vendredi 5 octobre 2012

L'Œuf et le Trèfle en Lobe

Le prolifique et polymathe auteur de science-fiction Isaac Asimov, qui a publié environ 500 livres en 72 ans (dont, certes, un grand nombre d'anthologies ou sélections), aurait la particularité bibliographique d'avoir écrit dans toutes les catégories de la Classification Dewey sauf en Philosophie. C'est curieux quand on sait que cet ancien chimiste athée a aussi publié des livres sur la religion et qu'après tout la Fiction spéculative semble s'approcher plus d'un questionnement philosophique que ses deux livres sur le lexique qui entrent vaguement en linguistique.

Ce petit article "I'm Looking Over a Four-Leaf Clover" (Fantasy & Science Fiction Magazine, Sept 1966, repris dans Science, Numbers, and I, 1968 et Asimov On Science, 1989) semble assez spéculatif pour un texte de vulgarisation sur la physique théorique des années 60.

Il dit que la cosmologie peut proposer un modèle sur la question métaphysique "Pourquoi y a-t-il Quelque chose plutôt que Rien" en utilisant le Big Bang et une sorte d'Eternel Retour ne reposant que sur des principes généraux de symétrie.

Je ne sais absolument pas jusqu'où il est métaphorique mais en gros l'univers serait une oscillation entre un Œuf Cosmique, l'expansion et la contraction.

Dans cet atome primordial, il y aurait équilibre entre les particules subatomiques de propriétés opposées qui se neutraliseraient. Asimov ne mentionne comme particules élémentaires que les baryons + antibaryons (protons + antiprotons, neutrons + antineutrons), les leptons (électrons + positrons, neutrinos + anti-neutrinos) et certains bosons (photons). Il écrit avant que le modèle standard ne se stabilise dans les années 70 sur les divers bosons de gauge, boson de Higgs et gluons.

Là où cela décolle dans la spéculation est qu'Asimov suppose que les anti-particules "remontent le temps" (l'orientation du temps alors ne dépendant en fait que des propriétés de la matière ou de l'anti-matière).

Il pose que le Principe de conservation et un Principe cosmogonique d'une origine équilibrée peuvent conduire à un Œuf de photons (de "photonium") où se rencontrent ce qu'il appelle un "cosmon" (les neutrons de notre matière qui suivent notre ligne du temps) et un "anticosmon" (les antineutrons avec un temps symétrique).

In other words the cosmon moves forward in time when it is expanding, and backward when it is contracting. The anticosmon (behaving symmetrically) moves backward in time when it is expanding, and forward in time when it is contracting. Each does this over and over again.

Instead of an oscillating Universe, we have an oscillating double-Universe, the two oscillations being exactly in phase, and both Universes coming together to form a combined cosmic egg of photonium.

Il règle ainsi l'existence de la charge électrique mais il lui reste encore un excédent d'énergie. Pour respecter son Principe cosmogonique d'une origine neutre ou équilibrée (qui a fonctionné pour la matière baryonique), il ajoute donc par stipulation une "anti-énergie", ce qui lui donne une quadruple oscillation, exigée seulement par des principes de symétrie sur des propriétés connnues.

Il appelle ce modèle avec symétrie matière/antimatière le "Trèfle à Quatre Feuille", ce qui donne cette jolie fin, où il semble dialoguer avec les antinomies cosmologiques de la Dialectique transcendantale sur le temps et l'éternité (dont il avait déjà traité dans son roman sur le voyage dans le temps dix ans avant, The End of Eternity, 1955, où un univers au temps "paradoxal" se retrouve immergé dans un multivers).

Quand le cosmon, l'anticosmon, le cosmon-négatif, et l'anticosmon-négatifs convergent tous les quatre, ils produisent - Rien.

Au commencement, il n'y a Rien.
A la fin, il n'y a Rien.

Mais si nous commençons par Rien, pourquoi ne reste-t-il pas rien ? Pourquoi le devrait-il ? Nous pouvons dire que "0 + 0" et "+1 + (- 1)" sont des manières équivalentes de dire le "zero" ; et pourquoi l'une devrait-elle être plus "naturelle" " que l'autre ? La situation peut glisser du Rien au Quatre-Feuille sans difficulté, parce que rien d'essentiel n'a été changé par cette transition.

- Mais pourquoi le passage devrait-il advenir à un moment plutôt qu'à un autre ? Le seul fait qu'il advient à un moment particulier signifie que quelque chose lui a fait effectuer ce passage.

- Vraiment ? Que voulez-vous dire par temps ? Le temps et l'espace existent seulement en liaison avec l'expansion et la contraction des feuilles du Quatre-Feuilles. Quand les feuilles n'existent pas, le temps et l'espace non plus.

Au commencement, il n'y a Rien - pas même le temps ou l'espace.

