paysages). Pas le temps de jeter mon sac quelque part, déjà j’entends la voix synthétique de la pseudo-IA : « Bonjour Mademoiselle Primi, je suis votre domomec. Voulez vous que je me charge de vos affaires ? ». Mais comme je n’ai presque rien, je réponds non. « Bien Mademoiselle. Je reste à votre entière disposition ». Je l’en remercie puis je découvre la chambre avec son lit spacieux garni de vrais draps. Pour sûr, ça va me changer de ma couche à suspenseurs. Comme il me reste deux heures, je vais en profiter pour prendre une douche. Et là je découvre que ma salle de bain n’a pas de douche à particules mais à eau. Elle fait aussi jacuzzi. Impressionnant ! Juste le temps de commander au domomec de m’avertir dans une heure trente de mon rendez-vous à la conférence, de me réserver en même temps un taxibulle, et je me plonge dans une eau chaude et bouillonnante qui me chatouille la peau et me relaxe. Je suis tellement détendue que je commence à m’assoupir, mais par habitude, je me réveille cinq minutes avant l’heure fatidique, momentanément revigorée. Après un bref séchage à l’air chaud, je rejoins ma chambre pour remettre mes vêtements jetés n’importe comment comme d’habitude. J’ai juste le temps de voir un mini-valet s’enfuir sous une trappe. Je retrouve mes vêtements lavés repassés, rangés sur le lit, un coup du domomec pour sûr. Il m’en faudrait un chez moi LOL !

Me voila partie pour la conférence qui a lieu dans une partie de Célestia dédiée aux affaires. J’entre dans une immense salle à colonnades en plastior aux gravures représentant l’histoire des Edéniens avant la mort de leur soleil, surmontée d’une fausse coupole de cristal sensée laisser entrer la lumière du soleil. Il y a déjà du monde qui attend le début de la conférence, aucun que je connaisse. La majorité d’entre eux cabotent autour du buffet couvert de mets fins et exquis. Il y a même une assiette de délicieux loukroums qui n’attendraient que moi si les morfales n’étaient pas déjà en place. Ça me rappelle un autre dicton du patron : « Coco, dans les buffets, il y a toujours trois types de personnes : les morfales, déjà autour de la table, les retardataires qui devront se faufiler pour n’obtenir qu’un petit canapé et les affamés. Si tu as faim, arrive en avance. Si tu veux interroger le conférencier, arrive en retard. »

Vu la tronche des morfales, je peux dire adieux aux loukroums. C’est donc tristement que je me rapproche de l’estrade, mon estomac émettant des borborygmes que j’essaye de cacher, honteuse.

La commerciale Communications monte sur l’estrade et commence un discours qui me gave déjà. Alors, tout en laissant branché le micro de mon comset pour enregistrer son discours, j’en profite pour naviguer sur l’infocosme et voir ce que je pourrais m’acheter tout à l’heure dans les boutiques de fringues. Je reçois aussi la confirmation de la sortie plongée et touristique de demain sur un monocoque, avec une teknote écologiste comme guide.

Les commerciaux ont été sympas de faire ça court, pas plus de trente minutes, pour nous convier ensuite au buffet. Le temps que je me rapproche, les loukroums ont déjà tous disparu. Je réussis quand même à récupérer une coupe de nectar dénabian et quelques canapés d’œufs de morine, mais les meilleurs mets se sont déjà volatilisés. En faisant le tour des pressyborgs, je constate que la plus part sont des photocopoches, comme on dit dans le métier. Des pressyborgs qui se recopient entre eux le travail d’un pigeon qu’ils ont attiré puis capturé. Donc, vaut mieux que je m’éloigne vite fait d’ici et que je ne les revoie plus avant la fin du séjour, ou bien il y aura des coudes qui vont voler et des plexus solaires qui vont claquer ! Pas la meilleure manière de commencer ses vacances LOL !

