Par Phersv, sur le blog Anniceris
Je continue d'explorer le
Digital Comic Museum et cherche notamment les histoires dessinées par un de mes artistes favoris,
Wally Wood (1927-1981). Son style est parfois très stéréotypé mais j'aime beaucoup l'élégance de ses silhouettes.
Strange Worlds (publié par Avon, qui tenta plusieurs
bandes-dessinées dans les années 1950) n'a hélas pas de comics vraiment
excellents (et les scénaristes ne sont presque jamais mentionnés) mais
il y a quand même Wally Wood au dessin dans quatre numéros, les 2-5
(avec Frank Frazetta sur le numéro 3), ainsi que du jeune Joe Kubert
(1926-2012). Il est dommage que Wally Wood n'y soit pas resté plus
longtemps car la qualité des scénarios me semblait avoir tendance à
s'améliorer progressivement (mais il est possible que Wood ait écrit
certains de ses propres scénarios ?).
Strange Worlds est une anthologie d'histoires qui peuvent être soit du
Space Opera
avec des héros interchangeables (pilotes, agents secrets, soldats) qui
épousent des filles de savants, soit de l'horreur avec des robots ou des
fantômes. Isaac Asimov vient à peine de réunir ses premières histoires
sur les robots des années 40 dans
I, Robot (1950). Le
Space Opera
est presque toujours limité à notre système solaire, avec une obsession
sur la planète Mars et ses indigènes (qui sont souvent présentés comme
des alliés de notre monde).
Un thème récurrent est le risque d'une Troisième Guerre mondiale, comme dans
The Day the Earth Stood Still (la tragédie du Mutant du n°7
The Man Who Fought the World
est une rare réussite dans sa morale pacifiste assez surprenante : un
Mutant bienveillant tente de nous contraindre à abandonner nos armes
atomiques et nous l'exécutons).
Les histoires sont très courtes (7-8 pages) et ont souvent une
conclusion trop précipitée. Il y eut encore quelques numéros après ce #9
(passant directement au #18 parce que le magazine avait absorbé un
autre titre) mais le Digital Comic Museum ne les a pas tous scannés.
Une des découvertes de cette série est
Everett Raymond Kinstler
(né en 1926), qui vit toujours et fut un célèbre portraitiste réaliste
"pompier" (il a notamment été le peintre officiel de Ronald Reagan à la
Maison blanche). A cette époque alors qu'il travaille encore dans le
studio de comics de Will Eisner, son style est nettement plus exotique
et il fait une imitation assez convaincante d'Alex Raymond, surtout dans
les tables des matières du magazine qui évoquent les meilleurs artistes
des
Pulps des années 1930.
Strange Worlds #1 (novembre 1950)
Kenton of the Star Patrol: The Corsairs from the Coalsack (8 pages, script : Gardner Fox, art: Joe Kubert)
(réimprimé aussi dans
Out of This World Adventures #2, dec. 1950, pulp de sf qui tentait de concilier textes et comics).
Dave Kenton, de la Patrouille des Etoiles, fut le personnage récurrent
de ce titre sur plusieurs numéros. Cette histoire commence par une
chronologie du futur : En 1962, l'Homme marcha sur la Lune et en 1977 ce
fut le tour de Mars, Alpha Centauri un siècle plus tard, et à partir de
3750 - qui doit être le présent - la Fédération s'est répandue dans
l'univers. Dans ce premier épisode, Dave Kenton sur la planète Flayal se
fait voler son Passeport par une inconnue, Maeve Malloy, journaliste
qui veut enquêter sur les mystérieux pirates de la Nébuleuse du Sac de
Charbon (j'ignore pourquoi Gardner Fox dit qu'elle vient d'être
découverte en 1950, elle est connue depuis bien plus longtemps). Kenton
est expulsé de la Patrouille et décide d'aller enquêter lui aussi dans
la Nébuleuse pour faire croire aux Pirates qu'il est prêt à passer de
leur côté. Il arrive dans leur monde, retrouve Maeve Malloy et s'allie
avec la journaliste pour saboter les Pirates (abandonnant donc son plan
plus ingénieux de se faire passer pour un traître). Il trouve un moyen
de signaler sa position à la Patrouille et est réintégré comme
Capitaine.
Dead Man's Tale (11 pages, Horreur déjà imprimé dans Eerie #1)
Plagiat de la
Peau de Chagrin ou de
The Monkey's Paw. Un
homme tue un clochard pour lui voler une bouteille indienne qui réalise
les voeux quand on en boit une gorgée - mais dont la dernière goutte tue
son propriétaire. Il décide de manière ingénieuse de diluer ou
synthétiser le précieux liquide magique mais n'échappera pas au destin.