Le Quatre-Feuille n'advient en aucun temps particulier et dans aucun lieu particulier. Quand il existe, le temps et l'espace existent dans un cycle d'expansion et de contraction qui prend 80 milliards d'ans. Il y a alors un intervalle intemporel et sans espace et encore une expansion et une contraction. Puisqu'il n'y a rien que nous puissions faire avec un intervalle intemporel et sans espace, nous pouvons l'éliminer et considérer que les cycles de l'expansion et de contraction se suivent immédiatement les uns après les autres. Nous avons alors un quadruple-Univers en oscillation, un Quatre-Feuille.

Et qui prétend qu'il ne doit y en avoir qu'un ? Il n'y a aucune limite, aucune frontière, aucune extrémité, aucun bord au néant. Il peut donc y avoir un nombre infini de quatre-feuilles en oscillation, séparés par quelque chose qui n'est ni temps ni espace.

5 commentaires:

Jeronimo a dit…

Polymathe : Du grec ancien πολυμαθής, polymathès venant de πολύς, polys (« nombreux ») et de μάθημα, mathêma (« science, connaissance ».

Personne aux connaissances variées et approfondies, en particulier des connaissances en art et en science. Parfois appelé Homme d'esprit universel.

Pic de la Mirandole, Léonard de Vinci et Isaac Asimov sont des polymathes célèbres.

Jeronimo a dit…

Jean Pic de la Mirandole (Giovanni Pico della Mirandola) (24 février 1463 - 17 novembre 1494) était un philosophe et théologien humaniste italien, troisième fils d'une vieille famille comtale. À la recherche de la prisca theologia (ou théologie première exposée par les Anciens), il étudia et synthétisa les principales doctrines philosophiques et religieuses connues à son époque, notamment le platonisme, l'aristotélisme, la scolastique et la kabbale chrétienne.

Jeune héritier d'une fortune considérable, il eut le loisir d'étudier et de voyager à sa guise, et consacra sa vie au savoir. Néoplatonicien et adepte de la philosophie naturelle, il fut élève de Ficin, avant de revenir au péripatétisme. Pic de la Mirandole voulut effectuer une synthèse d'Aristote et de Platon à partir de la foi chrétienne, ou encore concilier arts libéraux, philosophie morale et théologie, ce qui lui valut d'être considéré comme hérétique par le pape Innocent VIII. Il est aussi l'un des fondateurs de la kabbale chrétienne (ou cabale philosophique de la Renaissance).

Yves Hersant, présentant sa traduction de l'ouvrage De la dignité de l'homme, explique :

« Lorsqu'il écrit l'Oratio de hominis dignitate, qui aurait dû introduire ses Neuf cents thèses philosophiques, théologiques et cabalistiques, Pic de la Mirandole a vingt-quatre ans. Bien conscient du fait que « ses façons ne répondent ni à son âge, ni à son rang », c'est pourtant une philosophie nouvelle qu'il propose à ses aînés ; philosophie ouverte, accueillant tout ce qui, depuis les Mystères antiques jusqu'aux religions révélées, émane de ce que l'on pourrait appeler la « volonté de vérité.»

L'homme est au centre de cette philosophie, en ce que le divin a déposé en lui ce « vouloir », cette volonté dont il use à sa guise, le créant « créateur de lui-même » »

Jeronimo a dit…

Voici les dix catégories majeures du Système Décimal de Dewey:

000 - Generalities
100 - Philosophy
200 - Religion
300 - Social Sciences
400 - Languages
500 - Pure Sciences
600 - Applied Sciences & Technology
700 - Arts
800 - Literature
900 - History & Geography

Jeronimo a dit…

"I'm Looking Over a Four-Leaf Clover" se traduit par «Je suis à la recherche d'un [...] Trèfle à quatre feuilles".

Jeronimo a dit…

La cosmologie peut proposer un modèle sur la question métaphysique "Pourquoi y a-t-il Quelque chose plutôt que Rien ?" ... et sur toutes sortes de spéculations !

A partir du moment où l'on considère que l'Univers est plus complexe qu'une sorte de ballon en expansion, pourquoi ne pas imaginer un multivers à bulles qui s'interpénètrent parfois. Ou encore un Univers en oignon dont les couches les plus denses seraient vers l'extérieur (force centrifuge ?); principalement :
- le Plan Matériel,
- le Plan Hyperspatial dans lequel on pourrait plonger avec un vaisseau spatial approprié,
- le Plan Astral permettant la téléportation,
- le Plan Ethérique auquel n'ont accès que les êtres transcendants, doté de pouvoirs psi/parapsychiques, et où pourraient résider des entités sublimées et autres divinités,
- et enfin le Noeud du Temps, l'Oeuf Primordial, autour duquel pourrait osciller le Trèfle à Quatre Feuilles décrit par Isaac Asimov.
poures