Avant de partir comme une voleuse, je me commande un taxibulle puis je m’éclipse en douce pour aller faire directement mes achats. Braquer les magasins. D’abord des vêtements plus adéquats à la vie ici que ma combi abestos anthracite, mon tee-shirt et mes bottines, se fondre avec le terrain. Je me choisis un débardeur, un pantalon large, un petit gilet à larges poches et des sandalettes pour aller avec. Après, pour la plage, un maillot deux-pièces blanc assorti à la couleur de mes cheveux, des mules, une serviette de bain et une paire de lunettes de soleil. Puis j’en profite pour m’acheter quelque chose plus sport, une brassière, un shorty et des sporties. Quand je sors du magasin, le vendeur a un grand sourire. Il a fait du chiffre. Et moi aussi j’ai le sourire parce que le chiffre en question ne sera pas débité de mon compte. Je passe plus de temps dans le deuxième magasin pour me trouver une tenue de soirée. Je dois bien essayer la moitié du stock de la boutique, la vendeuse au bord de la crise de nerf. Finalement je choisis une robe longue à holomotifs, très près du corps, à large décolleté et à fines bretelles. Ensuite je rajoute les accotés, nécessaires ou pas : un châle soyeux assorti à ma robe, de ravissantes petites sandales compensées, une vraie trousse de toilette bien complète, quelques parfums, des sous-vêtements, un petit sac à main et une boîte de stimmos. J’allais les oublier ceux là… Là aussi la vendeuse est radieuse en faisant les comptes. Moi cette semaine, je ne compte pas LOL.

J’arrive enfin au conapt, heureuse mais fourbue. Pas le temps de regarder les messages publicitaires qui inondent déjà la messagerie du domomec, les marchands ne chôment pas ici ! J’ai juste la force de jeter mes achats sur le lit et de virer mes bottines et ma combi pour être plus à mon aise. Pendant que le domomec fait ranger mes nouvelles affaires à ma demande, je sirote un cocktail local affalée sur la chaise longue de la terrasse, caressée par un petit vent chaud bien agréable et hypnotisée par un incroyable coucher de soleil alors que deux lunes apparaissent à l’horizon.

Trop fatiguée pour goûter le goulash que je me suis faite préparée, alors que je me sens tomber, je quitte la terrasse pour m’affaler mollement face contre le lit, avec juste assez de force pour commander au domomec les paramètres de mon réveil et le menu du tidèje, juste avant de sombrer.

Ce lit est si doux…

Texte original de SPQR
Corrections et remise en forme de Stéphane ‘Capitaine Cosmos’ Devouard

Source : https://jeuderole.empiregalactique.site/index.php/passeport-pour-empire-galactique/vacances-spatiales-nouvelle-dambiance/

lundi 6 avril 2026

Aides de jeu sur le site "Triche Lumière" de Jérôme Darmont

 

Aides de jeu

Source : http://darmont.free.fr/eg/?page=eg-aides

 

Liens

Source : http://darmont.free.fr/eg/?page=eg-liens

Présentation du jeu de rôles "Empire Galactique" par Lottes Loukoum


Empire Galactique

Robert Laffont 1984 (deuxième édition parue au Livre de Poche en 1987)


Un jeu de space opera français. Je n'en ai jamais apprécié les règles, qu'il s'agisse de la première ou de la seconde édition, mais c'est une opinion toute personnelle. Par contre, le contexte, situé au CXVIème siècle et dépourvu des références guerrières omniprésentes dans la plupart de ses concurrents, est l'un des plus attirants parmi les JDR de space opera. Malheureusement, il n'a été que très peu décrit...
La première édition est parue sous la forme d'un gros livre chez Robert Laffont, somptueusement et abondamment illustré par Manchu. La seconde édition, par contre, est parue au Livre de Poche, sous la forme de trois petits bouquins (format poche évidemment) et d'un bloc de feuilles de perso (au même format), le tout rangé dans l'écran du jeu (trois volets, chacun large et haut comme deux poche). Malheureusement, ce format n'est guère pratique pour des manuels de jeu de rôle. De plus, les poche fréquemment manipulés ont tendance à laisser des traces d'encre sur les doigts. Et si les dessins de Manchu n'ont pas trop souffert de la réduction de format, les infogrammes (des retouches de ces dessins par ordinateur) sont carrément horribles (et encore, le mot est faible ; pour tout dire, j'aime encore mieux les dessins de Dan Smith, ceux qui me connaissent bien apprécieront). Les deux éditions contiennent le même scénario.