Crom the Barbarian: The Spider God of Akka (10 pages, script: Gardner Fox, art: John Giunta).
Crom est une imitation directe de Conan de Howard mais il est blond et
Aesir au lieu d'un Cimmérien. Il a une épée nommée Skullcracker ou
Skullbiter. Le monde a alors encore deux Lunes mais les dieux que cite
Crom sont ceux de la mythologie historique (Thor, Set... son
interjection favorite est "Par les Talons de Nessus"). Sa première
aventure était dans
Out of this World Adventure #1 (juillet
1950). Crom avait suivi sa soeur Lalla, enlevée par les Cymri,
hommes-singes servant Dwelf le sorcier sur son île emplie de ses
captives. Dwelf le contraint à lui rapporter un philtre de jeunesse venu
d'Ophir. A Ophir, Crom enlève la Reine Tanit qui tombe amoureuse de
lui. Quand Dwelf boit le philtre, il redevient un nourrisson et Crom
repart avec Lalla et Tanit. Crom vainc le roi-singe Rou d'Akka et son
Araignée géante, Spraa, puis rétablit Tanit sur son trône contre
l'usurpateur Bokris.
Strange Worlds #2 (avril 1951)
Crom the Barbarian: The Giant from Beyond (10 pages, script: Gardner Fox, art: John Giunta)
3e et dernière histoire de Crom (qui s'est coupée sa longue chevelure
blonde entre temps). Il descend la rivière Nexus avec les soldats
d'Ophir pour affronter les hordes du Géant Balthar et de son alliée la
prêtresse Calla. Crom crève les yeux du Géant (cette scène sera décrite
par le célèbre psychiatre anti-comics Fredric Wertham comme une
obsession des comics pour la castration symbolique).
The Weapon Out of Time (10 pages, art : Wally Wood)
 |
| Mo-Ra |
Dans la lointaine préhistoire du continent nord-américain (dans l'actuel
Wyoming), la princesse Mo-Ra de l'Empire de Kaa tombe amoureuse du roi
Ka-Rin d'Anthor qui lui a sauvé la vie. Quand son père, le cruel tyran
de Kaa l'emprisonne, Ka-Rin vient la délivrer et déclenche une
catastrophe qui détruit Ka (dans ce qui deviendra le Geyser de
Yellowstone).
Une histoire très médiocre mais il y a les dessins de Wally Wood (et
l'idée amusante, mais qui ne devait déjà plus être très originale en
1951, que tout le monde chevauche des Smilodons). Wood multiplie les
histoires d'heroic fantasy sans jamais construire un univers cohérent.
Dara of the Vikings (8 pages, auteurs inconnus)
Deux aviateurs, Ford Robbins et Gene Dorn, se retrouvent échoués près du
Groënland et découvrent un monde perdu colonisé par les Vikings.
Dara,
fille de Druil, les aide contre Cygnar et sa tribu qui veulent la
capturer pour obtenir l'Arc d'Or de Rolfe. Grâce aux techniques modernes
des aviateurs, Dara pourra vaincre Cygnar. Bien que Ford et Gene
décident de rester dans ce monde perdu, Dara n'eut pas d'autres
aventures.
Strange Worlds #3
Kenton of the Star Patrol: Alien Raiders! (8 pages, Wally Wood)
Un vaisseau d'une espèce inhumaine formée de silicium, humanoïdes verts à quatre bras, les
Flanns,
venus d'une lointaine galaxie qu'ils ont quitté il y a des siècles,
envahit Pluton et Titan (la série devient plus centrée sur le système
solaire que dans le premier épisode). Kenton, qui était sur Marsopolis,
se fait passer pour un prisonnier de Titan (oui, encore comme dans le
premier épisode) pour infiltrer les Flanns et apprendre leur langue
grâce à leurs machines. Il modifie le contrôle de leur environnement
pour les faire tous mourir en les transformant en verre - Wally Wood ne
fait jamais dans le sentimental dans ses histoires assez lugubres...
Le nom des envahisseurs, les
Flanns, avec cette orthographe
a-t-il pu influencer le nom des celto-indiens du monde de Greyhawk ?
Probablement une coïncidence comme c'est aussi un nom irlandais.
The Flame Goddess (7 pages, art :
Sid Greene).
