La planète-ruban Radole est citée dans l'extrait ci-dessous :
Source :
http://mreadz.com/read30016/p34
VI
Lorsque les vingt-sept mondes marchands indépendants, unis
seulement par la méfiance que leur inspire la mère planète de la
Fondation, décident de siéger en assemblée – et que chacun est gonflé
d’un orgueil né de sa petitesse, durci par son isolement et exacerbé par
le danger constant – il faut passer par des négociations préliminaires
dont la mesquinerie suffit à navrer les plus persévérants.
Il ne suffit pas de fixer par avance des détails tels que
les méthodes de vote et le genre de représentation : par monde ou par
population. Ce sont des questions d’une importance politique complexe.
Il ne suffit pas non plus de fixer les problèmes de priorité, aussi bien
à la table du Conseil qu’à celle du dîner. Ce sont des problèmes d’une
importance sociale non moins compliquée.
Il fallait prévoir le lieu de la réunion. Et, en fin de
compte, les routes tortueuses de la diplomatie aboutirent au monde de
Radole, que certains commentateurs avaient proposé dès le début, pour la
raison logique qu’il occupait une position centrale.
Radole était un petit monde et, en tant que puissance
militaire, peut-être le plus faible des vingt-sept. C’était encore un
autre facteur qui avait présidé à ce choix.
C’était un monde-ruban, et un des rares à être habité. Un
monde, autrement dit, où les deux faces affrontent constamment une
chaleur ou un froid extrême, tandis que la région où la vie est possible
se situe sur l’étroit ruban de la zone crépusculaire.
Un tel monde semble toujours peu accueillant à ceux qui ne
l’ont pas expérimenté, mais il existe des endroits, stratégiquement
disposés, où fleurit la vie, et la ville de Radole était justement bâtie
à l’un de ces endroits.
Elle s’étendait sur les douces pentes des collines, avant
les montagnes déchiquetées qui bordaient l’hémisphère froid et
arrêtaient la redoutable glace. L’air sec et chaud de la moitié
ensoleillée se répandait jusque-là et l’on faisait venir l’eau des
montagnes : entre les deux, Radole était un perpétuel jardin, baignant
dans l’éternel matin d’un éternel mois de juin.
Radole était donc à sa façon une petite oasis de douceur et
de luxe sur une horrible planète, un petit coin d’Eden – et c’était là
aussi un facteur intervenant dans la logique du choix.
Les étrangers arrivaient de chacun des vingt-six autres
inondes marchands : délégués, épouses, secrétaires, journalistes,
astronefs et équipages ; la population de Radole doubla presque, ce qui
puisa jusqu’aux limites mêmes des ressources de la ville. On mangeait,
on buvait à volonté et on ne dormait pas.
Rares pourtant étaient ceux, parmi les fêtards, qui ne se
rendaient pas compte que toute cette partie de la Galaxie se consumait
lentement dans une sorte de guerre latente. Et parmi ceux qui s’en
rendaient compte, il y avait trois catégories. D’abord ceux, nombreux,
qui ne savaient pas grand-chose et qui parlaient beaucoup…
Ainsi le jeune pilote de l’espace qui portait sur sa
casquette la cocarde de Port, et qui était parvenu, en gardant ses
lunettes devant ses yeux, à attirer le regard légèrement souriant de la
jeune Radolienne assise en face de lui.
« Nous avons traversé la zone des opérations pour venir
ici, disait-il. Nous avons parcouru environ une minute-lumière au point
mort, juste après Horleggor…
— Horleggor ! fit un indigène aux jambes longues qui se
trouvait être l’hôte dans cette réunion. C’est là où le Mulet a pris une
raclée la semaine dernière, n’est-ce pas ?
— Où avez-vous entendu que le Mulet s’était fait ramasser ? demanda le pilote d’un ton hautain.
— A la radio de la Fondation.
— Ah oui ? Eh bien, le Mulet a bel et bien pris Horleggor.
Nous avons failli tomber sur un convoi de ses astronefs, et c’est de là
qu’ils venaient. Ça ne s’appelle pas une raclée, quand on reste là où on
s’est battu et que celui qui vous a soi-disant administré la raclée
décampe aussitôt.
— Il ne faut pas parler comme ça, dit quelqu’un d’une voix
un peu pâteuse. La Fondation commence toujours par trinquer quelque
temps. Vous n’avez qu’à attendre la suite. La vieille Fondation sait
quand il faut riposter. Et alors… vlan !
— En tout cas, dit le pilote après un bref silence, comme
je le disais, nous avons vu les astronefs du Mulet, et ils m’ont paru
rudement bien ; je vais même vous dire : ils avaient l’air neufs.
— Neufs ? fit l’indigène d’un ton songeur. Ils les
construisent eux-mêmes ? » Il arracha une feuille d’une branche
au-dessus de sa tête, la huma délicatement, puis se mit à mâcher les
fibres qui répandaient une douce odeur de menthe. » Vous voulez dire
qu’ils ont battu les appareils de la Fondation avec des astronefs de
leur propre fabrication ? Allons donc !
— On les a vus, mon vieux, et je sais reconnaître un astronef d’une comète.
— Vous savez ce que je crois ? fit l’indigène en se
penchant vers lui. Ne vous faites pas d’illusions. Les guerres ne
commencent pas toutes seules, [...]