La gamme

Frontières de l'Empire

Seul supplément paru pour la première édition. Il s'agit d'une brève présentation du contexte de l'empire galactique, et surtout de cinq scénarios, dont certains très bons. Signalons que l'un d'entre eux (L'astéroïde) est inclus dans la deuxième édition des règles, ainsi que les illustrations et plans des quatre autres, et qu'un deuxième (Le cas de l'ambassadeur trop protégé) a fait ensuite l'objet d'une publication au Livre de Poche, toujours pour la deuxième édition du jeu.


Encyclopédie galactique volume 1
Encyclopédie galactique volume 2

Une présentation en deux volumes de l'univers du jeu, pour la seconde édition. Le premier tome est consacré à l'histoire de l'empire galactique et aux voyages spatiaux, et contient un scénario. Le second tome s'intéresse à la structure de l'empire et à la vie quotidienne, il contient des règles supplémentaires sur les personnages, et deux scénarios (dont l'un, Cas de conscience, est largement pompé sur la nouvelle de Chad Oliver Le vent du nord).
Certains éléments de l'Encyclopédie galactique ont par la suite été réutilisés dans le contexte de MEGA III.


Le cas de l'ambassadeur trop bien protégé

Réédition au Livre de Poche et pour la deuxième édition des règles du scénario Le cas de l'ambassadeur trop protégé, initialement paru dans Frontières de l'Empire.


Liens

Page Empire Galactique de Jérôme Darmont

Avec des aides de jeu, dont un générateur aléatoire de secteur spatial.


Empire Galactique

Site sur lequel sont disponibles entre autres les règles de la seconde édition (disponibles avec l'accord de l'auteur et de l'illustrateur).


Pixilivres : Fan-éditions dédiées au Jeu de Rôle Empire Galactique de François Nedelec

Autre site proposant les règles, ainsi que diverses aides de jeu.


Aides de jeu pour Empire Galactique


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Source : http://loukoum.online.fr/jdr/jeux/eg.htm

Scénarii originaux pour le jeu de rôles "Empire Galactique"

 

Scenarii originaux

Empire Galactique n’a pas bénéficié d’une grande couverture dans la presse rôliste à l’époque de sa sortie, et à part l’article de base décrivant le jeu dans Casus Belli et Chroniques d’Outre-Monde (le second plus polémique que le premier, mais c’était la ligne éditoriale du magazine), il existe très peu de scenarii non officiels disponibles.

Vous pouvez en trouver quelques uns sur la page dédiée du site de Jérôme Darmont, Triche-Lumière


Au rayon des curiosités, on peut aussi citer un scenario « SF générique », Le Crime de l’Empereur, de Patrick Pelleau, paru dans Chroniques d’Outre-Monde no 9, dont les fiches de PNJs comportent des données techniques pour Space Opera, Traveller et Empire Galactique. Ce scenario est inspiré du cycle La Geste des Princes-Démons de Jack Vance. Vous pouvez le trouver ici.

Source : https://jeuderole.empiregalactique.site/index.php/les-scenarii/scenarii-originaux/ 

vendredi 20 mars 2026

DUNE 3 Bande Annonce VF (2026)

DUNE 3 Bande Annonce VF (2026) Timothée Chalamet, Zendaya, Robert Pattinson, Jason Momoa, Anya Taylor-Joy, Denis Villeneuve


 

Source : https://www.youtube.com/watch?v=0nulaPc1a-w