Shelia Vernon réussit à sauver son frère archéologue dans une cité perdue mésoaméricaine en devenant leur Déesse.
Invasion from the Abyss (7 pages, dessins par les célèbres Al Williamson, Frank Frazetta et Wally Wood !!).
Steve Hanson, des services secrets de l'ONU, doit lutter contre une
invasion de créatures vivant sous la surface de l'Amérique depuis
l'époque de l'Atlantide. Il libère des savants humains qui était
détenus, dont bien sûr une belle jeune fille, et ensuite l'un d'eux
réussit à utiliser un champ magnétique pour maintenir le peuple des
Abysses dans leur monde jusqu'à ce qu'une paix soit possible avec le
monde de la Surface.
Wally Wood a des obsessions car on retrouve là certains thèmes déjà vus
dans le n°2 mais aussi dans la série qu'il créera plus tard,
T.H.U.N.D.E.R Agents, qui a aussi un peuple des profondeurs
(Subterraneans) comme principaux adversaires.
Princess of the Past (9 pages, art:
Howard Larsen)
Suite de l'histoire qui se trouvait dans
Slave Girl #1-2. Malu
l'esclave et ex-Princesse d'Ormuz, est devenue la Reine de Zankhara en
renversant Shala, grâce à Garth. Quand Shala s'enfuit vers les Îles des
Druides, Garth et Malu partent les retrouver et vaincre les Jeux mortels
des Druides.
Strange Worlds #4 (septembre 1951)
The Vampires of the Void (8 pages, Wally Wood)
La belle Myrza, Reine de Palmoora (Deneb ou α Cygni, 1550
années-lumière) vient envahir notre système pour que les corps humains
servent de réservoirs d'énergie vitale. Le Capitaine Dave Kenton est
capturé (encore...) et découvre que de simples rayons ultra-violet
détruisent les protections des Palmoorans. Il y a toujours un Talon
d'Achille comme
deus ex machina dans ces histoires.
Comme la dernière fois, il affirme sans aucun remords qu'il faut
éradiquer toute l'espèce des Palmoorans. Wood ne se rendait pas compte
de son désir obsessionnel de massacre génocidaire ?
The Lost Kingdom of Athala (7 pages, Wally Wood)
Jack Rance et le jeune Tommy utilisent une machine à voyager dans le
temps pour aller dans la préhistoire pour retrouver un certain
Professeur Gregg qui y est parti depuis quelques années. Ils y trouvent
en fait la belle Rhoa, la fille de Gregg, qui est devenue une chef des
hommes primitifs. Tommy se fait tuer par les hommes de Ogg et Rance
sauve Rhoa avant de repartir avec elle à notre époque.
A Nation Is Born (7 pages, Rafael Astarita)
Jac Hartt, secrétaire du Gouverneur de la Lune, découvre un complot
martien pour déstabiliser la colonie lunaire. Les Martiens sont ici des
sortes de Huns ou Mongols à oreilles pointues, conformément aux clichés
orientalistes qui remontent au moins à Buck Rogers. Mais après avoir
déjoué ce complot grâce à Lua, une jeune Lunite (qui est en fait la
vraie héroïne de cette histoire bizarre), Jac Hartt soutient la cause de
certains des indépendantistes qui élisent un nouveau Président de la
Lune à la place du Gouverneur terrien, Gino l'époux de la Lunite.
Moon is a Harsh Mistress
ne sera publié que 15 ans après et le thème de l'indépendance lunaire
est donc ici intéressante : l'Amérique se rêve toujours en puissance
impériale mais en même temps projette sa propre indépendance sur les
autres planètes contre notre propre monde, ce qui change donc le centre
du point de vue, la Terre devenant alors le Vieux Monde européen par
rapport à cette Nouvelle Frontière.
The Enchanted Dagger (7 pages, George Tuska?)
Reprint de
Yankee Comics #1, 1941. Roger Chalmers combat les
gangs de Washington DC grâce à une dague aux pouvoirs hypnotiques qu'il a
trouvée en Afrique (plus tard, on révèle qu'elle peut paralyser sa
cible et le forcer à dire la vérité). Il eut d'autres aventures dans
l'Âge d'Or et même son propre costume (
Yankee Comics #2-4 +
Scoop Comics #8) mais pas dans Strange Worlds.
Strange Worlds #5 (novembre 1951)
Sirens of Space (8 pages, Wally Wood)
Maeve Malloy, qu'on n'avait plus vue depuis le premier numéro, appelle
le Capitaine Dave Kenton à l'aide et il doit lutter contre les Sirènes
de la lune Mimas, des amazones qui peuvent paralyser par des vibrations
de leurs chants (oui, comment peuvent-elles passer dans le vide spatial ?
ce doit donc être des ondes radio). Kenton les bat tout simplement en
se bouchant les oreilles comme Ulysse.
Le
deus ex machina commence à devenir vraiment ridicule pour une histoire de pseudo-SF.
End of His Service (Norman Nodel)
C'est bref mais une jolie petite histoire triste qui pourrait sortir du
cycle asimovien. Le malheureux robot XL9 connaît à peu près le même sort
que
Saint Guinefort en étant détruit alors qu'il sauvait sa maîtresse.
Shining Sands of Death (Ed Goldfarb ?)
Décidément pas le numéro pour les
happy endings. Un trio de
savants se miniaturise pour rapporter un cristal d'un météore mais
l'expédition finit en tragédie. Ces histoires d'hommes
miniaturisés ne sont pas encore si courantes en 51.
The Shrinking Man de Richard Matheson n'est publié qu'en 1956, Atom (Ray Palmer) ne sera créé qu'en 1961, Ant-Man (Henry Pym) en 1962,
The Fantastic Voyage qu'en 1966.
The Abduction of Earth
Dans un lointain futur, en 1980, un savant terrien est capturé par des
êtres macrocéphales d'un astéroïde nommé Zelos. Vingt ans après, le même
astéroïde revient et enlève la Terre entière en contrôlant sa gravité.
John Farl, spécialiste de l'anti-gravité, prend son vaisseau pour
enquêter avec son assistant Bud Blake, et il sabote les machines des
Zelosiens et de leur chef.
Strange Worlds #6 (février 1952)
Kenton of the Star Patrol: The Monster-Men of Space (
Everett Raymond Kinstler)
Maeve Malloy (qui s'habille de manière encore plus sexy qu'avant quand
Kinstler la dessine) et le Captain Dave Kenton se font capturer par un
Cerveau géant télépathe qui a amassé une armée composée de prisonniers
d'espèces diverses qui ont progressivement muté au fil des générations,
donnant un assemblage hétéroclite. Kenton découvre qu'un casque de plomb
suffit à le protéger de l'influence du Cerveau et détruit son repaire.
Oui, c'est presque la même méthode que pour les Sirènes du numéro
précédent avec ce casque de plomb à la place de la cire dans les
oreilles.
The Man Who Owned the Earth (Norman Nodel)
Une histoire assez médiocre sur Talus, tyran qui réussit à unifier la
Terre au XXIe siècle par la force et qui se suicide ensuite comme il ne
lui reste plus rien à conquérir. Le comic d'horreur a inventé ce genre
sans "héros" et à la conclusion moralisante sinistre.
Maid of the Mist (Sid Check)
Légende des
Senecas sur
les Chutes du Niagara. Umpago tombe amoureux d'Amala, princesse des
Senecas qui doit être sacrifiée au Manitou. Ils meurent dans les Chutes
du Niagara tous les deux plutôt que d'être séparés. Les Senecas modernes
racontent d'autres variantes qui nient tout sacrifice.
Death Claims an Enemy (Everett Raymond Kinstler)
Le vieux savant Robert Vance est mourant et visite en rêve le plan des
Choses Impensées. C'est là qu'attendent les archétypes de toutes les
réalisations humaines. Il n'y trouve nulle part le Pacificateur ultime
qu'il a cherché à concevoir toute sa vie et comprend donc que son but
était vain. Il meurt en ayant conscience que sa vie n'a été qu'un échec.
Les années 1950 n'étaient pas très joyeuses.
Wrath of the Totem! (Norman Nodel)
Une brève histoire d'horreur sur un trappeur blanc, beau mais malhonnête
qui tente d'abuser d'une tribu de Vancouver et qui finit pris à son
propre piège à ours quand l'esprit du Totem Rantah vient les venger.
Encore une preuve que les fictions populaires des années 50 arrivaient à
prendre le point de vue indien contre le regard colonial. Mais ils sont
appelés "
siwash" (déformation du français "sauvages"), ce qui est devenu un terme jugé insultant sur la Côte Pacifique.
Strange Worlds #7 (mai 1952)
The Space-Gods of Planetoid 50! (Norman Nodel)
L'astronaute Jon Grant est envoyé, avec son collègue Tim, sur une
comète, Planetoid 50, qui contient un gisement d'Alurium radio-actif,
qui est devenu une sorte de panacée anti-bactérien. Ils y trouvent une
survivante humaine, Mona, qui est traitée comme une déesse par les
indigènes Slaans. Quand ils arrivent comme nouveaux Dieux, le prêtre
slaan tente d'en profiter pour prendre le pouvoir. Mais le planétoïde
est peuplé de bactéries géantes et les Humains finissent par évacuer les
Slaans pour détruire la source des maladies. Jon épouse l'ex-déesse
Mona.
Sabotage on Space Station 1 (Norman Nodel)
La Station spatiale 1 au-dessus de la Terre est gérée comme terrain
neutre par les trois espèces de Venus, Terra et Mars. Un agent vénusien
tente d'assassiner le chef de la sécurité, le Lieutenant Dav Fallon. Il
réunit l'infirmière Kathi, l'ingénieur français Louis De la Salle
Devereaux et le Capitaine écossais Clement Rawls pour lutter contre
l'invasion par les forces du Commandeur vénusien Slar Kan. Devereaux et
Rawls se font tuer mais Fallon atteint la salle des commandes de
l'oxygène et asphyxie les rebelles vénusiens au moment où ils allaient
se servir de la Station pour bombarder les capitales terriennes.
The Man Who Fought the World (8 pages)
Halran Ammo, né de parents irradiés (sa mère était une infirmière
prisonnière de guerre à Hiroshima, son père un scientifique) est le
premier Mutant. Son corps est fluorescent et il a le pouvoir de se
téléporter n'importe où à la vitesse de la lumière. Il décide d'utiliser
son pouvoir pour contraindre la planète à mettre fin à sa destruction
nucléaire et commence à saboter les Centrales et à menacer des
dirigeants, en commençant par le Président français (qui doit être, en
mai 1952, Vincent Auriol). Avec l'aide de son propre père qui le trahit
(et de sa seule amie qui le fait involontairement), le gouvernement le
fait finalement arrêter en lui jetant de l'acide dans les yeux et
l'exécute en le jetant dans une fournaise. Je ne sais pas si l'histoire a
pu inspirer les futurs X-Men créés dix ans après mais il y a peut-être
une influence de
Gladiator de Philip Wylie, où le Surhomme byronien se fait aussi tuer à la fin (mais en étant foudroyé).
Man-Trap! (4 pages, Becker/Alascia)
Un playboy qui assassine son oncle se fait prendre par un indice dans une plante carnivore...
Strange Worlds #8 (août 1952)
The Metal Murderer! (Harry Lazarus, frère de l'éditeur Leon Lazarus, qui travailla plus tard chez Marvel)
Une aventure de Jac Lombard, agent secret du Shadow Squad. Cela me fait
penser à une histoire à la Scoobidoo où des meurtres semblent accomplis
par un Robot. Mais la Première Loi d'Asimov est en fait préservée :
c'est un humain qui se fait passer pour un des Robots.
Death on the Earth-Mars Run! (Everett Kinstler)
Une histoire à la Flash Gordon (Kinstler imite assez bien Alex Raymond). Le pilote de vaisseau Alan Aldane travaille sur le
Star Dust.
qui doit faire une navigation entre la Terre et Mars. Les passagers
comprennent le riche banquier Robert Santley, sa fille adoptive la belle
Valdora (télépathe vénusienne) et Set Grof, savant martien. Une série
de meurtres a lieu pendant la traversée et Valdora fait part à Alan
Aldane de ses soupçons sur son père adoptif. Mais la vérité est un peu
différente de ce qu'elle croit (et Alan Aldane finit en épousant
Valdora). La tentative d'une histoire de mystère en SF commence bien
mais la résolution est un peu décevante.
The Abduction of Henry Twigg (Joe Kubert)
Une histoire humoristique assez réussie. Le dessinateur Joe Kubert
semble l'avoir écrite ou a dû mettre au minimum un peu de lui : c'est
l'histoire d'un dessinateur très peu charismatique (et qui pourrait être
en partie un autoportrait peu flatteur du jeune Joe Kubert qui avait 26
ans en 1952, même si les photos du vrai Joe Kubert le montrent bien
plus musclé dans les années 1960). Henry Twigg ne plaît pas aux femmes
sur Terre mais se retrouve soudain enlevé dans la Quatrième Dimension,
une gynocratie où plusieurs princesses se disputent ses faveurs et où
tous les hommes sont jaloux de lui. Mais craintif devant les jalousies
violentes qu'il suscite, Henry Twigg s'enfuit pour revenir dans notre
univers où il est si insignifiant.
The Thing on the Broken Balcony! (Alvin Hollingsworth)
Une histoire de maison hantée avec châtiment, assez traditionnelle en
dehors de quelques dessins assez expressifs sur les remords (on dirait
presque du Ditko parfois dans l'angoisse). Un représentant de commerce
rencontre par hasard sur la route un vieil ami, le soir du Nouvel An, qui a
l'air désespéré. Celui-ci l'invite dans sa vieille maison isolée et lui
dit qu'un homme y a jadis tué un inconnu en le jetant de son balcon et
que depuis le fantôme de la victime revient chaque Nouvel An sur ce
balcon. On comprend qu'il est en réalité l'assassin de son histoire et
il tombe du balcon aux douze coups de minuit. Le représentant de
commerce, qui était le narrateur, s'enfuit.
Strange Worlds #9 (novembre 1952)
Radium Monsters! (Michael Becker ?)
Le héros est Georg Garron (qu'on voit sur la couverture avec ce casque
si étrange). Il est ingénieur dans une compagnie terrienne de fission
nucléaire à Ferrok-Shahn, capitale de Mars, à une époque où les peuples
indigènes de Mars et la Terre sont alliés (les Martiens sont ici des
humanoïdes verts chauves). On annonce la découverte d'un nouvel
astéroïde contenant une dose importante de "radite", plus puissante
source d'énergie. Mais alors que la Terre et Mars se préparent à
explorer l'astéroïde, Mars est attaquée par des créatures venues de ce
rocher : ce sont en réalité des criminels terriens évadés qui se sont
enfuis depuis dix ans sur l'astéroïde et ils ont été transformés en
monstres mutants (qui ressembleraient à des zombies). Ces ex-Humains ont
pris la domination d'une espèce de petits monstres radioactifs qui
viennent jeter de petites bombes atomiques sur les Martiens. Garron
enverra un missile qui déclenchera une réaction en chaîne dans
l'astéroïde.
Ransom-- One Million Decimars! (Kinstler)
Mike Gordon est agent secret terrien et doit protéger Nadine Grail, la
fille du Président de la Terre à bord du Stardust Queen, en voyage
diplomatique vers la Princesse de Venus. Mais pendant le voyage, Anders
Zorn, agent vénusien, corrompt certains membres d'équipage pour organiser
une mutinerie. Gordon retrouve la piste de Grail et la sauve des mains
du kidnappeur qui demandait d'être payé un million de "décimars".
World of the Monster Brain! (Syd Shores)
Un humain est téléporté sur un autre monde par de petits robots (les
"Torks") qui servent un cerveau gigantesque (qui ressemble un peu à un
Grell de
D&D ; oui, ils ont déjà utilisé un autre Cerveau kidnappeur dans le
n°6). Il mène une révolte, tue le cerveau et retourne se téléporter sur
Terre en tirant une conclusion politique assez démesurée qu'il n'est
pas bon que tout soit centralisé avec un seul dirigeant.
Mystery of Asteroid 9! (Gene Fawcette)
Jim Fanning, agent du
Interplanetary Emergency Bureau, est envoyé sur le
Star Queen
qui doit aller sur Mars. Plusieurs vaisseaux ont été pillés et des
rebelles de Deimos, une des colonies des martiens, cherchent une arme
que les Terriens envoient aux Martiens. Fanning joue le rôle d'un
passager et s'intéresse à deux jumeaux, les Carsons, enfants d'un
célèbre savant disparu. Le fils Carson est assassiné et sa soeur jumelle
part du vaisseau vers l'Astéroïde 9 avec Fanning à ses trousses. Ils
retrouvent son père, le Professeur Carson. Il avait été enlevé là par le
Loup Solitaire, l'agent qui pille les vaisseaux en se servant des armes
que le savant avait inventées (le scénario semble oublier les autres
armes qui étaient contenues dans le Star Queen). Finalement, ce Loup
Solitaire qui travaille pour les rebelles de Deimos s'avère être un
autre passager qui semblait n'être qu'un playboy. Fanning le tue et
revient sur Terre avec le savant et sa fille. On retrouve un scénario
assez proche de
Death on the Earth-Mars Run dans le numéro
précédent et encore une fois la résolution est moins réussie que la mise
en place (et Gene Fawcette ne dessine pas aussi bien qu'Everett Raymond
Kinstler).